FRAYEUR DES INDIGÈNES
ne connaît qu'elle-même et ses proches voisines, surtout quand il s'agit d'insulaires, quel effet produira l'apparition d'êtres tels qu'on n'en a jamais vus, semblables à des hommes, et pourtant différant d'eux par leur couleur, par leurs armes, leur langage, et par tant d'autres singularités? Les indigènes seront saisis et terrifiés, plutôt qu'étonnés à proprement parler. Qu'il existe de tels êtres, leurs légendes et leurs mythes les ont préparés à l'admettre. Le monde invisible, qui ne fait qu'un avec le monde visible, est peuplé d'êtres plus ou moins nettement définis, plus ou moins pareils aux hommes, et en particulier par les morts et les ancêtres, qui sont encore des hommes, mais dans une condition différente. Ce qui est inouï, c'est que ces êtres appartenant au monde invisible se montrent en plein jour, arrivent sur des objets inconnus, débarquent, parlent, etc. Tout ce qu'ils font, tout ce qu'ils apportent cause une sorte d'horreur religieuse, que les voyageurs ont souvent décrite.
J'aime mieux rapporter ici le récit d'un vieil indigène de la Colombie britannique, un peu long, mais qui donne limpression vivante de ce premier contact. « Un grand canot d'Indiens était occupé dans un détroit à la pêche du haiibut. Un épais brouillard les enveloppait. Tout à coup, ils entendirent un bruit comme si un gros animal se frayait un passage dans l'eau. Aussitôt ils pensèrent qu'un monstre sorti de l'abîme était à leur poursuite. En toute hâte ils relevèrent leurs lignes, saisirent leurs rames, et à toute vitesse ils se dirigèrent vers le rivage. Le bruit dans l'eau se rapprochait toujours. A chaque minute, ils s'attendaient à être engloutis dans la gueule d'un animal
vous en êtes tout près. Voyez comme le ciel est rapproché de la terre, là-bas, doù vous venez, et regardez ensuite comme il est haut, ici audessus de nous ! Nous avons nos dieux et vous avez les vôtres. » Berichte der rheinischen Missionsr/esellschaff. 1903, p. 120:
immense. Ils atteignirent pourtant le rivage, sautèrent sur le bord, et. ils se retournèrent alors la gorge serrée de peur, peur guetter rapproche du monstre. Bientôt un bateau, monté par des hommes d'aspect étrange, émergea du brouillard. Un peu soulagés de leur terreur, les Indiens demeuraient cependant immobiles, figés, de stupeur. Les étrangers débarquèrent, et firent signe aupc Indiens de leur apporter du poisson. Un d'eux portait sur T'épaule ce qui' paraissait être un bâton. Au même instant, il le dirigeait vers un oiseau qui passait en volant; une: détonation violente éclata^ et L'oiseau s'abattit sur le sol. Les Indiens « moururent.». Quand ils revinrent. à la vie, ils s'interrogèrent entre eux sur leur état, pour savoir s il y avait des morts, et ce que chacun d'eux avait senti. Les blancs firent signe alors que l'on allumât du feu*. Aussitôt les Indiens s'y prirent à leur manière; habituelle-, en frottant deux tiges de bois Fune contre l'autre. Les étrangers se mirent à rire, et l'un d'eux, saisissant une poignée d'herbes sèches fit jaillir une étincelle dans un peu de poudre placée au-dessous. Aussitôt se produisit une nouvelle détonation, et une flamme brilla. Les Indiens «■ moururent ». Après cela, les arrivants. voulurent faireeuiredu poisson. Les Indiens placèrent donc, de l'eau et du poisson dans un de leurs paniers carrés en bois, et minent des pierres sur le feu, pour les jeter, quand elles seraient chaudes, dans le récipient, et cuire ainsi le poisson. Ce procédé ne satisfit pas lies blancs. Un d'eux. allai chercher dans le bateau une casserole en. fer- bl au c, ymltl'eauiet le peisson, et, chose étrange à dire, la plaça sur le fem Les Indiens regardaient avec étonnement. Mais lai casserole ne se consuma pas et l'eau ne coula pas dans le feu. Alors, encore une fois, les Indiens « moururent ». Après avoir mangé le poisson, les étrangers mirent une casserole de riz sur le feu. Les Indiens se regardèrent, en disant tout