FRAYEUR DES INDIGÈNES
bas : Akshahn, akshahn (des vers ! des vers !)• Le riz une fois cuit, un peu de mélasse y fut mélangé. Les Indiens ouvrirent de grands yeux, et dirent... « de la « graisse d'hommes morts!» x\Iors les blancs leur offrirent du riz et de la mélasse, mais les Indiens ne firent que reenter avec dégoût. Ce que voyant, les blancs, pour prouver leur bonne foi, s'assirent et le mangèrent euxmêmes. Ce spectacle stupéfia les Indiens, et, de nouveau, tons * moururent ». Les blancs fïreut encore d'autres prodiges, et à chaque fois les Indiens sentaient s'emparer d'eux la profonde stupeur qu'ils appelaient « mort » Ce fut maintenant au tour des Indiens de faire « mourir » les étrangers blancs. lisse peignirent le visage et coiffèrent leur chevelure. Un nok-nok (esprit faiseur de prodiges) s'empara deux. Ils s'avancèrent lentement, s'assirent solennellement devant les blancs ; puis tout à coup levèrent la tête et les regardèrent fixement. Leurs yeux cerelés de rouge firent l'effet attendu. Les blancs « mou- « rurent * » .
L' amour-propre des Indiens était sauf, et les « morte » , successives où les armes, l'es ustensiles, les alimente des blancs les avaient jetés avaient peu1 duré. Toutes ees expériences nouvelles, tous ces êtres et ces objets stupéfiants se classent presque aussitôt dans leur esprit, à qui la représentation de puissances occultes est familière. Le fusil dont 1« détonation tue l'oiseau, la casserole qui reste sur le feu sans brûler, etc. : autant de prodiges inouïs, mais dont on n'a pas à chercher l'explication, puisque ceux qui les aeeom plissent viennent du monde de ces puissances ou lui sont intimement liés. L'Indien assiste à un rêve, les yeux ouverts. Mais il sait que ce qu'il voit em flêve est au moins aussi réel que la perception à l'état dé veille.
!: Tke British Col'umOia Mission, or MvHaMratlah, p. 63-6* [The missions of tke C hure h missionary society, n° 2).
Les Esquimaux de la côte Est du Groenland n'ignoraient pas qu'il existe des blancs, mais ils n'en avaient jamais vu. « Notre première rencontre avec les gens de Angmagsalik, dit M. Holm, en 1884, fut extrêmementcurieuse. Us s'imaginaient que nous étions des êtres surnaturels, semblables aux « habitants de l'intérieur », et aux « hommes-chiens », êtres imaginaires dontil estquestion dans leurs légendes \ »
Ceux-là avaient entendu parler des Européens. Mais dans le Pacifique, par exemple, la surprise fut complète. Presque partout les premiers blancs qui débarquèrent furent pris pour des revenants. Aux îles Wallis, « plusieurs naturels se rappellent encore cet événement, et un vieillard que je me plais souvent à questionner raconte qu'à l'apparition du navire européen, on ne douta pas que ce ne fût une terre des dieux glissant sur les flots. Le peuple était confirmé dans cette pensée par la vue des mâts qu'il prenait pour des cocotiers 2. » (Très souvent les missionnaires traduisent par « dieux » le terme qui signifie les morts ou les ancêtres). En Nouvelle-Calédonie, « ils pensent que les blancs sont les esprits des morts, et apportent des maladies ; et ils donnent cette raison pour expliquer qu'ils veulent les tuer ?. » Aux îles Gambier, « on nous demanda si nous étions les enfants des hommes, et le vieillard avant d'attendre notre réponse ajouta : « Etes-vous des dieux ? » * (c'est-à-dire des morts). — Dans le même archipel, « la première apparition des Européens sur leurs côtes, écrit un autre missionnaire, jeta les indigènes dans un étrange étonnement, auquel succédèrent bientôt la crainte et la terreur. D'abord, lorsque l'éloigne-
1. G. Holm. Elknological Sketch of llie Angmagsalik Eskimo. éd. by W. Thalbitzer, Meddelelser om Groenland. Vol. XXXIX, p. 7-8.
2. Annales de la Propagation de la foi, XIII, p. 21 (P. Bataillon), o. G. Turner. Nineteen years in Polynesia, p. 424.
4. Annales de la Propagation de la foi, IX, p. 50 (Lettre du missionnaire Caret).