‹ La mentalité primitiveChapitre 258 sur 333 · Missions eiangéliq lies, LXXX1I. I, p · texte numérisé non relu

Missions eiangéliq lies, LXXX1I. I, p

s'écria : « Ne laissez pas approcher les enfants ! Ces étran- « gers ont des livres ! » Le malheureux nous prenait pour des sorciers 1. » — A Bornéo, des Kayans « prièrent le D' Nieuwenhuis de protéger leur hutte en suspendant quelques morceaux de papier de journal, qui fait toujours une très profonde impression sur les habitants du centre de l'île, à cause des caractères si mystérieux... L'idée des Dayaks, que si les hommes peuvent lire, c'est parce que les lettres imprimées leur soufflent quelque chose à l'oreille, explique leur respect pour tout ce qui est imprimé et écrit2. » Enfin, pour ne pas prolonger davantage cette énumération, les Bannars du Laos se font précisément la même idée de l'écriture. « Comment ! disent-ils au missionnaire, tu l'entends ! tandis que nous ne saisissons pas un seul son de sa voix ! » Puis ils nous interrogent sur l'avenir, persuadés que rien n'est inconnu à quiconque possède la connaissance du laboor (papier)... Quelques-uns s'informaient de l'issue d'une guerre: d'autres voulaient savoir s'il leur restait encore longtemps à vivre. Nous aurions pu gagner notre vie à tirer la bonne aventure ; nous avions beau répondre à tous que le papier ne pouvait pas faire connaître des choses de ce genre, on entendait les questionneurs se dire entre eux en se retirant : « Ils le savent bien, mais ils ne veulent pas en parler3. »

Comme les armes à feu, l'écriture et les livres, les autres objets apportés par les Européens, et les produits de

1. Berichle der rheinischen Missionsgesellscha.fi, 1891, p. 210.

t. A. W. Nieuwenhuis. Quer durch Bornéo, II, p. 337.

3. Annales de la Propagation de la foi, XXVII. p. 412-13 (Lettre du missionnaire Combes).

Llvv-Brubl. — Mentalité. »g

43't PREMIERS CONTACTS AVEC LES BLANCS

leur industrie, si surprenants qu'ils soient, trouvent cependant une explication prête d'avance dans la mentalité primitive. Les blancs sont de grands sorciers : quoi d'étonnant s'ils obtiennent les résultats qu'ils veulent? Ceux-ci, aux yeux des indigènes, ne dépendent pas de ce que nous appellerions leurs conditions nécessaires et suffisantes, ou du moins ils n'en dépendent que très secondairement. Leur véritable cause efficiente est toujours le pouvoir magique des blancs. Même quand on ne comprend pas du tout ce dont il s'agit, on l'interprète en ce sens. Ainsi, « les Esquimaux Angmagsalik attribuaient un pouvoir surnaturel à nos mensurations anthropologiques, bien que je n'eusse rien fait pour donner occasion à une telle croyance. Ceux qui s'attachaient le plus à cette superstition étaient les vieilles gens, ou les personnes qui souffraient de quelque maladie. Un homme s'écria, quand j'eus fini de le mensurer : « Bien ! espérons que maintenant la main ira « mieux î » Il avait la main roide depuis très longtemps, et il ressentait des douleurs dans les articulations l. »

Même explication, à plus forte raison, quand il s'agit de résultats que les indigènes voudraient obtenir eux-mêmes. « Les chèvres de la mission prospéraient très bien, et M. Buchanan fut assiégé de sollicitations : les chefs du voisinage voulaient absolument avoir de lui la « médecine » qui fait se multiplier les chèvres2. » — Non loin de là, dans une autre région de l'Afrique ôquatoriale, « on me demanda plus d'une fois une médecine pour donner de l'ardeur aux chiens. 11 était facile de voir que les chiens européens étaient plus forts et aboyaient mieux que les misérables mâtins qui errent dans les villages des indigènes ». Ceux-ci ne s'aperçoivent pas que les chiens euro-

i. G. Holm. An ethnological sketch of the Angmagsalik Eskimo, éd. by W. Thalbitzer. MeddeleUer om Groenland, XXXIX, p. 86.

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