‹ La mentalité primitiveChapitre 259 sur 333 · Rev. J. Macdonald. Africana, I, p · texte numérisé non relu

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péens sont mieux nourris, ou du moins, s'ils le voient, comme il est possible, ils ne songent pas à rapprocher ce fait, comme cause, de la vigueur des chiens, comme effet. Us sont persuadés d'avance que le bon état des chiens provient d'une « médecine » que possèdent les blancs. « À ïeso, dit encore le môme missionnaire, on nous croyait aussi pourvus dune médecine pour blanchir les bébés. Cela se découvrit un jour où la femme d'un chef exprima la plus vive surprise en voyant que notre petit garçon avait déjà la peau blanche à un âge si tendre (il avait six mois). Elle avait toujours pensé que les Européens naissaient noirs comme tous les enfants qu'elle avait vus, et devenaient blancs plus tard par l'emploi constant d'une puissante médecine *. »

Ce n'est pas là une bizarrerie individuelle. Au Togo, « quand naît un enfant européen, il est inconcevable pour bien des gens que ce ne soit pas un Africain, puisqu'il est né dans la région. On admet /z priori que l'influence du pays est plus forte que celle de l'hérédité2. » — Chez les Bassoutos, « j'amenais à lacapilale le premier petit blanc né dans le pays. . . Les mères s'empressaient d'apporter leurs propres nourrissons pour les comparer au nôtre, et de nous demander par quel procédé nous maintenions la belle santé dont il paraissait jouir 3. » Procédé, c'est-à-dire « médecine » ; il s'agit sans aucun doute d'un charme ou d'un moyen magique. En général, dans les sociétés tout à fait inférieures, comme les blancs eux-mêmes ne sont pas des hommes pareils aux autres, on ne sait trop que penser de leurs enfants ; on ne s'attend même pas à ce qu'ils en aient. A l'île de Nias, « ils avaient pensé jusque là que les enfants d'un seigneur (tuan) blanc ne pouvaient pas

1. Rev. A. L. Kitching. On the bacitwaters of the Nile. p. 2ti6.

2. C. Meinhof. Afrikanische Relitfionen, p. 67-68. a. E. Casalis. Les Bassoutos, p. 84.

mourir... Leur idée était aussi que les enfants du titan devaient échapper à la mort au moins pour cette raison qu'il avait chez lui tant de « médecines » l. — En Nouvelle- Guinée allemande; « rien de tout ce que l'indigène a appris à connaître jusqu'à présent par son commerce avec les Européens ne lui a causé autant d'étonnement que les petits enfants blancs. La raison en est, peut-être, que le Papou a cru pendant longtemps que les étrangers blancs n'étaient pas de véritables hommes, mais une espèce d'esprits qui, sans être nés, étaient tombés du ciel là-bas derrière l'horizon, ou étaient sortis de terre". »

Selon les Bangala du Haut Congo, les blancs sortent de l'eau, et c'est de là qu'ils apportent leurs produits. « Des natifs soutiennent que je tire les cauries, les perles et les mitakou du sein de la terre. D'autres prétendent que ces belles marchandises viennent du fond de l'eau ; le blanc est pour eux l'homme aquatique, et moi-même je dors sous le fleuve. Mais tous sont d'accord pour me reconnaître une parenté avec Ibanza, un dieu ou un diable dont ils parlent souvent. Plus je nie cette filiation surnaturelle, plus on y croit3. » Il est facile de reconnaître ici la trace d'une croyanceextrêmementrépandue dans toute l'Afrique bantoue et môme au delà : les Européens viennent du fond de l'eau. « Quand le land-drost demanda à Gika (un chef Cafre) pourquoi ses gens avaient massacré les blancs... C'est, répondit-il, qu'ils n'avaient rien à faire dans son pays, et qu'ils auraient dû rester dans le leur, c'est-à-dire dans la mer. Car, les Gafres pensaient que les blancs sont sortis du fond de la mer, parce qu'ils ont vu d'abord le sommet du grand mât, puis le reste graduellement. . . ce qui eur a fait juger que les blancs étaient des habitants de

1. Berickte (1er rheinischen Missionsgesellschafl, 1906, p. 38.

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