‹ La mentalité primitiveChapitre 272 sur 333 · W. II. Bentley. Pioneering on t/ie Congo, II, p · texte numérisé non relu

W. II. Bentley. Pioneering on t/ie Congo, II, p

464 1-E MISONÉISME DES PRIMITIFS

aspirer à rien de mieux que ce que le père a eu avant lui. Si un homme a l'audace d'améliorer la construction de sa case, d'y faire une entrée plus grande qu'il n'est d'usage, s'il porte un vêtement plus beau que celui des autres, ou différent, il est aussitôt eondamné à une amende : et il devient, en même temps, l'objet de railleries si mordantes qu'il faut que ce soit vraiment un homme bien hardi pour les braver une seconde ijois1. » Chez les Cafres, « les rites et les cérémonies ne sont pas choses indifférentes que chacun puisse observer ou négliger comme il lui plaît; c'est sur elles que repose la confiance du Gafre, et. selon lui, sa vie et son bien-être dépendent de leur accomplissement régulier. Si donc il se mettait à les mépriser et à les négliger, il se déconsidérerait. Sa famille et ses amis le tiendraient à l'écart, comme une personne suspecte, qui sûrement s'adonne à l'art de la sorcellerie : autrement se rendrait-il coupable d'un crime si détestable ? Si quelque malheur frappe alors le kraal, et si l'on a recours à un prêtre pour découvrir le sorcier coupable, toutes les chances sont pour que le prêtre désigne ce suspect comme la cause du malheur, et que celui-ci subisse le supplice des sorciers. Une autre raison qui contribue à empêcher les Cafres de manquer en quoi que ce soit à leurs rites et cérémonies est la crainte superstitieuse qu'ils ont eux-mêmes d'appeler sur eux la colère des ancêtres, s'ils le faisaient, et de s'exposer ainsi à des malheurs surnaturels 2. »

Ce conformisme tyrannique ne pèse pas aux individus autant qu'on pourrait le croire. Ils y sont accoutumés dès l'enfance, et ils n'imaginent pas, en général, que les choses puissent être autrement. Surtout les rapports de l'individu avec le groupe social (famille, clan, tribu), le rendent aisé

1. Ch. New. Life, wanderings and labours in Eastern Africâ, p. HO.

2. Colonel Maclean. A ompendium of Kafir laws and cusloms, p. 106.

CONFORMISME OBLIGATOIRE 465

à supporter. D'un mot, l'individu, dans ces sociétés, est beaucoup moins dégagé de son groupe que dans les nôtres. La solidarité sociale n'y est peut-être pas plus étroite, elle v est sûrement moins complexe, mais elle y a un caractère plus organique et plus vital. L'individu y est davantage, au sens propre du mot, un membre d'un corps. Par exemple, la vendetta sera également satisfaite, que ce soit le meurtrier lui-même ou un autre individu de son groupe qui soit tué par un parent de la victime. Tous les membres d'une famille sont responsables de la dette d'un d'entre eux, etc. « En général, chez les Bassoutos, les actes importants de la vie ne sont pas abandonnés au caprice de l'individu, mais sont réglés et dirigés par la famille tout entière. L'individu n'est au fond jamais majeur, il doit, plus ou moins selon les cas, accepter la tutelle de sa famille, de son clan, ou de sa tribu. L'individu n'est rien par lui seul ; il n'est qu'une partie de la communauté familiale ou nationale l. »

Là est l'origine d'un des malentendus les plus fréquents, et les plus durables, entre les missionnaires et les indigènes. Les missionnaires veulent sauver les âmes. Ils mettent tous leurs efforts à persuader chacune de leurs ouailles, homme ou femme, de la nécessité d'abandonner les pratiques païennes et de se convertir à la vraie foi. Mais les indigènes, en général, n'ont aucune idée de leur salutindividuel. Ils pensent bien, commeles missionnaires, que la mort n'est que le passage à un autre mode d'existence ; mais ils ne conçoivent pas qu'ils puissent se sauver ou se damner chacun pour son compte personnel. Le sentiment profond et constant qu'ils ont de leur solidarité avec leur groupe, et avec leurs chefs, quand leur société en comporte, les empêche de comprendre ce que le mis-

4. EL Jacottet. Mœurs, coutumes et superstitions des Bassoutos. Bulletin de la Société de Géographie de Seuchâtél, IX (1897), p. 123, note 2.

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sionnaire désire tant pour eux, el même où il veui en venir. La distance est ici trop grande entre la mentalité primitive etla fin qu'on lui propose de poursuivre. Gomment l'indigène se représenterait-il sa destinée individuelle dans l'autre monde comme dépendant uniquement de sa foi et de ses actes — sans parler de la grâce divine, — quand il n'a jamais pensé aune telle indépendance de sa «personne dans la société où il vit f

Par suite, les conversions au christianisme, quandekles ont lieu, seront collectives, surtont là où l'autorité d'un chef est déjà établie, et où se personnifie en lui la réasWlé collective du groupe. « Le besoin de dépendance est chez eux (les Bassoutos), une seconde nature ; et l'on peut dire que déjà, en naissant, ils ont au cou la marque du collier. Leur attachement à leurs chefs est essentiellement quelque chose d'instinctif, tel que celui que les afoeilies ont pour leur reine. Jamais il ne leur viendrait à l'esprit qu'ils pourraient bien s'entendre etseconcerterpour rompre le joug; tout au plus, s'il est trop gênant, essaieront-ils de s'y soustraire individuellement en changeant de maîtres1. » Supposons que ces maîtres, comme il arrive presque toujours, restent sourds aux objurgations des missionnaires: « Si nous tournons maintenant nos regards du côté des sujets, en laissant ces petits chefs, pétris d'un orgueil ridicule, que nousdiront-ils?« Nous ne sommes « que les chiens de nos maîtres, des enfants sans intel- « ligence. Comment recevrions-nous les choses que nos « maîtres rejettent?- »

De même chez les Barotse. « Tout doit venir de la tête de la nation : si Levvanika nous ordonne d'apprendre, nous apprendrons, s'il refuse votre enseignement, qui

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