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CHAPITRE XIII LES PRIMITIFS ET LES MÉDECINS EUROPÉENS

Presque partout, un des premiers rapports qui s'établissent entre les indigènes et l'Européen est celui de malades à médecin. Il est rare que l'explorateur, le naturaliste, le missionnaire, l'administrateur même n'ait pas à faire fonction de docteur/ Gomment leurs soins sont-ils acceptés et compris ? Nous avons sur ce point des témoignages assez nombreux et concordants. Peut-être, en les examinant de près, trouverons-nous une confirmation de l'analyse de la mentalité primitive qui a été tentée plus haut.

« Nous passons tous les matins trois heures, dit Bentley, à panser des ulcères volumineux et infects, qui, sous l'influence stimulante et heureuse de nos lotions, prennent vite un aspect satisfaisant. On penserait peut-être que la guérison de ces ulcères, qui datent de cinq ans, ou plus, en autant de semaines, arracherait aux témoins quelque signe de surprise ou d'admiration. On penserait aussi que ces soins médicaux, dispensés avec tant de bonté, de persévérance, et auxquels s'ajoutent, le plus souvent, le logement et la table* que ces efforts constants pour gagner la confiance et rattachement, que tout cela enfin inspirerait parfois un peu de reconnaissance. Mais aucun signe de surprise ni de gratitude ne se manifeste, bien que le caractère des gens soit loin d'être froid. On commence à se demander très sérieusement si la reconnaissance est un

instinct naturel chez ce peuple, — excepté en de 1res rares occasions \ »

Dans le cas suivant, le désappointement du missionnaire est encore plus vif. « Un jour ou deux après notre arrivée à Vana, nous trouvâmes un des indigènes très malade d'une pneumonie. Comber le soigna, et le maintint en vie avec du bouillon de poulet ; on dépensa beaucoup de temps et de peine à le soigner, car sa maison était proche de .notre camp. Quand nous fûmes sur le point de repartir, il était rétabli. A noire grande surprise, il vint nous demander un présent, et, lorsque nous refusâmes, il en fut aussi étonné et choqué que nous l'étions de sa demande. Nous lui fîmes entendre que c'était à lui de nous apporter un présent, et de nous témoigner quelque reconnaissance. « Comment ! Comment! répondit-il, « vous autres blancs, n'avez vous pas honte? J'ai pris vos « remèdes, j'ai mangé votre soupe, j'ai fait tout ce que vous « m'avez dit, et maintenant vous me refusez une belle « étoffe pour m'habiller ! Vous n'avez pas honte ! » En dépit de ses protestations, il n'obtint plus rien de nous" ».

On pourrait penserque les missionnaires avaient affaire lu à un mauvais plaisant ; mais d'autres faits tout semblables ne sont pas rares. Ainsi, « Nlemvvo (un indigène qui accompagnait Bentley) nous raconte qu'un jour ils arrivèrent à un village où il y avait une personne très malade. Le docteur donna un remède à cet homme. Au retour, en repassant par cet endroit, il demanda à ce malade s'il allait mieux. L'homme répondit qu'il était tout à fait bien, et il demanda au docteur à être payé pour avoir pris son remède3. » — « Tout le pays, dit encore Bentley, admire la rapide guérison du chef : on ne parle plus d'autre chose.

i. W. H. Bentley. Pioneering on the Congo, 1, p. 444-5.

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