‹ La mentalité primitiveChapitre 61 sur 333 · J. Spieth. Die Ewestâmme, p · texte numérisé non relu

J. Spieth. Die Ewestâmme, p

Lêtt-Bkchl. — Mentalité. 7

On ne saurait mieux dire que les deux mondes font également partie de son expérience.

Les Maoris de la Nouvelle-Zélande ne conçoivent pas le rêve autrement : « Cette vieille dame, écrit. Elsdon Best, me dit un jour : « Je croirais volontiers que les gens qui « meurent vieux retrouvent leur jeunesse au reinga. Car je « suis allée au reinga la nuit dernière (c'est-à-dire, elle « avait rêvé) etj'yai vu Kiriwera (une vieille femme morte « récemment) ; elle avait l'air toute jeune et charmante ». Quand un indigène dit qu'il a été au reinga, il veut dire qu'il a eu un rêve. Un vieillard me racontait : « J'étais « au reinga la nuit dernière, et j 'y ai vu mon vieil ami mort « depuis longtemps. A son air... j'ai pu juger qu'il fera beau « demain1. » Golenso avait déjà fait la même observation : « Ils croient à la vérité des rêves, dont ils ont beaucoup d'espèces, tant bonnes que mauvaises... Ils sont persuadés que les rêves sont des souvenirs de ce qu'ils ont vu dans le reinga (monde invisible, demeure des morts), où l'âme s'est rendue pendant le sommeil du corps2. »

Enfin, pour ne pas multiplier les témoignages, des croyances analogues se retrouvent dans l'Amérique du Nord. « Ils se laissent guider principalement par leurs songes, car ils imaginent que pendant la nuit, ils sont en communication directe avec les esprits qui veillent sur leurs occupations quotidiennes3.» Les Indiens de la Nouvelle- France, qui attachaient tant d'importance aux rêves, ne se les représentaient pas autrement. « Ne pouvant pas concevoir la manière dont l'âme opère durant le sommeil, lorsqu'elle leur représente des objets éloignés et absents, ils se

1. Elsdon Best. Maori Eschatology. Transactions of the New-Zealand Institute, XXXVIII (190a), p. 236.

2. W. Golenso. On the Maori races of New-Zealand. Transactions of the New-Zealand Institute, I (1868), p. 41-42.

3. L. M. Turner. The Hudson Bay Eskimo^ Report of the Bureau of American Ethnology (Smithsonian Institute), XI, p. 272.

persuadent que l'âme quitte le corps lorsqu'il est endormi, et qu'elle va elle-même chercher les objets en songe aux lieux où ils les voient, et qu'elle retourne dans son corps vers la fin de la nuit, lorsque tous les songes se dissipent1. »

Ce qui est vu en rêve, en principe, est véritable. Pour des esprits peu sensibles à la contradiction, et que ne gêne pas la présence d'un même objet en plusieurs endroits différents au même moment, quelle raison y aurait-il de douter de ces données de l'expérience, plutôt que des autres? Une fois admise l'idée que la mentalité primitive se fait du sommeil et du rêve, comme rien ne lui paraît plus naturel que la communication entre le monde visible et celui de l'invisible, comment se défieraitelle de ce qu'elle voit en rêve plutôt que de ce qu'elle voit les yeux ouverts ? Elle y croirait plutôt davantage, à cause de l'origine mystique des données, qui les rend plus précieuses et plus sûres. Il n'y a rien dont on puisse être plus certain que de ce qui est révélé en rêve 2. Au Gabon, « un songe est plus probant qu'un témoignage3 ».

Mais n'y a-t-il pas des rêves incohérents, absurdes, et manifestement impossibles? — Dans la mentalité primitive, le principe de contradiction n'exerce pas le même empire sur les liaisons des représentations que sur celles des nôtres. En outre, les primitifs n'accordent pas créance à tous les rêves indistinctement. Certains songes sont véridiques, et d'autres non. Ainsi, les Dieri « distinguent entre ce qu'ils regardent comme une vision, et un simple rêve. Ce dernier est appelé apitcha, et on le prend pour une pure imagination 4... » Chez les Indiens de la Nouvelle-

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