SCENE PREMIERE
PIERRE, puis DE BRIVES. {L'abbé lit son bréviaire.)
Pierre, lorsque de Brives entre.
— M. de Brives ! (// se lève.)
De Brives.
— Hé! mais... est-ce que je me tromper
Pierre.
— Non. monsieur: c'est bien moi, Pierre.
De Brives.
— Alors, embrassons-nous.... Du diable si je mi"attendais à te retrouver en soutane, par exemple ! Toi, le fils de mon vieux camarade, le commandant de Sonancourt tué là-bas. pendant Thorrible guerre....
La Meuleuse
Pierre.
— Oircst-ce que vous voulez? la vocation... puis, mon père, ma mère, disparus, si tôt.
De Brives.
— La vie n'est pas une belle chose, mon enfant.... .Mais ta vue me réchauffe, me rappelle ton brave père. Saint-Cyr. nos premiers pilons et le reste. Comme le temps marche! Te souviens-tu de Tépoque où je te faisais sauter sur mes g-enoux?
Pierre.
— Parfaitement. J'étais d'un fier, à cause de votre uniforme!
De Brives.
— Et te voilà prêtre.
Pierre.
— Second vicaire à Saint-Louis de \ersailles, depuis trois mois; ce qui me permet de venir souvent dans l'hospitalière maison de madame votre sœur, la comtesse Nattier
De Brives.
— Approche, que je te regarde en pleine lumière.... Fixe! {Pierre se met dans la position du soldat sans armes.) Quel âg^e as-tu. au juste r
PlERRE.
— Ving-t-cinq ans.
De Brives.
— Et tu confesses r
Pierre.
— Le mercredi et le samedi de cinq à sept. (Souriant.) A votre service.
De Brives.
— Pourquoi pasr... Un de ces jours, si tu roses. .Mais nous attendrons que ta barbe soit plus rude, heinr que ton expérience ait grandi. Car tu me parais jeune pour confesser. On doit joliment feu apprendre, certaines femmes. Il y en a de si compliquées !
Pierre.
— Oh! allez, pas tant que ça... c'est un peu toujours la même chose.
De Brives.
— Patience, tu verras! On s'imagine les connaître, toutes, facilement, et un beau matin, on met la main sur une.... {A Vabbé, qui sourit.) C'est comme je te dis, et je te prie d'en croire un vieux démissionnaire du 5' dragons.
— Dites -moi, mon cher monsieur de Brives . si vous faisiez mon éducation , chaque fois que j"ai le plaisir de vous rencontrer ici?
De Brives.
— Nous risquerions d"y mettre le temps?... Hé?.,. Voilà ce que tu veux dire... et que ies bois de \'ersailies ne me voient pas assez souvent. C'est vrai, mais je suis tellement peu mon maître... tant d'occupations variées... depuis que j'ai accepté la
présidence de ce cercle. [Mouvement de Vabbé.) Oui. je suis président des Hannetons... et si j'avais su quelle besogne... ce que ça demande de pas, de démarches, d'ennuis, de lettres à écrire, à recevoir... {Tirant des papiers de sa poche.) Tiens! mon courrier de ce matin que j'ai pris en passant.... \on, la tète m'en fume. Obligé d'avoir deux secrétaires.... Bref, il y a cinq mois que je n'ai mis les pieds dans ce château, cinq mois que je n'ai aperçu ni ma fille, ni ma sœur. Je t'avouerai même que je crains d'être reçu... fraîchement.
Pierre.
— Et vous arrivez, comme moi sans doute, sur une lettre pressante de la Comtesse r
De Brives.
— Non, je n'ai rien reçu. Ce matin, en me levant, je me suis fait honte, simplement.... « \'eux-tu bien aller embrasser ta fille! » Et me voilà.... Tu ne t'es pas étonné de la rencontrer ici. chez sa tante >
Pierre.
— Mlle Lucile r mais non.
De Brives.
— Je ne pouvais la i2;-arder avec moi, n'est-ce pasr Un veuf! et un veuf encore vert... qui a son appartement au cercle.... Puis il n"y a e]ue les femmes pour savoir faire une femme d"une petite Hlle. C'est pour cela que je Tai confiée à Henriette, à ma sœur. Elles vont bienr
Pierre.
— Très bien, du moins il y a deux jours.
De Brives.
— Et le garçon}
Pierre.
— ^'otre neveu Georf:;-es Xattierr Bien aussi, monsieur le président.
De Brives.
— A quand le manager
Pierre.
— Le mariaa'e?
Li Mcnlcîise
De Brives.
— Tu ne connais donc pas nos projets: Tu n"as pas vu que Georg-es était amoureux de Lucile. et que Lucile:...
Pierre.
— Xon.
De Brives.
— Décidément, tu es trop jeune.
Pierre.
— La Comtesse.
Li Mentais.