SCENE XI
Les Mêmes. MARIE, très élégante.
-Marie.
/ — Pardonnez-moi de
■\ .-*v^ vous avoir fait attendre,
'*-~ chère amie.
La Comtesse.
— Veuillez vous asseoir, madame, et me prêter toute votre attention. {Un court silejice.) Il paraîtrait que vous me trouvez un peu changée à votre égard depuis quelques jours. {Sur un geste de Marie.) Lucile me Ta dit [(ironiquement), et encore
que cela v«a:s peinait. Je suis très franche, madame, et les situations nettes m'ont toujours plu. {Sur un nouveau geste de Marie, qui indique de Brives.) Monsieur est mon frère, le marquis de Brives. (De Brives salue Marie.)
De Brives, tas à l'abbé.
— Comme elle ressemble à Marg-ueritel
La Comtesse.
— Eh bien, c'est vrai, madame, et vis-àvis de vous, mes dispositions, qui étaient affectueuses, sont devenues... autres. Oh! jaiétéla première désappointée, cro3'ez-le, et ce n'est pas sans avoir réfléchi que je vous parle, sans avoir plaidé contre moi en votre faveur. .Mais voilà, j'ai découvert une foule de choses.... ennuyeuses pour vous comme pour les miens, et elles sont telles qu'à mon grand regret, nous allons être obligées de cesser toutes relations.
Marie, très émue.
— Pourquoi, madame: Excusez-moi,
5o La Menteuse
mais je ne comprends pas.... je ne comprends pas du tout.... Quelles sont ces choses ennuyeuses, pour moi comme pour les vôtres r
La Comtesse.
— Vous tenez à ce que je vous le dise?
Marie.
— Oui, madame: ne fût-ce que pour ne plus les ig-norer. Mais j'eusse préféré ne les apprendre qu'en votre seule présence.
La Comtesse, à de Drives et à Pierre qui se sont levés.
— Reste, mon frère, restez, Tabbé; il importe que vous sachiez, il importe que, devant vous, je n"aie Tair ni d'une fausse accusatrice, ni d'une vieille femme lunatique. (Ils se rasseyent, à Marie.) Pourquoi nous allons cesser toutes relations? Mon Dieu, madame, c'est parce que traitée en amie, en ég'ale, parce que choyée, adulée ici, et, par suite, connaissant les projets que j'avais sur ma nièce et mon fils, vous n'en avez tenu aucun compte....
La Meuleuse
DI
'JV^Or., 7j,,^.J.
La Co.mtesse. se levant.
— Ça. voyez-vous, c'est indigne! Je ne
m'y attendais pas; je ne devais pas m'y attendre.
.Marie.
— Oh ! madame....
La Comtesse.
— Je t'en prends à témoin, mon frère, et vous aussi, l'abbé. N'est-ce pas que c'est odieux, et qu'on ne vient pas, chaque jour, dans une maison où l'on est accueillie à bras ouverts, pour y jouer sournoisement des rôles, pour voler à une innocente un cœur dont elle se croyait sîirer
Marie, très ferme.
— Je ne sais pas ce que j'ai pu inspirer à M. Georg-es, mais je n'ai commis aucune indélicatesse, madame.
La Comtesse.
— Vous prétendez ignorer la passion qu'il a pour vous?
-Marie.
— Je le jure.
Lj Meuleuse
La Co3ITEsse, preu.iut uue lettre sur Li table.
— Alors qu'est-ce que ce brouillon, tout chifFonné, d"épître amoureuse que j'ai trouvé dans la chambre de mon fils? Il vous est adressé; votre nom y revient plusieurs fois.
— Je n"ai rien reçu, madame, et, n'ayant rien reçu, il nvétait difficile de répondre.
La Comtesse, preuaut uue autre lettre.
— Ahr... j'ai pourtant là une lettre de vous à Georges, — une lettre qu'un domestique a cru devoir me remettre ; car les domestiques sont déjci au courant.... Je ne l'ai pas ouverte, bien entendu, mais je vous défie de nous la lire.
Marie, vivemeut.
— Madame, il ne s'est rien passé....
La Co-Mtesse.
— Soit! mais il pourrait se passer quelque chose....
Marie.
— \'oLis m'insultez, en vous fiiiurant....
La Comtesse.
— Allons donc! vous n'êtes pas même veuve! Avez-vous été mariée seulement?
AIauie, à de
Brives et à l\ibbé.
— Oh ! messieurs . messieurs....
LxV Comtesse.
— Il faut que dans une heure vous soyez partie, que rien de vous ne reste chez moi.
Marie.
— Vous me traitez.... {Elle sanglote.) C'est affreux!... C"est abominable!
56 L2 Menteuse