‹ La menteuse: pièce tirée de la nouvelle [par] Alphonse Daudet & León HenniqueChapitre 24 sur 48 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Les Mêmes. LUCILE, MARIE.

Ll'Cile, teiLint et tirant Marie par la main.

— ^'e^ez... mais venez donc. La voici, marraine.

Marie, lui échappant et allant jusqu'à la Comtesse, très émue.

— .^Lad•.1m3 — {Elle se penche et veut lui baiser la main.)

La Comtesse.

— Non. dans mes bras, vous êtes la femme de mon fils.

Marie.

— J'ai été bien coupable.

124 ^^ Menteuse

La Comtesse.

— Vous aimiez, c'était votre excuse. Dans le premier moment, je n ai pas su le comprendre. Oublions, voulez-vous?

Marie.

— De tout mon cœur, madame.

La Comtesse.

— Appelez-moi ma mère. Désormais, je veux avoir deux filles dans ma maison, car vous allez revenir à Versailles le plus tôt possible; n'est-ce pas, Georges?

LUCILE

— Quel bonheur ! on va se retrouver ensemble. Marraine vous donne tout le pavillon.

La Comtesse.

— Cela vous plaît-il?

Marie.

— Je crois bien!

La Comtesse.

— Vous ne serez pas à l'étroit?

La Menteuse 12S

Georges, souriint.

— Regarde ce que nous avons ici.

De Brives.

— Ici, mes gaillards r .Mais j"ai connu des capitaines de dragons, du dernier mieux avec leur famille, qui n'étaient pas logés comme vous Têtes!

Georges, gaiement.

— Mon oncle, j"ai quatre cents francs par mois dans les assurances.

De Brives.

— Et c'est avec ça que tu payes la couturière de ta femme:

La Co-MTesse.

— Elle est toujours mise....

Georges.

— -Mais Marie donne des leçons de piano... elle gagne beaucoup d'argent.

J'en suis même assez honteux.

Marie.

— Veux-tu bien te taire! {A la Comtesse à

qui elle parlait.) Oui, maman, trois pièces, puis l"antichambre, et une grande cuisine.

LUCILE

— Est-ce qu'on peut visiter}

La Comtesse, à Georges.

— Oii! montre-nous donc... Ça me manquait tant de savoir comment tu vivais.

C'était mon remords, vois-tu; je craignais que tu sois mal, que tu soulïres de mon org'ueil, de mes duretés.

LuciLE, regardant autour d'elle.

— ^'oici le salon, j'imagine.

Pierre.

— Salon-cabinet de travail.

De Brives.

— Où l'on ne travaille g-uère.

La CoyiTESSE, prenant un des livres sur le bureau.

— Tiens! mon poète....

Marie.

— Une façon de penser à sa mère ,

vous voyez. Tous les soirs il faut que je lui en fasse une lecture. Malheureusement je n"ai pas été lectrice à la cour, je ne lis pas comme vous. Il me le reproche quelquefois.

Georges.

— Oh! .Marie....

La Comtesse, ouvrant le volume.

— Il est si beau, ce livre, cà quelque pag-e qu'on rouvre ! (Elle déclame.)

Nous n'osons plus parler des roses.

Quand nous les chantons, on en rit, Car des plus adorables choses Le culte est si vieux qu'il périt.

Marie.

— Jamais je ne saurais lire aussi' bien que vous.

La Comtesse, souriant.

— Flatteuse ! qui me prend par mon faible.

— Viens voir notre chambre, maman.

(// entre avec la Comtesse^ Lucile et Marie

les suivent.)

i3o La Menteuse

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