DE BOIS QUELLE MET EN ŒUVRE
n donnait autrefois le nom de Menuiserie à tous les ouvrages de petites dimensions exécutés par les différentes industries qui, de près ou de loin, touchent à l'ameublement. C'est ainsi que les orfèvres, pour ne citer qu'un ou deux exemples, distinguaient les œuvres de grosserie de celles de menuiserie et portaient, suivant la taille des pièces qu'ils façonnaient, le titre d'orfèvres grossiers ou d'orfèvres menuisiers. Un édii de Henri II, concernant le « fait d'orfèvrerie » et donné au mois de mars 1554, ne permet de « travailler l'argent, soit en grosserie, soit en menuiserie », qu'à un certain titre. Chez les potiers d'étain la même division existait, et le Tarif général des droicts des sorties et entrées du Royaume, établi en 1664, porte que l'étain « ouvré, menuisé et sans menuiserie » payera cent sols « le cent pesant ». Ces façons de parler étaient encore «n usage à la fin du xvne siècle, car Furetière écrivait
en 1686 : « Les orfèvres appellent ouvrages de menuiserie les petits ouvrages d'or et d'argent qu'ils fabriquent, comme anneaux, boucles, crochets, etc., ce qu'ils opposent à la grosserie, qui se dit de toutes sortes de vaisselles et de gros ouvrages. » Néanmoins, dès le xvie siècle, on avait pris l'habitude de désigner sous le nom de menuisiers, sans autre qualification, les « charpentiers de la petite cognée », qui exécutaient les ouvrages faits de « menus bois » ou « menuise1 » ; et sous le nom de menuiserie proprement dite on englobait : 1° tous les ouvrages de bois « taillés et assemblés avec propreté et délicatesse » ; 2° « tout le bois taillé et raboté » destiné à l'aménagement, la décoration intérieure et l'ameublement d'un édifice.
Limitée à cette spécialité, la menuiserie ne laissa pas que de constituer une industrie des plus importantes. De tous les matériaux mis en œuvre dans la confection du mobilier, il n'en est aucun qui soit plus généralement employé que le bois, et qui convienne à un plus grand nombre d'usages. Son prix relativement peu élevé, sa légèreté spécifique, sa résistance, sa souplesse, son élasticité, sont autant de qualités qu'aucune autre matière ne montre à un égal degré ; alors que l'étonnante variété des formes auxquelles il se plie et les précieuses ressources décoratives qu'offrent son grain, sa fibre, sa couleur, — suivant l'essence choisie et les façons qu'il reçoit, — recommandent son emploi d'une manière toute spéciale.
A ces avantages déjà si nombreux il convient d'ajouter l'agrément qu'il présente au toucher. Ses contours, en effet, n'ont jamais cette rigidité, cette dureté qui sont caractéris-
1. Au xvine siècle, on désignait encore sous le nom de menuise le bois à brûler « qui estoit trop petit pour estre mis avec les bois de compte ou de corde ». L'article II du Règlement de 1724 défendait aux marchands de « triquer le bois de menuise » pour le mélanger avec d'autre bois plus fort et plus long.
tiques du métal, et sa température, qui semble se rappro cher de celle du corps humain, ne cause point l'impression désagréable qu'on éprouve trop souvent au contact de la pierre ou du marbre1. Cette heureuse propriété vient de son peu de conductibilité. La sensation de froid ressentie par notre épiderme au toucher de certains corps solides est, on le sait, en raison directe de la faculté que ceux-ci possèdent de transmettre la chaleur. Plus leur conductibilité est grande, plus l'élévation de température qui leur est communiquée par le contact de notre peau est vite absorbée et transmise rapidement aux parties avoisinantes. Or la conductibilité du bois de noyer est seulement de 0,10; celle du sapin, de 0,17 ; celle du chêne, de 0,21, alors que la conductibilité du marbre s'élève à 3,48, et que celles du zinc, du fer et du cuivre vont de 28 à 64.
Toutes ces qualités si variées, si nombreuses, précieuses à tant de titres, ont fait rechercher le bois pour les applications et les usages les plus divers ; mais toutes les essences ne sont pas propres aux mêmes ouvrages. On a donc grand soin de choisir celles qui conviennent le mieux aux travaux qu'on entend exécuter
Les diverses espèces employées dans la menuiserie sont le chêne, le peuplier ou grisard, l'orme, le frêne, le noyer, le poirier, le hêtre ou fayard, l'érable indigène, le tilleul, le sycomore, l'aulne, le charme et le merisier. Autrefois on se servait aussi beaucoup de châtaignier. Nos forêts du centre de la France en fournissaient des grumes superbes, mesurant parfois plusieurs mètres de circonférence. La couleur de ce bois d'un beau jaune clair, ses fils droits et parallèles ; sa propriété de ne se point laisser attaquer par la vermine le faisaient rechercher, et l'on peut encore voir, dans les combles de nos anciens édifices, dont les charpentes sont très souvent faites de ce bois, combien l'estime dans