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EN BATIMENT ET DE LEURS PRINCIPAUX OUVRAGES

On divise les menuisiers en deux grandes classes : les menuisiers en bâtiment et les menuisiers en meubles. Les premiers sont chargés de confectionner toutes les boiseries qui garnissent ou décorent intérieurement ou extérieurement les édifices publics et privés. Les portes, les châssis de fenêtres, les lambris, les voussures, les escaliers, les parquets, les plafonds, les rampes et les balustrades rentrent dans leurs attributions. Ils exécutent aussi les chaires à prêcher, les bancs d'œuvre, les lutrins, les stalles, les autels, etc., et tout le matériel destiné au culte.

Jadis l'importance de leur profession était beaucoup plus considérable que de nos jours. Aune époque où le clergé disposait d'une partie de la fortune publique, les églises, couvents, chapelles et oratoires, infiniment plus nombreux, renouvelaient leur mobilier d'une façon en quelque sorte périodique, et fournissaient ainsi au menuisier des occasions sans cesse renaissantes d'exercer son savoir et son goût. Les magnifiques spécimens de ces boiseries anciennes qui nous ont été conservés attestent, au surplus , l'ingéniosité et les remarquables talents de ces intelligents artistes. Depuis les stalles du chœur de la cathédrale d'Amiens, décorées par Jean Turpin, jusqu'au banc d'œuvre de Saint-Germam-l'Auxerrois , exécuté par François Mercier d'après les dessins de le Brun ; depuis les stalles de Brou, chef-d'œuvre de Pierre Terrasson, jusqu'à la boiserie du chœur de Notre-Dame, livrée par Louis du Goulon et Marteau, et jusqu'à la chaire de Saint-Roch, achevée par

Sauvage en 1772, nombre de monuments exquis témoignent de l'incomparable habileté de ces vaillants ouvriers d'art.

Aujourd'hui la décoration des sanctuaires est concentrée entre quelques mains, et les ouvrages destinés à couvrir de grandes surfaces, comme les parquets et les escaliers, sont devenus l'apanage de maisons particulièrement organisées pour ce genre de travaux. Le menuisier en bâtiment ne reste plus guère chargé que de l'exécution et de la four niture des châssis de fenêtres, des portes, des impostes et des lambris. Encore, dans ce domaine limité, son action se trouve-t-elle singulièrement réduite.

Jusqu'à la fin du siècle dernier, en effet, les battants des portes étaient disposés en panneaux savamment dessinés, décorés d'aimables sculptures représentant des trophées ou des groupes d'attributs agréablement variés. Ces portes elles-mêmes étaient surmontées de dessus chantournés avec un goût rare et ornés d'élégants bas-reliefs. Les impostes des hautes fenêtres cintrées étaient également enrichies d'attributs et de guirlandes finement ajourées. Les corniches et les tableaux des croisées, souvent en bois, étaient d'une richesse délicate et noble. Des artistes de premier mérite ne craignaient pas de donner tous leurs soins à ces précieux travaux. Philippe Caffiéri sculptait avec une sorte de raffinement les bâtis et panneaux savamment assemblés par le menuisier Prou, et du Goulon, Charmeton et Vilaine épuisaient leur talent à embellir les lambris des résidences royales. Le Louvre, Fontainebleau, Versailles, montrent encore d'admirables échantillons de ces associations généreuses.

Aujourd'hui, à l'exception de quelques moulures plus ou moins compliquées, les portes ont abdiqué toute décoration, et les appartements, moins élevés, ne comportent plus ni chambranles surmontés de vases ni riches impostes. Il n'est pas jusqu'aux portes cochères qui n'aient renoncé à leur majestueuse parure, et l'on en chercherait

vainement, parmi celles datant de ce siècle, qui présentent d'élégants médaillons, comparables à ceux dont Bernard Toro enrichit l'hôtel de Chateaubriand, ou cette majesté décorative qui distingue les portes de l'hôtel de Nansouty à Dijon, de l'Arsenal au Havre, de l'hôtel de Sa-

Fig. 13. — Médaillons décorant les portes de l'hôtel de Chateaubriand.

muel Bernard, rue du Bac, de l'hôtel Ghénisseau et de l'hôtel de Maleissye, rue de Varennes.

Seuls les lambris offrent au menuisier en bâtiment l'occasion de montrer sa science et son goût. Encore, dans la plupart des hôtels et des habitations bourgeoises, ont-ils beaucoup perdu de leur importance et de leur ancienne somptuosité.

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