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DES ASSEMBLAGES

Nous avons dit que les lambris sont obtenus par la réunion d'un certain nombre de pièces de bois. L'action de réunir ces diverses pièces s'appelle assembler ; le résultat de cette action, assemblage. C'est de la bonne exécution des assemblages que dépendent la solidité ainsi que la propreté non seulement des lambris, mais de la plupart des ouvrages que confectionne le menuisier. Nous parlerons donc ici des assemblages d'une façon générale, et ce que nous en dirons pourra s'appliquer aussi bien à la fabrication des meubles qu'à celle des lambris.

Le rôle considérable que cette opération joue dans leurs travaux a porté de tout temps les menuisiers à rechercher les combinaisons qui leur offraient à la fois le plus de solidité et d'élégance; et comme leur intelligence toujours en éveil ne laissait pas que d'être féconde, il en est résulté qu'on a découvert et mis en pratique une foule de manières d'assembler le bois. On compte, en effet, plus de quarante sortes d'assemblages, les unes assez grossières, les autres extrêmement raffinées, quelques-unes très ingénieuses, savantes même, d'autres qui sont coûteuses et médiocrement pratiques. Nous ne passerons en revue que les principales. Celles-ci sont au nombre de dix ou douze et peuvent se diviser en deux classes :

1° Les assemblages qui ont pour but de réunir deux pièces de bois à leurs extrémités et de former des bâtis ;

2° Ceux qui ont pour objet de faire adhérer deux planches sur leur longueur.

La première classe comprend : 1° l'assemblage carré à

moitié bois; 2° l'assemblage carré à tenon et mortaise; 3° l'assemblage par enfourchement ; 4° l'assemblage à tourillons; 5° l'assemblage à bouement; 6° l'assemblage en anglet; 7° l'assemblage en enture; 8° l'assemblage à queue d'aronde et à queue perdue.

Dans la deuxième classe on range : 1° l'assemblage à clefs; 2° l'assemblage à rainure et languette, etc.

^ L'Assemblage carré a moitié bois est des plus primitifs. Il consiste à entailler par les bouts A et B (fig. 18) et à

Fig. 18. — Assemblage carré à moitié bois.

Fig. 19.

- Assemblage à tenon et mortaise.

la moitié de leur épaisseur les deux pièces de bois que l'on veut joindre ensemble; à les réunir et à les retenir à l'aide de chevilles, après adjonction de colle forte, opération qu'on appelle « coller et cheviller ».

L'Assemblage a tenon et mortaise, plus savant et plus solide, est, par cela même, beaucoup plus usité. On l'exécute en introduisant un tenon, c'est-à-dire une saillie de forme rectangulaire ménagée à l'extrémité d'une pièce de bois, dans une cavité exactement de même dimension, à laquelle on donne le nom de mortaise, et qui a été préalablement pratiquée sur le côté de l'autre pièce avec laquelle on désire assembler la première (voir fig. 19). Une fois le tenon entré dans sa mortaise, on cheville sans coller. Si l'ou-

vrage est bien dressé, et si le tenon et la mortaise coïncident avec toute la précision désirable, les chevilles suffisent, en effet, à les tenir solidement. L'absence de colle offre même cet avantage que, lorsqu'on veut démonter l'assemblage, il suffit simplement de chasser les chevilles, pour que les deux pièces puissent être séparées de nouveau.

Nous avons dit que cet assemblage était savant. Tout, dans sa confection, doit en effet être exactement réglé Ainsi l'on a soin de tenir le tenon toujours un peu plus épais que le tiers de la largeur du bois, de façon à établir

Fig. 20. — Assemblage à bouement simple.

Fig. 21. — Assemblage à bouement double.

une juste proportion entre la résistance qu'il fournit et celle offerte par les joues de la mortaise. Le tenon, en outre, ne doit pas traverser de part en part la pièce de bois adverse, mais venir buter contre un épaulement qui rend l'assemblage à la fois plus solide et plus propre. Lorsque le tenon occupe toute la largeur de la pièce et que la mortaise prend l'aspect d'une sorte de fourche, on donne à l'assemblage un autre nom : il est dit par enfourchement (fig. 22). Souvent l'assemblage à tenon et mortaise est destiné à former un cadre. Dans ce cas, les pièces de bois qui le composent portent généralement une moulure en bordure intérieure de leur parement. Pour la propreté de l'ouvrage, on coupe cette moulure suivant un angle de 45 de-

grés, et l'assemblage prend un nouveau nom : celui d'As-

SEMBLAGE A BOUEMENT (fîg. 20).

Quand les moulures se profilent des deux côtés du bâti comme cela se voit dans les châssis de fenêtres, l'assemblage est dit A BOUEMENT DOUBLE (fig. 21).

L'Assemblage a tourillons est une variété dégénérée de l'assemblage à tenon et mortaise. Il consiste à substituer au tenon pris dans la masse du bois, une forte cheville ronde rapportée. Il est employé le plus souvent par

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Fig. 22. — Assemblage par enfourchement.

Fig. 23. — Assemblage en anglet.

économie et quelquefois par nécessité, par exemple pour unir les parties cintrées dans les dossiers de fauteuils et de chaises.

L'Assemblage en anglet ou onglet est aussi une variété de l'assemblage à tenon et mortaise, mais une variété compliquée, qui comporte des coupes délicates. Il est long et difficile à bien faire, avec cela moins solide, et par conséquent exclusivement employé dans les travaux de luxe. Il consiste à assembler à tenon et mortaise deux pièces de bois dont l'extrémité est taillée d'après un angle de 45 degrés (fîg. 23). C'est ce qu'on appelait autrefois assembler à bois de fil. Au siècle dernier, où l'on cherchait à introduire dans l'exécution de la belle menuiserie tous les raffinements imaginables, on confectionna des assemblages de ce genre

à double mortaise ou à mortaise et enfourchement. De nos jours, pour donner plus de solidité à l'ouvrage, on assemble carrément et par enfourchement les deux pièces comme il est dit ci-dessus, après avoir eu soin de tailler préalablement en anglet leur parement intérieur (voir fig. 22).

Lorsqu'une pièce de bois est trop courte et qu'on éprouve le besoin de la rallonger, — cela arrive souvent, notamment dans la confection des pieds de derrière des fauteuils de style Louis XIII, — alors on pratique une sorte d'enfour-

24. - Assemblage Fig. 25. - Assemblage Fig. 26. -Assemblage en queue d'aronde bout de côté en queue d'à- en queue perdue, à bout. ronde.

chement qui permet aux deux pièces de tenir bout à bout. Cet assemblage est dit en enture1.

L'Assemblage en queue d'aronde tient à la fois de Tenture etde l'assemblage àtenon et mortaise. Il diffère toutefois des précédents en ce que le tenon va en s'élargissant à son extrémité, de manière à rappeler plus ou moins exactement la forme d'une queue d'hirondelle (d'où son nom). Ce tenon s'engage dans une mortaise de même calibre, qui traverse toute l'épaisseur du bois. Cet assemblage peut, à la rigueur, et comme Tenture, être employé pour réunir deux

1. Certains menuisiers disent en entage, mais cette façon de parler, quoique admise dans l'usage, n'est point correcte.

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pièces bout à bout (voir fig. 24); mais comme il n'est pas des plus solides, parce que le bois du tenon, se trouvant coupé transversalement, offre peu de résistance, on le réserve plus particulièrement pour assembler les planches se joignant à angle droit. Usité jadis pour les coffres et huches (voir fig. 27), on ne s'en sert plus guère aujourd'hui que pour les tiroirs.

Ce genre d'assemblage comporte une variété savante qu'on nomme en queue perdue, parce que les tenons se trouvent cachés et comme perdus dans l'épaisseur du bois,

Fig. 28. — Assemblage à clefs

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Fig. 29. — Assemblage à rainure et languette.

étant recouverts par un joint en angîetqui, dissimulant le travail, rend cet ajustement particulièrement agréable à l'œil.

L'Assemblage a clefs , dont on se sert parfois pour assembler bout à bout les pièces cintrées, a surtout pour objet de réunir deux pièces de bois ou deux planches sur leur longueur. Il s'exécute au moyen d'une succession de doubles mortaises dans lesquelles viennent s'engager une série de clefs remplissant le rôle de tenons (fig. 28).

De la même sorte est I'Assemblage a rainure et languette, qui, pratiqué sur toute la longueur de deux planches, sert à joindre les plateaux composant les panneaux d'une porte, d'un lambris, etc (fig. 29).

Enfin il convient de citer encore FAssemblage en emboîture, dont la mission est de maintenir à leurs extrémités les planches destinées à former un lambris de hauteur. Il se compose d'une traverse de bois dans laquelle vient s'emboîter une languette munie de clefs solidement chevillées qui, elles-mêmes, s'engagent dans des mortaises creusées à cet effet dans la traverse.

C'est, nous l'avons dit, de la bonne exécution des assemblages que dépendent en grande partie la solidité et la durée des travaux du menuisier. Les moulures, qui sont le principal ornement des lambris, concourent aussi dans une large mesure au bon aspect de ses autres ouvrages. C'est d'elles qu'il va être question dans le chapitre suivant.

Fig. 30. — Assemblage en emboîture.

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