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PALAIS DE FONTAINEBLEAU

deux parties par une cymaise dont la largeur est proportionnée à l'élévation générale de la pièce. Ces cymaises sont, en outre, plus ou moins ouvragées suivant que le lambris est décoré d'une façon plus ou moins somptueuse

Alors que la partie inférieure du lambris est toujours en menuiserie pleine, la partie supérieure, située au-dessus de la cymaise, — et qui est plus proprement appelée lambris de hauteur, — peut, au contraire, être évidée et se résumer en un cadre de dimensions variables, destiné à recevoir une tapisserie, une tenture d'étoffe, une peinture, etc. Parfois , pour donner plus de magnificence à la décoration, on substitue au cadre unique une succession de compartiments séparés par des colonnes engagées ou par des pilastres. Mais le plus souvent la partie supérieure du lambris est entièrement en boiserie, et consiste en panneaux sculptés, embrevés dans des cadres.

Les dimensions de ces panneaux ne sont point fixées au hasard. Leur nombre, leurs proportions et la disposition qu'ils affectent sont soigneusement réglés par l'architecte chargé de la décoration intérieure de l'appartement. Leur largeur et leur hauteur, ainsi que celles des champs formés par les cadres, varient suivant la taille et le caractère de la pièce. Il en est de même pour la richesse et l'importance de leur ornementation. Il convient toutefois de remarquer que, la mission des champs étant de constituer un repos pour l'œil, on prend garde de tenir ceux-ci unis dans toute leur longueur, de façon qu'ils forment une heureuse opposition avec les panneaux encadrés, qui, eux, peuvent recevoir les décorations les plus compliquées (voir la note de la page 22).

Ces panneaux, pour peu qu'ils soient d'une certaine étendue, sont toujours formés de plusieurs pièces assemblées à rainure et languette. Au xvnr3 siècle, on avait même soin de les construire avec des planches particulièrement étroites, ne mesurant pas plus de vingt-cinq à trente centi-

mètres de largeur, et l'on agissait sagement. Les planches de petite dimension, en effet, sont beaucoup moins sujettes à se déjeter que les planches d'une certaine étendue, et c'est à cette particularité que nous devons en partie l'étonnante conservation des beaux lambris qui ornent nos palais nationaux. Ajoutons que, pour consolider l'assemblage de ces planches, on les maintenait par derrière, soit à l'aide de traverses nommées barres à queues, lesquelles, s'élargissant en queue d'aronde, étaient logées dans une entaille exactement de même forme ménagée dans l'épaisseur du panneau , soit à l'aide de barres de fer très plates, affectant une disposition analogue.

Les lambris d'appui, d'allures beaucoup plus modestes que les lambris de hauteur, ont pour mission principale de former une sorte de piédestal à la décoration murale, en même temps qu'ils protègent celle-ci contre le frottement des meubles. Supposons, en effet, que notre muraille soit décorée d'une tapisserie à personnages ou d'une peinture à sujets. Si cette tapisserie descendait jusqu'au parquet, il se produirait ce fait regrettable, qu'une fois les sièges, tables, buffets et autres meubles rangés et mis en la place qu'ils doivent occuper, les personnages, la scène ou le paysage représentés sur la tenture se trouveraient coupés en deux, dissimulés en partie, et cette représentation incomplète ne manquerait pas de produire une impression des plus désagréables. En outre, il deviendrait indispensable de tenir les meubles à une certaine distance du mur, de façon à éviter tout contact avec la tapisserie ou la peinture, qui, sans cela, s'éraillerait rapidement. Or, cet avancement des meubles ne laisserait pas que de gêner la circulation et de diminuer l'étendue de la pièce.

Les lambris d'appui constituant un ornement et une préservation, et leur présence étant imposée à la fois par les convenances et par l'utilité, leur hauteur ne saurait être

arbitraire, et la fixation n'en peut être abandonnée à l'aventure. Un beau lambris doit, en effet, répondre avant tout à deux desiderata. Chargé de protéger la décoration murale en tenant les meubles à distance, il lui faut se proportionner aux dimensions de ceux-ci, alors que, concourant à l'ornementation de la pièce, il doit se raccorder à sa déco-

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Fig. là. — Lambris d'appui se raccordant avec la retombée du chambranle.

ration générale. C'est pourquoi les maîtres du xvne siècle recommandaient de régler la hauteur de la cymaise d'après la taille de la tapisserie à laquelle le lambris sert de piédestal, sans perdre de vue cependant l'élévation des sièges, des commodes, des buffets, des consoles et des tables. Ils recommandaient, en outre, — lorsque la tapisserie ne contient pas un sujet irréductible, mais consiste en une étoffe à dessin courant, — de faire concorder cette hauteur

avec une des divisions principales des portes et des croisées, et de la raccorder soit avec la tablette supérieure, soit avec la retombée du chambranle de la cheminée. Ajoutons que ces règles, quoique anciennes, n'ont rien perdu de leur opportunité. Quand on les observe avec intelligence, on arrive à produire cette concordance parfaite, cet aplomb,

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Fig. 16. — Lambris d'appui se raccordant avec la tablette de la cheminée.

cet équilibre des lignes ornementales, qui constituent un des principaux charmes des décorations bien comprises. On peut, du reste, se convaincre, à l'aide d'un exemple puisé dans la vie ordinaire, qu'elles ne présentent aucune difficulté irréalisable, et qu'il suffit, pour s'y conformer, d'un peu d'attention et de soin.

Supposons que nous ayons à garnir d'un lambris d'appui un beau salon mesurant 2m,90 sous corniche, c'est-à-

dire à peu près 3m,20de hauteur. La cheminée, qu'on aura eu soin de proportionner à la taille de la pièce, comptera environ lm,20 d'élévation Sa retombée, placée à 0m,25 audessous de la tablette supérieure, se trouvera, par conséquent, à 0m,95 du sol (voir fig. 15). Or, cette distance, qui constitue presque le quart de la hauteur totale de notre appartement, concorde assez exactement avec la taille de la plupart des grandes consoles, des guéridons, des buffets appliqués contre la muraille, et avec le cintre des dossiers des chaises, fauteuils et autres meubles meublants. — Voilà donc pour une grande et belle pièce, pour un salon de réception, notre problème facilement résolu. Que le plafond s'élève ou s'abaisse légèrement, la cheminée, elle aussi, variera proportionnellement; mais ses variations ne seront jamais que d'un tiers ou d'un quart de l'augmentation ou de la diminution subie par la hauteur totale de la pièce, et dès lors, en trichant quelque peu, on pourra toujours s'arranger de façon que le placement de la cymaise s'accorde avec la taille du mobilier. Cet accord sera même rendu facile par ce fait que les principaux meubles doivent, eux aussi, être proportionnés aux dimensions des pièces appelées à les recevoir. L'harmonie qui préside à tout ameublement correct et soigné exige , en effet, qu'on ne loge point des tables énormes, de larges armoires ou de très vastes fauteuils dans des chambres étroites qui en seraient encombrées De même, il faut se garder de meubler des salles énormes avec de petits sièges, avec des consoles ou des tables mignonnes , qui sembleraient comme perdus dans cette immensité.

Maintenant supposons qu'au lieu d'un grand salon nous ayons à garnir de lambris un boudoir ou un cabinet de travail, mesurant sous plafond 2m,90. La cheminée, réduite à proportion , ne comptera plus guère que de 0m,95 à un mètre de hauteur, et notre cymaise large de 0m,10, venant affleurer la tablette supérieure, se trouvera répondre en-

core assez exactement à l'élévation de nos principaux meubles (voir ûg. 16).

De nos jours, il arrive fréquemment que dans certaines pièces, les antichambres et les salles à manger notamment, les décorateurs rompent brusquement avec ces règles si raisonnables. Renversant complètement les proportions, ils donnent à leurs lambris jusqu'à lm,75 et même deux mètres de hauteur, de façon que la tenture n'occupe plus que 0m,80 ou un mètre sous corniche. Cette dérogation peut, à la rigueur, s'expliquer par le désir de protéger spécialement cette tenture contre les inconvénients d'une circulation plus fréquente, ou encore par le besoin de raccorder le lambris avec les dimensions de la cheminée, dont on croit, sans raison plausible, devoir en ces sortes de pièces augmenter singulièrement le volume. Elle n'en est pas moins regrettable et produit rarement un heureux effet.

On nous pardonnera d'insister autant sur ces questions, dont l'étude, aujourd'hui, est beaucoup trop négligée. Quoi qu'on en pense, les lambris jouent dans la bonne ordonnance de l'ameublement un rôle considérable. Tout se tient, en effet, dans la décoration intérieure de nos appartements, et le menuisier en bâtiment ne devrait en aucun cas se désintéresser de la taille et du style des meubles destinés à garnir la pièce qu'il décore. De même, le menuisier en siège devrait toujours s'informer avec soin de la disposition des boiseries contre lesquelles ses chaises et ses fauteuils viendront s'appuyer. Jadis on poussait le besoin d'unité et de concordance jusqu'à faire épouser aux lambris la forme des meubles principaux. De là naissaient ce parfait accord du mobilier avec la décoration murale, et cette harmonie des lignes qui nous charment au plus haut point. De nos jours, par dédain ou ignorance de ces règles si sages, par indifférence et surtout par suite de l'incertitude de nos installations, la négligence et l'oubli de toutes

convenances sont tels qu'on établit le plus souvent les lambris au hasard, et sans se préoccuper ni de la taille des meubles ni de la dimension des tentures. On va même plus loin. Dans la plupart des maisons de rapport, on se borne à simuler des lambris d'appui, en clouant des baguettes sur le nu de la muraille. C'est là une supercherie condamnable à tous égards. Ou la tenture mérite d'être protégée, et dans ce cas le lambris est nécessaire, ou elle en est indigne, et dès lors on peut, sans inconvénient, la faire descendre jusqu'au parquet.

Ces raisons, dictées par le bon sens et par la pratique, suffiront, nous l'espérons, à convaincre nos lecteurs que, dans la décoration de toute pièce de réception, la présence de lambris d'appui est au moins opportune. Nous ferons mieux encore: nous recommanderons pour toutes les habitations de luxe l'usage des lambris de hauteur. Leur installation est, il est vrai, coûteuse, mais les avantages qu'ils présentent compensent largement le surcroît de dépenses qu'ils occasionnent. Si on les garnit de panneaux sculptés avec goût ou même soigneusement moulurés, ils constituent une décoration noble, riche et en quelque sorte éternelle. Si, au contraire, on ne les fait consister qu'en un bâti solidement assemblé et formant cadre, ils offrent cette commodité que les tentures, — étoffes, tapisseries, peintures ou papier, — n'étant plus collées ou clouées directement sur le mur, mais montées sur un léger châssis, peuvent être désormais mises en place, déposées, retirées et remplacées, sans qu'on soit obligé de toucher à la décoration générale de la pièce et de la refaire en partie. De cette façon, on peut renouveler ses tentures au changement de saison, varier ainsi la physionomie de son appartement, avoir à peu de frais un mobilier d'été et un mobilier d'hiver, ménager les tissus de prix qu'on emploie à tendre les pièces de réception, et, en cas de longue absence, de déplacement, de voyage, les détendre et les préserver des causes de destruction si nombreuses

En outre, ia muraille ainsi décorée cesse d'offrir une surface plate, unie, monotone. Pour peu que le^bâti s'accuse par une légère saillie et que les moulures des cadres comportent quelques profils agréables, on a sous les yeux une paroi mouvementée qui s'agrémente de jeux de lumière, et la tenture ainsi présentée prend une valeur, une beauté, un accent qu'elle ne saurait avoir sur un mur plat.

Après avoir démontré combien les lambris — quand on a soin d'apporter un peu d'étude et de goût dans leur installation — peuvent heureusement concourir à la décoration de nos appartements, nous allons décrire aussi brièvement que possible les opérations techniques auxquelles donnent iieu leur fabrication et leur ornementation raisonnée.

Fig- 17. — Menuisiers posant un lambris de hauteur.

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