‹ La mer élégante: poésiesChapitre 6 sur 7 · Epilogue. m · texte numérisé non relu

Epilogue. m

Adieu les vérandahs chaudement parfumées!..

Comme au jour d'un décès , on a clos les villas ; C'est pour l'Eté défunt que toutes sont fermées Et porteront le deuil jusqu'aux prochains lilas.

Mais quand l'été nouveau luira , le gai village Les verra revenir, les amants de la mer Qui s'ébattront encor sur la digue et la plage : C'est pour mieux refleurir que l'arbre dort l'hiver.

Seul notre amour est mort sans qu'il puisse renaître ; Le roman est perdu , sans qu'il soit achevé ; Pourtant j'avais donné le meilleur de mon être Pour qu'il fût aussi beau que je l'avais rêvé.

Comme Hercule filant au rouet d'or d'Omphale , J'aurais voulu l'aimer pour la vie, épanchant Comme un baume à ses pieds ma chanson triomphale , Loin du monde orgueilleux , loin du monde méchant !

Seul notre amour est mort ! Est-ce donc bien possible Que nos serments d'hier soient des serments passés , Que le dard n'ait tremblé qu'un instant dans la cible, Qu'au sable de nos cœurs nos noms soient effacés?.

ii2 La Mer élégante.

Nous nous aimions pourtant avec force , avec fièvre , Et nous nous l'étions dit en nous pressant la main Quand, le soir des adieux, un baiser de sa lèvre Avait mis sur mon front l'espoir du lendemain ;

Si bien que , reprenant mon ancienne énergie , J'oubliais tout, mon spleen et mon doute moqueur, Heureux de monnayer à sa seule effigie Les lingots de tendresse enfouis dans mon cœur.

Seul notre amour est mort ! Tout mon courage tombe ! Pour se quitter si tôt, fallait-il tant s'aimer? Je sens là dans mon cœur un vide... c'est sa tombe !.. Mais le ver de l'oubli n'y pourra l'entamer !

Quand les vierges d'Egypte étaient mortes phtisiques , On conservait leurs corps imprégnés de parfum , Et j'ai de même , aux sons de funèbres musiques , Embaumé ta mémoire , ô mon amour défunt !

J'ai tissé chaque vers comme une bandelette Pour te garder intact et pour t'éterniser; Pauvre amour ! Dors en paix dans ta blanche toilette ; Reçois mes derniers pleurs et mon dernier baiser ! . .

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