‹ La mer glacée du pôle [microforme]Chapitre 28 sur 105 · LA LUTTE AVEC LES GLACES · texte numérisé non relu

LA LUTTE AVEC LES GLACES

« Nous voici sur ces grandes caux dont on nous a dit tant de merveilles.

» Gonfle toi-même nos voiles et que notre navire vole sur la mer! Sonde les canaux qui s'ouvrent, jette notre ancre au moment du besoin!

» Envoie un vent favorable, qui nous pousse sur la bonne voie; qu'il chemine derrière hous ou se tienne à nos côtés comme un serviteur fidèle ! »

George WITHER,

Le lendemain de notre arrivée à Port Alexandra nous vil batailler encore avec les glaces ; la nouvelle fallacieuse que le pack dérivait à l’est, laissant une allée vers le nord, nous avait engagés à quitter notre confortable mouillage ; à force de labeur, et en se faufilant à droite et à gauche, les navires parvinrent à gagner une vinglaine de milles vers le nord-ouest ; mais là, au cœur même de l'ennemi,nous dûmes nous arrêter, ne comptant plus que sur une bourrasque pour nous lirer de ce mauvais pas.

Sur la côte, de grands glaciers descendent entre les collines comme de gigantesques couleuvres blanches; eu arrière, on les suit des yeux pendant quinze ou vingt kilomètres, puis ils se perdent dans l'espace sans bornes.

Enfin la glace, relàchant son étreinte, nous permet de

reprendre notre: route et d'arriver sur une vaste nappe d'eau claire. Quelle rapidité merveilleuse dans ces chargements de décor! Il y a deux heures à peine, les navires élaient assiégés de toutes parts ; maintenant, voguant sur la mer libre, nous fendors les flots devant une brise fraîche du sud, à la vitesse de sept nœuds.Ce matin, on n'aurait pu voir une cuillerée d'eau sur le pack; cesoir, aussi loin que s’étende le regard, on ne distingue pas un fragment de glace ! Le baromètre social remonte soudain.

En passant près de la rive occidentale, nous avons l’occasion de vérifier nos suppositions sur ce que Hayes a nommé les îles de Bache et de Henry. Ces terres sont, sans conteste, réunies l’une à l’autre; font-elles partie du con- Linent ou non, c’est ce que nous n'avons pu déterminer, Je les crois une péninsule où le trapp serait sous-jacent au grès, et de formation autre que le côté sud du détroit, qui est de nature granitique. Elle paraît entièrement dépourvue de végétation et a une ressemblance frappante avec le calcaire silurien qui entoure l’inlet du Prince Régent; les stratifications s’en inclinent vers le nord, à un angle d'environ 6 degrés.

Notre joie ne pouvait être de longue durée. Huit heures suffirent pour mettre à néant nos grandes espérances de marche triomphale vers le nord : le pack se referma autour des navires, nous obligeant à les amarrer à un floe, jusqu’à ce que l'ennemi voulût bien nous laisser passer. Déjà dans le cours de la journée, nous avions rencontré des € champs » formidables, les plus épais que nous eussions encore vus; certes, ils n'auraient pas épargné Île bâtiment assez malheureux pour se laisser « pincer ! » entre deux de ces colosses.

1. Nip, pincée, égratignure, coupure; mot adopté dans le voca-

bulaire arctique pour désigner le front du pack qui brise et anéantout ce qu’il trouve sur sa route. (Trad.)

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