‹ La mer glacée du pôle [microforme]Chapitre 4 sur 105 · SUR LES MERS POLAIRES · texte numérisé non relu

SUR LES MERS POLAIRES

Ceux qui réclament du gouvernement britannique de nouvelles campagnes aux régions polaires n’ont aujourd’hui en vue que l'intérêt de la science. La découverte d’une route commerciale était autrefois l'objet principal de ces explorations ; une certaine partie du public s’acharnait en outre à insister pour la conquête du pôle nord luimême, entreprise aussi puérile qu'inexécutable, et que je regarde comme indigne de toute considération sérieuse, quoiqu'’elle ait été mise en avant dans les instructions de l'Amirauté ; tout aussi bien, les rédacteurs de ces papiers auraient pu y insérer l’ordre de visiter la lune. Mais, contribuer au progrès des connaissances humaines, apprendre sur les parages arctiques les nlus lointains tout ce que nous savons déjà du Groënland et de l'archipel Parry, voilà un but qui vaut bien les dangers, les fatigues et les dépenses à encourir pour essayer de l’atteindre. L'illustre amiral Sir Sherard Osborn l'avait compris et

1. Extrait librement du Geographical Magazine, édité par Clements Markham, juin 18°,

XI! QUELQUES CONSIDÉKATIONS

il consacra ses dernières années à populariser cette manière de voir : l'expédition du capitaine Nares a été le fruit de sa persévérance, et le drapeau britannique s’est déployé à une latitude où jusqu'ici n'avaient paru les couleurs d'aucun pays.

Les campagnes avec traîneaux du commandant Markham, de Beaumont, d'Aldrich et d’Archer; les excursions plus courtes, mais non moins héroïques, d'Egerton et de Rawson, ont déja pris rang avec les plus célèbres de celles de leurs nobles prédécesseurs dans les latitudes boréales,. Officiers et matelots ont rivalisé de courage. Cette persévérance vaillante, ces durs travaux dont nos enfants transmettront le récit aux leurs, cette complète abnégation de soi-même en face du danger, honorent nos braves compatriotes pour le moins autant que les plus précieuses de leurs découvertes scientifiques.

Mais, depuis le temps de James Bruce, les plus illustres voyageurs sur terre et sur mer ont été, à leur retour dans la patrie, attaqués par un essaim de détracteurs ignorants. Ce genre de triomphe n’a pas manqué à Sir George Nares, et on lui a jeté les reproches les plus absurdes au sujet de lapparition du scorbut au milieu des deux équipages. Ces messieurs bläment surtout le capitaine de n'avoir pas, lors des campagnes du printemps, approvisionné de Jus de citron chacun de ses traineaux.

Ils pourraient savoir qu’à bord des navires on ne possédait ce médicament que sous sa forme habituelle, c’est-à-dire à l'état liquide, sauf par une très basse température ambiante. Pendant tout l'hiver, les hommes avaient été obligés d’en boire leur dose quotidienne en

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