IMPRIMERIE CENTRALE DE POLE
Messieurs Giffard et Symons ont l'honneur d'informer le publie, qu'au prix de dépenses énormes, et malgré des difficultés presque insurmontables, ils ont réussi à prendre possession des magnifiques locaux occupés en dernier lieu par M. Cléments Markham, — Ruelle de la Trappe, à une demi-minute de l'Echelle du Gaillard d'avant, — et facilement accessibles de toutes les parties de la cité.
Sans regarder aux frais, ils se sont procuré les machines les plus nouvelles, ils se sont approprié les inventions Les plus récentes ; aussi se font-ils fort de porter l’art si noble de l'imprimerie à une hauteur inconnue jusqu'à ce jour.
Is attendent avec confiance les suffrages que le public accorde toujours au vrai mérite.
Prix modérés. — Pas de crédit. — Tous labeurs doivent étre payés d'avance.
N. D, — Exécution prompte et rapide des ordres dont ils seront favorisés.
Navire de Sa Majesté l’Alerte. — 28 juillet 1875.
— L'Giffard et R' Symons, —
l4z LA MER GLACÉE DU POLE,
Les dépenses, les difficultés mentionnées dans ce €boniment » faisaient allusion au litige mémorable que souleva, entre les imprimeurs et les photographes, la possession de la très petite cabine que mon cousin Markham avait occupée pendant quelques jours, ces € magnifiques locaux » du grandiloquent prospectus. La lutte avait été chaude, voire même acharnée; les deux € raisons sociales » également énergiques avaient donné de toutes leurs forces. Quant à la Ruelle de la Trappe, voici d’où elle tirait son nom : l'ouverture de la cale arrière se trouvait immédiatement en dehors de la porte de la cabine, et lon oubliait parfois de fermer l'écoutille; or comme, au début du voyage, lentassement des colis en faisait le plus sombre des antres, les distraits ne manquaient pas de choir dans ce vrai € piège à hommes ».
Pas n’est besoin de dire que cette presse ne devait guère gémir sous le poids des paperasses administratives; elle avait vraiment bien autre chose à faire : imprimer, par exemple, les programmes des diverses représentations scéniques et autres ; à Noël et pour les diners d’anniversaire, on se donnait Le luxe de publier le menu des repas. Bref, la réussite fut complète, et nos typographes peuvent se vanter d’avoir, pour leur très grande part, contribué à nous consoler de la longue nuit du pôle.
L'école fut ouverte le 4% novembre et se tint régulièrement jusqu'au retour du soleil. Presque tous les hommes y étaient présents à la fois, répartis en divisions placées sous la surveillance des officiers et s’occupant de lecture, d'écriture, d'histoire, d’arithmétique, de navigation.
La classe se tenait dans la batterie basse, autour des grandes tables. Deux hommes seulement durent commencer par l'alphabet; on leur adjoignit Petersen, lin-
LE THÉATRE ROYAL DU POLE. 143 terprète danois, et le cuisinier Domenico, natif de Gibraltar, qui désiraient apprendre à lire et écrire l'anglais. Le docteur, avec son dévouement habituel, se chargea de ces Céclopés », comme on les appelait à bord.
Les cinquante dernières années ont mené des progrès étonnants dans l'instruction des classes inférieures de la Grande-Bretagne. Du temps de Parry, un matelot qui sut écrire était une exception remarquée; aujourd’hui, sur les cinquante-cinq locataires de lAlerte, nous n’en comptons que deux complètement illettrés.
Jamais on ne vit écoliers plus zélés, jamais école plus paisible et plus facile à conduire; et ce fut un vrai plai-
sir pour les maîtres que de donner leur temps à des disciples si désireux d'apprendre.
Ainsi, on aurait pu contempler un brave vieux loup de mer dont la large main basanée paraissait plus propre à saisir l'épissoir qu'à diriger sa plume. Les coudes en angles aigus, son visage bronzé touchant presque le » papier, la langue projetée en avant, il suait sang et eau ns amener à bien une très simple addition. Et, par contraste, à la table opposée, un jeune matelot, fort en avant de tous ses compétiteurs en mathématiques, se perà mettait, sur la trigonométrie, des questions qui menaaient de désarçonner, même son savant professeur.
» L'école terminée, les hommes étaient libres pour le Dreste de la soirée; des jeux de diverses sortes, échecs, dames, cartes, achetés avant de quitter PAngle térre. régnèrent tout lhiver sans conteste : un vaste espace à bord, en arrière de nos € appartements », fut alloué x fumeurs; c’est là qu'avaient lieu les représentations dramatiques et les soirées du jeudi. Le dimanche, on y lébrait le service divin.
La lecture était une source de grand amusement et les res de la bibliothèque ne chômèérent point d’admira-