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Ce fut très suffisant, et je ne pense pas que pour d'autres voyages on ait grand'ehose à v changer; tout était excellent et de qualité supérieure,
Depuis notre retour en Angleterre, certaines personnes ont sévérement blämé le capitaine Nares au sujet de l'absence du jus de citron dans les rations quotidiennes à nous assignées pour Îles deux premiers mois de nos courses sur les glaces, Notre régime, nécessairement, avait été basé sur celui des expéditions antérieures, et nous n'avions aucun motif de croire que, moins heureux que nos prédécessenrs, nous verrions nos équipages envahis par le scorbut, Jamais on n'avait regardé Le jus de citron comme devant faire partie intégrante des provisions emportées pour les voyages du printemps, et sir Léopold Mae Clintock, le plus illustre survivant des héros polaires, a déclaré en publie que sir Georges Nares avait agi à cet égard exactement comme il Feñtf fait lui-même dans de semblables circonstances, Du reste, en mars, en avril et en mai, ce médicament, tel du moins qu'on nous l'avait remis en Augleterre, ne peut être utilisé qu'à bord des navires. Renfermé dans des bouteilles ou de grandes et lourdes cantines, il devient, par la température qui règne sur le pack, aussi dur qu'un caillou, et si l'on eùt essayé de placer les récipients près d'un feu suffisant pour en liquéfier le contenu, ceux-ci n'auraient pas tardé à voler en éclats, C'est toute notre réponse à ceux qui, sans expérience aucune des conditions auxquelles nous avons été soumis, ont voulu se mêler de nous faire des reproches. En juin, le jus de citron redevint Hquide
et toutes nos escouades recommencèrent à s’en servir. Après notre retour au pays, on a pensé qu'il eût mieux valu le mettre en tablettes, et le directeur général du département de Ta Santé propose qu'on le mélange d'avance avec Le pemmican, Si ce prophylactique est aussi infaillible qu'on lassure, il est fort à regretter que ces procédés n'aient pas été nmaginés et exécutés avant le départ de Pexpédition, car nous avons bien souffert de ce défaut de prévoyance, Le licutenant Parr et mot avions chacun deux flacons de jus de citron; ils gelèrent de telle sorte que nous ne pümes en faire usage avant les chaudes températures de juin.
Le docteur Colan avait rédigé avec le plus grand soin des instructions médicales pour les commandants de traineau, qui prirent en outre des leçons de chirurgie élémentures 11 vérifia minutieusement le contenu de - chaque boîte de pharmacie qui, en tout, ne devait pas dépasser douze livres
Voici quel fut notre costume, un peu différent de celui de l'hiver : sur Le corps, une épaisse fanelle par-dessus laquelle nous portions une où deux chemises de Jaine ou de coton, un long gilet laine et soie; un gucrnses en
tricot, des pantalons de molleton descendant environ à un
1. Chaque traineau emportait : 2 fioles de sel volatil et d'extrait d'ammoniaque; 2 fioles de laudanum, 2 de vin opiacé, une petite boîte de poudre de Gregory; 120 grains de poudre de Dover; 480 grains de poudre de magnésie; 120 grains de sucre de plomb: une bouteille de térébenthine ; une fiole d'acide phénique; du Hiniment à la glycérine, du Jiniment blanc, des emplâtres, #4 douzaines de pilules purgatives, du taffetas ciré; des éponges, des épingles, des attelles, de Ia toile phéniquée, du coton en rames, une sonde, un tourniquel, une trousse, une Jancette, du coutif, de la tarlatane, deux ubat-jour, des ciseaux, des besicles garnies de flanelle, du ruban de fil, de la moutarde, 5 bandes de calicot, 2 de flanelle, de Ha charpie. Le tout pesant 7 livres 12 onces et renfermé, les flacons, dans une boite de métal, le reste dans une caisse,
L'ATTIRAIL D'UNE EXPÉDITION A TRAINEAUX. 207 pied au-dessous du genou. Nous avion: autour des reins de larges ceintures de laine, de celles qu'on nomme «ceintures anticholériques », sur la tête ces passe-monlagnes que nos hommes appelaient des Eugénies, et par-dessus, un bonnet en peau de phoque épaisse avec oreillettes et couvre-nuque,
Pour chaussure on avait les carrés de molleton que j'ai déjà décrits, une paire ou deux, suivant qu'il faisait plus ou moins froid; de grosses guètres eémboitant le pantalon, et montant au-dessus du genou et des mocassins. Ges derniers n'atteignaient d'abord que la cheville; avant notre départ, les gens assez fortunés pour posséder de fa peau de chamois y ajoutérent des jambières de cuir; les autres se contentèrent d'y coudre des manches de chemises de laine : toutes inventions quiremplirent admirablement leur rôle, empêcher la neige de pénétrer dans Le pantalon, Quelques-uns avaient adapté sous leurs mocassins des semelles coupées dans Ha partie supérieure de nos bottes de pêche; elles furent bientôt emportées, mais li chaussure indienne fit un usage merveilleux,
Les journées d'hiver avaient été utilisées, entre autres occupations, pour confectionner, en vue des hommes de irait, de grandes mitaines ou plutôt des fourreaux pour les mains, eu gros lainage recouvert de toile à voile, et avec un revers commeles gantelets; nos gens,pour ne pasles perdre, les portaient attachés au cou avec un cordon. La nuit, on les passait aux pieds avant d'enfiler les sacs à dormir, et ils ont puissamment aidé à nous préserver des lroidures, Enfin, nous avions tous des pardessus de toile qu'on ne mettait que pour la marche et dont Fa fonction ctut de € repousser Ta neige », cestä-dire de Fempécher de se fixer et de fondre sur le vétement,
En route, les lunettes étaient rigoureusement ordonncess où ue pouvait les ôter qu'une fois rentrés dans la
tente pour le repos de Ha nuit. Cette règle, adoptée dès le début, nous à à peu près sauvegardé des ophthalmies douloureuses dont tant d’autres expéditions ont plus ou moins souffert, et qui condamnent le patient à une inutilité absolue. Comme précaution supplémentaire, on petgnit divers tableaux de genre sur le dos des pardessus de toile, tableaux destinés à récréer, à soulager la vue qui se reposait sur eux de l'éclat de la neige, chaque homme fixant les veux sur léchine de celui qui le précédait, Les sujets de scène furent laissés à l'imagination vagabonde des artistes, et nous nous amusämes beaucoup du style de ces compositions plus originales qu'élégantes, L'âne, l'ours polaire, dans les postures les plus extravagantes, excitant surtout la verve de nos barbouilleurs : chaque tableau avait son motto, sa devise, en latin ou en français. Ces peintures ont-elles beaucoup aidé à Ja santé de nos yeux? personne au monde ne saurait affirmer; en tous cas elles nous ont souvent égayés et souvent servi de sujets de conversation quand les autres se faisaient rares.
Telle était Ta Cconstitution » des partis de traîneaux qui furent expédiés par PAlerte au printemps de 1876. Officiers et matelots ne s'y distinguaient en rien; ils avaient le même costume, la même nourriture; ils partageaient la même tente et la même couche; ils avaient la même ambition, jaloux d'accomplir tous leur devoir et de réussir dans l'entreprise qu'ils allaient tenter.
Quoique l'effectif disponible à bord de l'Alerte dût être engagé dans ces opérations, il ne nous fut possible d’organiser que deux grandes compagnies de traineaux !. Le
1. Nous n'avions à bord que soixante hommes valides, tandis que nos prédécesseurs, sir Horatio Austin (1850 à 1851) et sir Henry Kellett (1852 à 1854) en comptaient quatre-vingt-dix, juste un tiers de plus que nous,
On s'habille. (Page 208.)
Fu
L'ATTIRAIL D'UNE EXPÉDITION À TRAINEAUX 209 reste des hommes s’employa dans le service des véhicules auxiliaires qui ne cessèrent d'être en réquisition jusqu'au retour de nos deux escouades.
L'une de ceiles-ci, sous les ordres d'Aldrich, premier lieutenant, devait continuer les découvertes de l'automne par l'exploration des côtes occidentales; Fauire, plus nombreuse, et placée sous mon commandement, fut chargée d'attaquer le pack polaire et de s’avancer le plus possible vers le nord. Quant à la reconnaissance de la rive groënlandaise dans la direction de Fest, et à celle des fiords du détroit de Robeson, cette étude également importante était confiée, comme nous l'avons déjà dif, aux traineaux du navire la Découverte.
Nul d’entre nous n’envisageait légèrement les terribles difficultés de la € pointe » vers Le nord sur le pack et ses hummocks formidables. Nous savions par expérience qu'il n’est pas commode de glisser sur les grandes ulaces polaires ; nos couries excursions de çà et de là nous en avaient suffisamment convaincus. Une tâche des plus ‘sérieuses allait commencer pour nos compagnies. Aussi n'avions nous pas d'espoir extravagant; nous ne rèvions plus de conquérir le Pôle, Les plus calmes parmi nous comptaient arriver au quatre-vingt-quatrième parallèle, les plus enthousiastes au quatre-vingt-cinquième, et encore !
Avant que lAlerte entràt dans ses quartiers d'hiver, nous avions constaté que la grande banquise, formée de glaces extrèémement puissantes, était en mouvement à cette époque de Pannée. Il fallait done s'attendre à la voir en branle en juillet ou en août, peut-être même en juin, d’où la conclusion suivante :
C'est une mesure de prudence et même de nécessité absolue, de fournir à l'expédition du nord un moyen de salut, dans Le cas où la rupture du pack aurait lieu plus
tôt que de coutume. On nous donna done deux bateaux capables de passer tous les hommes et les traineaux de la colonne, d'un floe à l’autre, en cas de débâcle de la banquise. Ces deux embarcations ! devaient incroyablement ajouter au travail de nos hommes de trait.
La seule tentative faite avant nous pour s'élever au nord, loin de toute terre et sur la mer glacée, avait été celle d'Édouard Parry, dans son mémorable voyage de 18272,
1. Les traineaux destinés à porter les canots ont sur les traverses extrêmes deux taquets, un de chaque côté de la quille de l'embarcaton, Ces deux taquets ont sept pouces de long et sont fixés aux traverses par un amarrage solide. Deux listeaux en orme d'Amérique ayant deux pouces de large et un demi-pouce d'épaisseur, sont fixés parallèlement à la quille du canot sur le. cran supérieur des traverses ; il sont à trois pouces et demi l’un de l’autre, ce qui revient à dire, à un pouce trois quarts de la longuerine centrale. Ces listeaux sont suffisamment grands pour pouvoir être amarrés à toutes les traverses. Lorsque le canot est posé sur son transport, la quille se trouve entre les taquets et repose sur les traverses ; l’embarcation est maintenue droite par un long coussin de forte toile à voile remplie de débris de liège; un autre tampon semblable est placé de chaque côté de la quille; ils sont fixés par des amarrages.
2. Comme l’entreprise de sir Edward Parry pour atteindre le Pôle élait, jusqu'à notre propre tentative, le seul voyage un peu prolongé qu'on eût effectué sur les glaces dans la direction du nord, je crois utile de donner ici quelques détails sur cette expédition et les résultats qu'elle obtint.
Le célèbre marin partit d'Angleterre le 3 avril 1827, sur le navire l'Hécla, et mouillant celui-ci dans un bon port de la côte septentrionale du Spitzherg, se mit en route le 21, avec deux canots, l'Entreprise et V£ffort (Endeavour). Il montait le premier avec M. Beverley; James Ross et Edouard Bird commandaient le second ; dix matelots ct deux soldats de marine formaient l'équipage de chacun.
Les embarcations avaient le fond plat; la longueur en était de vingt pieds, la plus grande largeur de sept. Elles étaient assez efflées aux deux extrémités, et lon avait mis des couples en cœur de frène et de noyer d'Amérique. Sur la membrure était appliqué un système de bordé assez élastique pour résister au choc des glaçons. Ce bordé consistait en une couverture de toile à voile rendue imperméable au moyen du goudron; un mince bordé de pin par-dessus,
Pour les raisons énumérées plus haut, on n'avait pu songer à établir de dépôt sur le pack pour ravitailler ma division, et il ne fallsit pas compter que les traineaux de secours vinssent à notre rencontre avant que nous eussions regagné les côtes. Nous dümes donc nous munir de provisions suffisantes pour toute la durée de l'expédition. Bien plus, à cause de ces deux terribles bateaux,
puis une couche de feutre, enfin une lame de chêne ; le tout fixé à la membrure par des vis à bois en fer. Des deux côtés de la quille se trouvaient de minces patins en métal semblables à ceux d'un traineau. Sur la glace, les patins supportaient entièrement le canot ; une brague de cuir les entourait à l'avant, deux cordes de halage en crin venaient s'y fixer. Les embarcations avaient deux baux, un compartiment fermé à chaque extrémité, et, sur les côtés, des armoires contenant des provisions et des habits de rechange; un mât de bambou, une voile tannée, quatorze avirons, et un aviron de queue.
Parry emportait des vivres pour soixante et onze jours. Chaque bateau pesait 1539 livres, ou poids total, avec les provisions, 9703 livres, c'est-à-dire 268 par homme de trait; en plus, quatre légers transports de 26 livres seulement, La ration aosUnne était par tête, 10 onces de biscuit, 9 de pemmican, 1 de chocolat, 25 centilitres de rhum. Is n'avaient pas de jus de citron. Le jour, on dormait dans le canot, à l'abri des voiles formant tendelet, on voyageait la nuit,
Les embarcations fendirent la mer jusqu'au 25 juin, qu'il fallut les tirer sur la glace (8191250 N). On marchait alors sur de petits floes circonserits par des hummocks. Au bout de trente jours (23 juillet), Parry atteignit le point le plus septentrional de son voyage ; parallèle à l'estime, 82°45", — Aucune observation précise n'établit exactement la latitude, Is avaient fait quatre-vingt-douze milles de trajet sur la banquise, et deux cents en mer libre; mais, en ligne droite, ils ne s'étaient éloigné de l'Hécla que de cent soixante douze milles. La dérivation des floes vers le sud leur fut un grand obstacle, Le 21 août, Parry et ses gens regagnaient leur navire, ct le 6 octobre, ils débarquaient en Angleterre,
Cette campagne fut faite au milieu de l'été, après la débâcle des glaces. La ration quotidienne des hommes était trop minime, le poids à tirer trop fort, Mais ces choses, c’est leur expérience qui nous les a apprises; sir Edouard Parry à été le pionnier des voyages à traineaux sur les glaces du pôle; et le parallèle que le premier il avait eu l'honneur d'atteindre, devait être pendant quarante-huit ans et deux mois le plus septentrional qu'eût traversé un être humain.
nous fümes obligés d'emmener un véhicule supplémentaire; de sorte que, même aux meilleurs jours de notre voyage, nous étions forcés de parcourir à trois reprises la méme route : après avoir conduit les deux premiers traineaux au but de l'étape, il fallait aller chercher le dernier. Avant toute expérience, nous ne serions jamais doutés que souvent nous ferions, non pas trois fois, mais cinq et jusqu'à sept fois le même chemin par suite des hummocks, de Pétat de la neige et de la nature tourmentée des glaces.
Les mêmes raisons qui nous avaient portés à peindre et blasonner le dos des pardessus de toile nous engagèrent à colorier les deux embarcations de teintes vives et de dessins brillants. La rose, le trèfle, le chardon, emblèmes du Royaume-Uni, en ornèrent la coque ; les armes royales s’étalèrent sur la poupe. Cette fois-ci comme l’autre, le grand artiste, le maître Cimaigier » ce fut notre chirurgien le docteur Moss, mais en dépit de la quantité de térébenthine qu'il mélangeait avec ses couleurs, son pinceau Ss’obstinait à se geler et restait raide comme un bàton.
Les commandants avaient le privilège de choisir le nom de leur traineau : chacun de ceux-ci eut son étendard avec la croix de saint Georges, et chacun sa devise en latin ou en français.
NAVIRE DE SA MAJESTÉ, L'ALERTE