‹ La mer J. MicheletChapitre 14 sur 48 · LES I '.VISEURS DE MONDES · texte numérisé non relu

LES I '.VISEURS DE MONDES

Enlre ces ressuscités, je vois d'abord mes madrépores. Jusque-là pierre morte et calcaire grossier, ils prirent l’intérêt de la vie. Lorsque Lamarck les réunit, les expliqua au Muséum, on venait de les surprendre dans le mystère de leur activité, dans leurs immenses créations. On avait appris d’eux comment se fait un monde. On commença à soupçonner que, si la terre fait l’animal, l’animal aussi fait la terre, cl que tous deux accomplissnt l’im pour l’autre l’office de création.

L’animalité est partout. Elle emplit tout et peuple tout. On eji trouve les restes ou l’empreinte jusque dans ces minéraux, comme le marbre statuaire, l’albâtre, qui ont passé par le creuset des feux les plus destructeurs, A chaque pas dans la connaissance de l’actuel on découvre un passé énorme de vie animale. Du jour où l’optique permit d’apercevoir l’infusoire, on le vit faisant les montagnes, on le vit pavant l'Océan. Le dur silex du tripoli est une masse d’animalcules, l'éponge un silex animé. Nos calcaires tout animaux. Paris est bâti d’infusoires. Une partie de l’Allemagne repose sur une merde corail, aujourd’hui ensevelie. Infusoires, coraux, testacés, c’est de la chaux, de la craie. Sans cesse ils la tirent de la mer. Mais les poissons qui dévorent le corail le rendent comme craie, et restituent celle-ci aux eaux d’où elle est

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• / vonuc. Ainsi la Mer de corail, dans son travail d'enl'antement, de soulèvements, de mouvements, dans ses constructions sans cesse augmentées ou afiaissces, bâties, ruinées, rebâties, est une fabrique immense de calcaire, qui va alternant entre ses deux vies : vie agissante aujourd’hui, vie disponible qui agira demain.

Forster a vu, et très-bien vu (ce qu’on a nié à tort) que ces îles circulaires sont des cratères de volcans, exhaussés par les polypes. Dans toute hypothèse contraire on ne peut expliquer cette identité de forme. C’est toujours un-petit anneau d’environ cent pas de diamètre, fort bas, battu au dehors par les flots, mais renfermant au dedans un bassin tranquille. Quelques plantes de trois ou quatre espèces font une couronne de verdure clairsemée au bassin intérieur. L’eau est du plus beau vert. L’anneau est de sable blanc (résidu de coraux dissous) en contraste avec le bleu foncé de l’Océan. Sous l’eau salée, nos ouvriers travaillent. Selon leurs espèces ou leurs caractères, les uns plus hardis aux brisants, aux côtés paisibles les bonnes gens timides.

Voilà un monde peu varié Attendez, Le* vents,

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LES FAISEUR': DE MONDES. ir-r.

los courants, travaillent à l’enrichir. Il ne faut qu’une bonne tempête pour que les îles voisines fassent la fortune de celle-ci. C’est là une des plus magnifiques fonctions de la tempête. Plus elle est grande, violente, tourbillonnante, enlevant tout, plus elle est féconde. Une trombe passe sur une île; le torrent quelle y produit, chargé de limon, de débris, de plantes mortes ou vivantes, parfois de forêts arrachées, flot noir, bourbeux, perce la mer, et bientôt poussé des vagues ici et là, distribue ces présents aux îles prochaines.

Un grandmessagerdela vie, et l’un des plus transportables, c’est la solide noix de coco. Non-seulement elle voyage; mais, jetée sur les récifs, si elle trouve un peu de sable blanc, où périraient d’autres plantes, elle y prend et s’en contente. Si elle trouve une eau saumâtre qu’aucun végétal n’aimerait, elle la compte pour eau douce, et vit là, et s’enfonce là. Elle germe, elle pousse, cl c’est un arbre, un robuste cocotier. Un arbre, c’est bientôt de 1 eau douce, et des débris, donc de la terre. Cela invite d’autres arbres, et bientôt l’on voit des palmiers. Des vapeurs arrêtées par eux se fait un ruisseau qui, coulant du centre de 1 île, maintient dans la blanche ceinture une percée que respectent les polypes, habitants de l’eau salée.

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