‹ La mer J. MicheletChapitre 16 sur 48 · I.! S l’AISEtUiS nE MONItES · texte numérisé non relu

I.! S l’AISEtUiS nE MONItES

ODMipagnon de Cook, qui les trouva à rouvrage, les prit sur le fait dans leur grande conspiration pour faire à petit bruit des îles par milliers, des chaînes d’îles, peu à peu un continent.

Cela se passait sous ses yeux comme aux premiers jours du monde. Des profondeurs sous-marines le feu central pousse un dôme, un cône, qui, s’entr’ouvrant, de sa lave pendant quelque temps fait un cratère circulaire. 3Iais la force volcanique s’épuise. Et ce cratère tiède se couronne de gelée vivante, animale et polypiôre, qui, rejetant toujours de soi un mucus, va exliaussant ce cirque jusqu'à la basse mer; pas plus haut ; car, au-dessus, ils seraient toujours à sec; mais, d’autre part, pas plus bas ; car ils visent à la lumière. S’ils n’ont pas d’organe spécial pour la percevoir, elle les pénètre. Le puissant soleil des tropiques, qui traverse de part en part leur petit être transparent, semble avoir siir eux l’attraction d’un invincible magnétisme. Quand la mer baisse et les découvre, ils n’en restent pas moins ouverts et boivent la vive lumière.

Dumont-d Urville, qui si souvent côtoyait leurs petites îles, dit : « C’est un étrange supplice de

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voir de près la pqix de ce bassin intérieur, de voir tout autour sous l’eau peu profonde des bancs avancés où s’étalent les coraux en parfaite sécurité, lorsqu’on est soi-même en pleine tempête. » Ce monde aimable est un écueil. Touchez et vous êtes brisé. La mer transparente vous montre un abîme à pic de cent brasses. Ne vous fiez pas aux ancres. Nul câble qui, au frottement, ne soit usé, bientôt coupé. L’anxiété est extrême dans les longues nuits où la houle australe vous pousse sur ces tranchants rasoirs.

Les innocents faiseurs d’écueils ne manquent pourtant pas de réponse aux accusations. Ils disent : « Donnez-nous le temps. Ces bords adoucis peu à peu deviendront hospitaliers. Laissez-nous faire. Les bancs liés aux bancs voisins n’auront plus ces remous terribles. Nous vous faisons un monde de rechange pour le cas où périrait le V(Mre. Vous nous bénirez peut-être, s’il vous vient un cataclysme, si, comme l’a dit quelqu’un, la mer verse d’un pôle à l'autre tous les dix mille ans. Vous vous tiendrez fort heureux de trouver là nos îles australes où nous aurons fait un refuge.

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