‹ La mer J. MicheletChapitre 17 sur 48 · I.RS FAISFURS HE MONDES · texte numérisé non relu

I.RS FAISFURS HE MONDES

« Avouons-le, disent-ils encore, quand même malheureusement quelques vaisseaux y périraient, ce que nous faisons ici est utile, est bon et grand. Notre monde improvisé pourrait avoir quelque orgueil. Sans parler delà beauté de ses triomphantes couleurs qui effacent celles de la terre, sans parler des gracieux cercles, des courbes où nous nous corn- ])laisons, — tant de problèmes obscurs qui vous arrêtent semblent chez nous avoir trouvé solution. La distribution du travail, une charmante variété dans une grande régularité, un ordre géométrique qui cependant a les gréces d’une liberté naissante, — où trouver cela chez vous autres hommes?

« Notre travail incessant pour alléger l'eau de ses sels y crée les courants magnifiques qui en font la vie, la salubrité. Nous sommes les esprits de la mer; nous lui donnons le mouvement.

« Elle n’est pas ingrate, il est vrai. Elle vient à point nommé nous nourrir. Et, non moins exacte, la chaude lumière nous caresse, nous pare de ses riches couleurs. Nous sommes les bien-aimés de Dieu, scs ouvriers favoris. Il nous charge d’ébaucher ses mondes. Tous les puînés de ce globe qui viennent ont besoin de nous. Notre ami, le cocotier, ce géant qui sur notre île inaugure la vie terrestre, n’y parvient qu’en nous demandant nos poussières pour y puiser. La vie végétale, au fond, est un

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egs, un don, une aumône de nos libéralités.

Uiche de nous, elle nourrira la création supérieure.

a Mais pourquoi d’autres animaux? Nous sommes un monde complet, liormonique, et qui suffit. Le cercle de la création pourrait se fermer ici. Dieu par nous couronna son ile; sur son ancien volcan de feu, il a fait un volcan de vie, — bien mieux, l’épanouissement de ce paradis vivant. 11 a ce qu’il a voulu, et maintenant va se reposer. »

Pas encore cl pas encore. Une création doit monter par-dessus la vôtre, une chose que vous ne craignez pas. Ge rival n’est pas la tempête, vous la bravez; ni l’eau douce, vous bâtissez à côté. Ce n’est pas même la terre qui peu à peu envahit et couvre vos constructions. Cette autre puissance, où est-elle? — Eu vous. Tout polype n’est pas résigné à rester polype. 11 y a dans votic république telle créature inquiète, qui dit que la perfection de cette vie végétative ce n’est pas la vie. Elle en rêve une autre à part : — s’en aller et naviguer seule, voir l’inconnu, le vaste monde, se créer, au hasard du naufrage, ceilaine chose qui va poindre en elle et reste obscure en vous :

C’est l’àmc.

.l’ai passé les premiers mois de 1858 dans l’agréable petite ville d’IIyères, qui de loin regarde la n>er, les îles et la presqu’île dont sa côte est abritée. La mer, à celte distance, attire plus puissamment peut-être que si l’on était au bord. Les sentiers qui y mènent invitent, soit qu’on suive, entre les jardins, les haies de jasmin et de myrte, soit qu’en montant quelque peu on traverse les oliviers et un petit bois mélé de lauriers et de pins. Le bois n’empôcbe nullement qu’on n’ait de temps à autre quelques échappées de la mer. Ce lieu est, non sans raison, nommé Coste-Uelle. Nous y rencontrions souvent dans les beaux jours d’un doux hiver une fort touchante malade, une jeune princesse étrangère venue là de cinq cents lieues pour prolonger quelque peu sa vie défaillante. Cette vie

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