‹ La mer J. MicheletChapitre 21 sur 48 · I,K PIQUEUR RR PIERRES · texte numérisé non relu

I,K PIQUEUR RR PIERRES

Lorsque l’excellent docteur Livingston pénétra chez les pauvres peuplades de l’Afrique qui ont peine à se défendre des marchands d’esclaves et des lions, les femmes, le voyant armé de tous les arts protecteurs de l’Europe et l’invoquant avec raison comme une providence amie, lui disaient ce m|^ touchant : « Donne-nous le sommeil 1 »

C’est le mot que tous les êtres vivants, chacun dans sa langue, adressent à la Nature. Tous dési-

t rent et rêvent la sécurité. On n’en peut douter quand on voit les efforts ingénieux qu’ils font pour I se la donner. Ces efforts ont créé des arts. L’iiommc

n’en invente pas un, sans trouver que les anithaux l’avaient inventé avant lui, inspirés de cel instinct si fixe et si fort du salut .

170 / LF. NOIIFUR DF IMKUUKS.

Fis souffrent, ils craignent, ils veulent vivre. Il faut se garder de croire que les êtres peu avancés, embryonnaires, soient peu sensibles. Le contraire est certain. En tout embryon, ce qui est ébauché d’abord, c’est le système nerveux, c’est-à-dire la capacité de sentir et de souffrir. La douleur est l’aiguillon par lequel la prévoyance est peu à peu stimulée, et l’être pressé, forcé de s’ingénier. Le plaisir y sert aussi, et vous le voyez déjà dans ceu.x qu’on croirait les plus froids. On a justement noté chez le limaçon le bonheur qu’il a, après des recherches pénibles d’amour, de rencontrer l’objet aimé. Tous deux, d’une grâce émue, ondulant de leurs cous de cygne, s’adressent de vives caresses. Qui dit cela? le sévère, le très-exact Rlainville. (Mo//., p.l 81 .)

Mais, hélas ! combien la douleur est largement prodiguée ! Qui n’a vu avec tristesse les lents et pénibles efforts du mollusque sans coquille, qui traino sur le ventre? Choquante mais trop fidèle iiriage du fœtus qu’un hasard cruel aurait arraché de la mère, jeté sur le sol sans défense et nu. La triste bête épaissit sa peau autant qu’elle peut, adoucit les aspérités et rend sa route glissante. N’importe. Elle doit subir un à un tous les obstacles, les chocs, les pointes de caillou. Elle est endurcie, résignée, je le veux bien. El pourtant, à tel contact, elle se tord,

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die se conil’acte, donne les signes d'une Irès-vive sensibilité.

Avec tout cela, elle aime, la grande Ame d’harmonie, qui est l’unité du monde. Elle aime, et par l’alternative de plaisir et de douleur elle cnltke lous les êtres et les oblige à monter.

Mais, pour monter, pour passer à un degré supérieur, il faut qu’ils aient épuisé tout ce que l'inférieur contient d’épreuves plus ou moins pénibles, de stimulants d’invention et d’art instinctif. Il faut même qu’ils aient exagéré leur genre, en aient rencontré l’excès, qui, par contraste, fait sentir le besoin d’un genre opposé. Le progrès se fait ainsi par une aorte d’oscillation entre les qualités contraires qui tour à tour se dégagent et s’incarnent dans la vie.

Traduisons ces choses divines en langage humain, familier, peu digne de leur grandeur, mais qui les fera comprendre :

La Nature, s’étant plu longtemps à faire et défaire la méduse, à varier à l’infini ce thème gracieux de liberté naissante, un malin se frappa le front, se dit ; « J’ai fait un coup de tête. Cela est charmant. Mais j’ai oublié d’assurer la vie de

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