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Les vieux règlements spécianx des pèches riveraines ne peuvent plus servir à rien dans la navigation moderne. Il faut un code commun des nations, applicable à toutes les mers, un code qui régularise, non-seulement les rapports de l’homme ■ à l’homme, mais ceux de l’homme aux animaux.
Ce qu’il se doit, ce qu’il leur doit, c’est de ne plus faire de la pêche une chasse aveugle, barbare, où l’on tue plus qu’on ne peut prendre, où le pécheur immole sans profit le petit qui, dans un an, l’aurait richement nourri, et qui, par la mort d’un seul, l’eût dispensé de donner la mort à une foule d’autres. '
Ce que l’homme se doit et leur doit, c’est de ne pas prodiguer sans cause la mort et la douleur.
Les Hollandais et les Anglais ont l’attention de tuer immédiatement le hareng. Les Français, plus négligents, le jettent dans la barque et Tentassent, le laissent mourir d’asphyxie. Cette longue agonie l’altère, lui ôte de son goût, de sa fermeté. Il est macéré de douleur, il lui advient ce qu'on observe dans les bestiaux qui meurent de maladie. Pour la morue, nos pêcheurs la découpent au moment où elle est prise; celle qui * tombe la nuit aux filets, et qui a de longues heures d’efforts, d’agonie désespérée, ne vaut rien en com»
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LE DROIT DE LA MER
paraison de celle qu’on tue du premier coup (excellentes observations de M. Baude).
Sur terre, les temps de la chasse sont réglés; ceux de la pêche doivent l’élre également, en ayant égard aux saisons où se reproduit chaque espèce.
Elle doit être aménagée, comme on fait pour la coupe des bois, en laissant à la production le temps de se réparer.
Les petits, les femelles pleines, doivent être respectés, spécialement dans les espèces qui ne sont pas surabondantes, spécialement chez les êtres supérieurs et moins prolifiques, les cétacés, les amphibies.
Nous sommes forcés de tuer : nos dents, notre estomac, démontrent que c’est notre fatalité d’avoir besoin de la mort. Nous devons compenser cela en multipliant la vie.
Sur terre, nous créons, défendons les troupeaux, nous faisons multiplier nombre d’êtres qui ne naîtraient pas, seraient moins féconds, ou périraient jeunes, dévorés des bêtes féroces. C’est un quasidroit que nous avons sur eux.
LE DROIT DE LA MER
Dans les eaux, il y a encore plus de jeunes vies annulées : en les défendant, en les propageant, et les rendant très-nombreuses, nous nous créons un droit de vivre du trop-plein. La génération y es^ susceptible d'être dirigée comme un élément, indéfiniment augmentée. L’homme, en ce monde-là surtout, apparaît le grand magicien, le puissant ^ promoteur de l’amour et de la fécondité. Il est l’adversaire de la mort; car, s’il en proflte lui-même, la part qu’il s’adjuge n’est rien, en comparaison des torrents de vie qu’il peut créer à volonté.
Pour les espèces précieuses qui sont près de disparaître, surtout pour la baleine, l’animal le plus grand, la vie la plus riche de toute la création, il faut la paix absolue pour un demi-siècle. Elle réparera ses désastres. N’étant plus poursuivie, elle reviendra dans son climat naturel, la zone tempérée; elle y retrouvera son innocente vie de paître la praii-ie vivante, les petits êtres élémentaires, Replacée dans ses habitudes et dans son alimentation, elle refleurira, reprendra ses proportions gigantesques; nous reverrons des baleines de deux cents, trois cents pieds de long. Que ses anciens rendez-vous d’amour soient sacrés. Cela aidera beaucoup à la rendre de nouveau féconde. Jadis elle préférait une baie de la Californie. Pourquoi ne pas la lui laisser? Elle n’irait plus chercher les
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glaces atroces du pâle, les misérables retraites ou l'on va follement la troubler encore, de manière à rendre impossible l’amour dont on eût profité.
La paix pour la baleine franche; la paix pour le dugong, le morse, le lamantin, ces précieuses espèces, qui bientôt auraient lUsjiaru. Il leur faut une longue paix, comme celle qui trèssagement a été ordonnée en Suisse pour le bouquetin, bel animal qu'on avait traqué, et presque détruit; on le croyait perdu même, et bientôt il a reparu.
Pour tous, ampliibies et poissons, il faut une saison de repos : il faut une Trêve de Dieu.
La meilleure manière de les multiplier, c'est de les épargner au moment où ils se- reproduisent, à l’heure où la nature accomplit en eux son œuvre de maternité.
Ils semblent qu’ eux-mêmes ils sachent qu’à ce moment ils sont sacrés : ils perdent leur timidité, ils montent à la lumière, ils approchent des rivages; ils ont l’air de se croire sûrs de quelque protection.
C éSt l'apogée de leur beauté, de leur force>
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Leurs livrées brillantes, leur phosphorescence, indiquent le suprême rayonnement de la vie. En toute espèce qui n’est point menaçante par l’excès de la fécondité, il faut religieusement respecter ce moment. Qu’ils meurent après, à la bonne heure I S'il faut les tuer, tuez-les! mais que d’abord ils aient vécu.
Toute vie innocente a droit au moment du bonheur, au moment où l’individu, quelque bas qu’il semble placé, dépasse la limite étroite de son moi individuel, veut au delà de lui-raôme, et de son désir obscur pénètre dans l’inûni où il doit se perpétuer.
Que l’homme y coopère I Qu’il aide à la nature î Il en sera béni, de l’abime aux étoiles. 11 aura un regard de Dieu, s’il se fait avec lui promoteur de la vie, de la félicité, s’il distribue à tous la part que les plus petits même ont droit d’en avoir ici-bas.