LA COLÈRE DU BATEAU
Hi'iii soil ce joli quart !
l'eu de brise. Pas (l'i'cai'(.
Mer confite.
Je peux, tout en m'étiraiit, Rimer quatre heures durant.
J'en profile.
Je vais en des vers très courts Mettre le très long discours,
La harangue, Uu'en parlant ce bateau-là Me lit lo jour qu'il jiarla
Dans sa lansue.
ETANT UE QUART
Écoutez de point en point.
Kt si vous ne croyez point
Mon histoire.
C'est que vous êtes lerricu.
Un terrien ne croit à rien.
C'est notoire.
Tout à bord est eiiiharquO.
Le bateau quittant le ciuai.
Se balance, Et, tandis qu'il prend le veut, On entend aupara\ant Uu silence.
l'uis, soudain, des bruits se l'ont Dans ce silence profond.
Le mât plie ; La toile claque au plus prî-s ; Un fd tend sur un agrès
Sa poulie ;
Kt la coque sourdement Pousse un rauque grondcincnl Voix louclianic.
C'est loi, balcau qui gi^mis.
Or voici, pour ses amis.
Ce ((u'il cliaiitf.
Sur les (lois bons ou mauvais Toujours cl toujours je vais.
Où donc vais-jc ?
Ces mathurins casse-cou Me môuent au Mexique ou
En Norwôgc.
On pari. Moi, je ne sais pas Quel point marquent leur compas.
Leur boussole.
Ce sont des maîtres mOclianls.
Seul, le mousse avec ses chants
Me console.
Dans le calme noir des nuits 11 me conte ses ennuis.
Mais qu'imjrortc ?
Lui non plus, l'enfant martjr, 11 ne voudrait pas partir.
.le remporte.
ETANT DE (Ji: ART
Je i'cmi)Ortc, sanglotanl.
II me maudit. El pourtant.
Seul je l'aime.
Seul je comprends son cliafcr Quand moutonne sous un gra
L'onde blômc.
Comme lui je liais les (lots Où la main des matelots
Me ballotte, Uii je cours contre mon gré.
Virant au geste exécré
Du pilote.
El contre son llcl amer
Je réclame, l'oison gluant que je bois Par tous les trous de mon bois.
Jusqu'à l'âme.
Comme lui je clicrclic encor Im lointain et cher décor
De la terre, Et comme lui je me sens Sur ces gouffres nuigissanis
Solilairc.
Je u éUiis pas ué non plus l'our soufl'rir flux et reflux,
l'our coiinaiti'C (.les tourmentes, ces efl^rois, (Jelte eau qui de baisers froids
Me pénètre.
Dans le sol j'avais les pieds.
Ils les ont estropiés
Par la hache.
Ils ont fait, ces nains morveux.
De mes branches des cheveux
Qu'on arrache.
Ils ont planté dans mon sein Vn coin de fer assassin
Qui crevasse.
De leur scie au cri moqueur Ils m'ont scié jusqu'au cœur
Tout vivacc.
.Vil : j'élais bon, ccpeudaul !
.\vrc mou abri pendant
Sur leurs tclcs, J'étais un ami pour eux.
Marcheurs, rêveurs, amoureux.
Gens et bêles.
ETANT DE QUART
Ah ! j'étais fier, cependant :
Contre Torage grondant,
Sentiuelle.
Je me tenais droit et fort.
Et mes poings cassaient Teflbrl
De sou aile.
Ah ! jetais beau, cependant !
Je florissais, étendant
Dans l'espace Mes cent bras tout grands ouverts Où le veut rhythme des vers
Quand il passe.
Ils m'ont tué cependant !
Et je vais, eu attendant
D'être épave, .\insi qu'un tas de bois mort Sur qui le flot tantôt mord.
Tantôt bave.
Je vais où cela leur plait.
Ces nains, je suis leur valet
A la chaîne.
Ces nains, je leur obéis, .Moi, le roi de leur pajs.
Moi, le cliOnc !
Mais je saurai me venger.
Toujours, les nuits de danger.
Je regarde l'our trouver enfin l'écueil.
l'ai la forme d'un cercueil.
Prenez garde !
L'iic nuit que vous serez .affolés, désempar<;s
Sous la brise, Vous sentirez brusquement S'clTondrer le bâtiment
Oui se brise.
Alors, pleins d'un vain remord.
Illuminés par la mort Si prochaine.
Vous comprendrez qu'il fallait Laisser pousser comme il est Le vieux, chêne.
.\insi, triste et mécontent, Le bateau crie en partant.
Mais le mousse Chante sa chanson. Sa voix Enfantine est à la fois
Rauque et douce.
ÉTANT DE QUART
El voyant, lui, rinhumaiii.
Ouc la peine du p;amin
Esl aniôre.
Le bateau calm<5 se dit :
— Bah ! je rendrai ce bandil
A sa môre.
FUISSONS D'AMOUR
Dans l'omlji'C autour de moi vibrent des frissons d'amour. Venu je ne sais d'où parmi les senteurs salines Traîneun vol de parfums, œillets, roses, miel, jM-àlines. Le vent voluptueux roule uu chœur de voix câlines. Dans l'ombre autour de moi vibrent des frissons d'amour. Pourtant, la terre est loin, la terre où sont les maîtresses. Adieu, bagne, où vaincu m'avaient enchaîné leurs tresses ! J 'ai repris en lambeaux mon cœur aux dents des ogresses. Dans l'ombre autour de moi vibrent des frissons d'amour. Ah ! votre souvenir soûle encor mon sang de mâle. Voix, parfums, laissez-moi ! Toi, lune, va-t'en ; Sein pâle, Ventre blanc, chair! Pitié ! Ne vous vengez pas! Je râle!... Dans l'ombre aut our de moi vibrent des frissons d'amour.
ETANT UK nUAK'
VOIES LACTEES
L'csi)acc est pur, el les ("'loilcs \ sont toutes. l)'où vient donc ce grand hrui t de pluie à larges goul les Ahlj'j suis !... La mer Zampe, cl c'est le bruit des rang Où vont tumultueux les bouillons de harengs. 0 caravane en long ruban clair, lu ruisselles Comme un torrent de lait pi!'tillant d'étincelles. Et là-bas, aussi loin que peuvent voir mes yeux, Tu te joins à celui qui coule dans les cicux ; El la Nuit et la Mer en nourrices jumelles Semblent verser de leurs invisibles mamelles Ce lait doux (pie bientôt \vl boire en sourianl Le soleil i-ose qui s'évi'ilU; i l'orient.