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LE SOUFFLE

Ainsi dans leurs slcppcs saus Ijorucs Roulant leurs pas incoh(?rcnls.

Mystérieux, vagues cl mornes Dorment les vieux j^uples errants.

Mais qu'un Attila cric aux armes, El soudain le monde en alarmes Knlend chanter dans les vacarmes Leur dianc do conquérants.

La marche s'organise en groujies :

Les chevaux alignent leurs crou|)cs ; Ces troupeaux dcvicuncut des troupes Et le chaos forme des rangs.

— Au galop I Reprenons la terre !

Allons, massacrons et pillons '.

Où l'Arja i)ropriélairc Fait SCS orges dans les sillons.

LES GRANDES CHANSONS

Semons les fleurs plus (5clalantes Oui germent du pied de nos tentes, Les tètes encor di^goutlanles De pourpres et de vermillons, Et dans nos charges hors d'haleiiio Laissons ajjrôs nous sur la plaine Comme un manteau de grise laine Noire poussière en lourliillons ! —

Ils vont. Tel un guùpier rapaco Kssaimc en masse hors du nid.

Ils vont. On dirait que l'espace Devant leur pas se racornit.

Ils vont en nombre intarissable Kt pareils à des grains de sable Dont la cendre est môconnaissablo Quand l'ouragan les réunit Kt dans son essor les entraîne Sans qu'un seul atome s'i^grèiio.

Si bien que celte molle arène Roule comme un bloc de granil.

Mais ajirùs l'Attila farouche Oui surgit en les soulevant \n souffle orageux de sa bouclio.

Ils sont cendre comme de\anl.

On les voit alors se dissoudre, l'it du nuage plein de foudic

Le dur gi'anil n'd.'v i.'ul | Ire

Uni s'èiiarMilIc l'ii -c .•icvaiil.

Et les hordes dissémiQ^-es Retomhonl à leurs dcsliniî'es En routes indisciplinées Qui n'ont plus |)Our {juide le vent.

Ainsi sur les steppes des vagues.

Atomes de l'eau, vous rouliez, Mystérieux, mornes et vagues.

Sans vous connaître, par milliers.

Quand soudain passe la tempête Jetant un ap|)cl de trompette Que l'un à l'autre on se répète Dans le désert où vous alliez.

I/ondc inconsistante qui coule Devient ressac, barre de houle, Lame de fond, et votre foule Escadronne ses cavaliers.

— Au galop ! En avant ! Nous sommes Serrés dans nos gouffres étroits.

Prcniiers-nés du globe où les hommes Veulent être aujourd'hui les rois.

Que notre empire ancien renaisse Comme aux temps de notre jeunesse, Qu'une autre fois le sol connaisse l.c linceul de nos baisers froids, Et «lue la terre se nivèle Eiicor sous une mer nouvelle, Tète ronde qui s'échcvèlc De nos (lois hérissés toul droits: —

LES GRANDES CHANSONS

Et contre les fortes jetc^es Aux crampons scellés dans le roc Vous poussez vos charges heurtées Dans un irrésistible choc.

Votre corps mou f[ui se contracte En paquets faisant cataracte Forme une masse plus compacte Que le fer qui se rue en bloc.

Les pierres de ciment couvertes Voient dans leurs poitrines ouvertes Entrer d'un coup vos lames vertes Comme entre dans la terre un soc.

Mais c'est le souffle de l'orage (Jui vous soutient dans ce conflit.

Votre âme obscure, c'est sa rage Uni la condense et la remplit, tjuand, époumonné, dans l'espace il fuit comme un oiseau qui passe, I>e fer de votre carapace Fluide flas([uemcnt mollit, Et toute la force épandue Rentre dans la calme étendue Ainsi qu'une Pdle rendue Qui retombe au creux de son lit.

Et de môme notre pensée, 0 flots et peuples vagabonds. Gomme vous veut être lancée l'om- lonter d'impossibles bonds.

Nous savons Lien que sur la tcrro Sans avoir conquis le mjslorc Toujours dans Icnnui solitaire Éparpilk'S nous retombons ; Nous aimons quand niûnie, n'imporle Le souffle fou qui nous emporte Au myslùre murant sa porte Devant nos galops furibonds.

El toujours, cl quoi (piil arrive, 0 vous. Nomades émigranls, 0 vous, flots qui battez la rive, 0 vous, mes songes délirants.

Toujours nous guettons dans la nue L'éclair annonçant la venue De la grande haleine inconnue Qui met notre chaos en rangs.

Qui nous jette comme une armée llors de la paiv accoutumée (Jui change en feu notre fumée, Qui change nos lacs en torrents.

Venez, donc, ô semeurs d'alarmes.

Orages, vents, invasions '.

Venez nous appeler aux armes Sans que jamais nous nous lassions 1 Peuples endormis dans la trêve.

Flots emprisonnés par la gi-éve, Cœurs (lotlant aux limbes du rêve.

Faut -il iMi'aiiisi nous languissions?

LES GRANDES CHANSONS

Révcillcz-iious de uolrc couche !

Souille, souffle, lialciue farouclie !

Souille/, sur nous à pleine bouche, Tcnipôlc, Allila, passions 1

LE SECHET

Bonne aïeule douloureuse Oui souris dans (es sanglots.

Toujours ta face se creuse ])c rides qui sont tes flots.

Dans ton giron de nourrice Tout chagrin meurt envolé ; Mais toi, la consolatrice, Ton cœur reste inconsolé.

Quel est ton secret, grand'nière 'i Fais-nous enfin cet aveu.

l,a ])eine la plus anicre, ))ile. se soulage un peu.

LES GRANDES CHANSONS

Toi qui (ends si bien Toreillc A nos désespoirs geignant.

Nous te rendrons la pareille, l'auvre chère, en te [)laignant.

Pourquoi pleurer toujours seule.

Sans te confier à nous ?

Ouvre ton âme d'aïeule.

Nous V lirons à genoux.

Caressant d'une main tendre Tes cheveux de goémons.

Nous saurons te faire entendre Des mots doux, nous qui l'aimons.

Quelle que soit ta chimère.

J'ai de ces mots triomphants Faits pour ton cœur de grand'mt-re, Étant ton petit enfant.

Parle donc, consolatrice.

Qu'on te console à ton tour. Qu'on apaise et qu'on guérisse Ta douleur par notre amour.

Mais non, non, fous i(uc nous sommes ! Jamais rien lu ne diras.

Depuis le temps que les hommes Se fout bercer dans tes l>ras.

LA ilER

Qu'il soil savant ou poiHc.

Nul ne coniiait Ion lournicut.

r'oui'laiit lu n'es pas niucllc.

Tu [larlcs niènic en dormanl.

Tu pai-lcs au roc, au sable, A n'iniporlc qui, toujours.

Et ton conte intarissable Tu le contes même aux sourds.

Tu le contes à l'espace, Vide et désert cependant.

Le moindre soudle qui passe.

Tu le prciuU pour confident.

Î^Iais tes lèvres si bavardes Parlent de tout, cuccpté Du grand secret que tu gardes Malgré la loquacité.

flarde-lc donc, cachottière, Sous tes flux et tes reflux, C.onimc dans un cimetière U'où les morts uc sortent plus.

Garde ce mot de ton être ; Et que les faibles esprits T'adorent sans te connaître (^ommc un nn stère incompris!

LES GRANDES CHANSONS

Gardc-lc ! C'est bicu. Mais sache (Juc nous, les mauvais garçons, A voir comment il se cache, C'est du mal ((ue nous (lensous.

Panlonne. ô mer vénfrahlc !

Mais parfois il nous |)arail, Devant cet impéncl-traiile Et sempiternel secret,

Qu'eu somme tout le mjslère Tient pcul-èlrc en ce seul point :

Oue tu sais si bien le taire l'arcc qu'il n'existe point.

Nous disons c|ut' de noire âme C'est nous qui t'cusemcnrons.

Que tes bruits sont une trame Canevas de nos chansons,

Que ton aspect de nourrice Au giron tendre et bcrccur, C'est notre verve iuvenirice Qui l'eu donne la douceur.

Que ta longue cantilène Et les soupirs musicaux Te viennent de noire haleine Qui se brise à tes échos,

Oiic la Irislessc et ses charmes.

C'est nos chagrins exhalés.

Que peut-être c'est nos larmes Qui rendent les flols salés.

Que la gloire esl un mensonge De nos hymnes louangeurs, Et que ta vie est un songe Dont nous sommes les songeurs ;

Car la voix sans interprète N'est que du son, et tes vœux N'ont que le sens (ju'on leur prûlc.

Et pas celui que tu veux,

Va ton eau toujours eu fuile Ne jirononce dans son cours Que des paroles sans suite Dont l'homme fait un discours.

LES GRANDES CHANSONS

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