‹ La merChapitre 68 sur 77 · L\ M EU · texte numérisé non relu

L\ M EU

lîllc est la grande inassouvie Donl les df^sirs inapaisfs Au feu d'une ftcnielle envie Renaissent, de tous les baisers.

Elle a des balal'res, des rides, Les cheveux et les poils lout blancs.

<Jn incurl sur ses lélons ai-ides Sans pouvoir engrosser ses flancs.

Elle est la vieille et folle gueuse Qui raccroche les puberU'S Aux coups de sa croupe fougueuse.

Entre ses genoux écartés.

Elle est la gouge aux dents cruelles Qui dévore tous ses amants, Et dont la couche a pour ruelles Des gouffres remplis d'ossements.

Quand, tout visqueux de sa peau glauque.

On sort épuisé de ses bras,

Elle vous dit d'une voix rauque :

J'en veux encor. Tu reviendras.

Et l'on revient à l'anioureuse Malgré ses éreiutanls assauts Qui vous font la |)oilrine creuse Et qui vous déniocllcnf les os.

LES GRANDES CHANSONS

Elle est plus vieille que la terre, Kt pourtaut ou l'aime eucor- uiieux.

Jamais on ne se désaltère Do la jeunesse de ses yeux.

Ah ! la vieille, la vieille, la vieille. Qui parait avoir quinze ans !

Pourquoi dire qu'elle est morose ?

Elle rit au ciel du matin Qui fait chaloyer un feu rose Sur sa robe de vert salin.

Pourquoi dire qu'elle est colore ?

La voici calme, sans brisants, Obéissante, cl qui tolère Les coups d'un mousse de dix ans.

Pourquoi dire qu'elle est méchante ?

A flots menus et gringalets Je la vois qui court, danse et chante Kn jonglant avec les galets.

Pourquoi dire qu'elle est amèrc ?

C'est la plus douce aux indigents.

Deux fois par jour elle est la mère Nourricière des pauvres gens.

Pourquoi dire qu'elle esl sournoise ,' Elle n'a de sursauts nerveux Que si le vent lui cherche noise.

La gifle et la prend aux cheveux.

Pourquoi dire qu'elle est traîtresse?

Vieux mathurin qui l'aimas tant.

Tu l'eus cinquante ans pour maîtresse Rt c'est elle encor qui t'attend.

Pourquoi dire qu'elle est féline ?

Barques l«?gères, bateaux lourds.

Sans griffer elle vous câline Entre ses pattes de velours.

Pourquoi dire quelle est funèbre ?

.\u soleil, c'est un diamant ; Et quand sa face s'onténèbre.

C'est le miroir du firmament.

A h .' la vieille, la vieille, la vieille. Qui n'a pas phts de quinze ans.

Pourquoi dire qu'elle est jolie Et fidùle à ses amoureux.

Et sans colère et sans folie Et sans amertume pour eux ?

LES GRANDES CHANSONS

Pourquoi dire qu'elle csl charmanlc.

Rose en robe de vert salin, Et rieuse comme une amante, Et claire, et douce, la câlin ?

La voici soûle, éclievclôc.

Oui griffe, grince, cogne cl mord.

El hurle ainsi qu'une mêlée

Où loul le monde crie : A mori I

Ses vagues sont des langues vcrles Dardant leur bave vers le ciel.

Puis bâillent en gueules ouvertes Aux babines couleur de fiel.

Ses galets qui roulent sans trêve Au bord de son gosier béant Font calaracter sur la grève Des vomissui'cs de géant.

Ses rochers aux dénis carnassières Où s'étripent les matelots Ont l'air de lubriques sorcières Kelroussanl leurs jupons de flots.

Elle, la vieille au regard torvc.

Aux craclials d'écume, aux seins mous, Elle lord, tout gluant de morve, Son vcnlrc plissé de remous,

lit se luc au chenal des havres.

Son llux di-app comme un Ihiccul. En jonglant avec des cadavres Dans un hideux cavalier seul.

Ah ! la vieille, la vieille, la vieille. Qu'a des ans. des ans, des ans !

El puis après ? Pourlanl, je t'aime, 0 vieille enjôleuse, et je veux T'avoir malgré mon anathème, Et me rouler dans tes cheveux.

Sur ce lit d'algue oii lu le vautres, Avec toi je veux me vautrer.

A mon tour, môme après tant d'autres.

Je veux te prendre et t'éventrer.

Sur que tu seras la plus ferle.

Je veux te coucher sur les reins.

Tu me boiras aussi. Qu'importe, Si dabord sous moi je fclreins !

Je veux ta chair enveloppanlc.

Tes baisers chatouillants et longs.

Ta caresse qui vous serpente De la nuciuc jusqu'aux talons.

LES GHANDES CHA^SUNS

Je veux scnlir mon corps en flamme Froidir entre les seins visqueux ; Je veux que mon ûlrc s'y pâme, El coule, et se fonde avec eux.

Je le veux, fantôme, chimère.

Corps fluide el tumultueux, 0 maîtresse, ô mère, ô grand'mèrc.

Rôve d'un rut incestueux,

0 divine génératrice De qui tous nous sommes sortis.

Et qui nous rouvres ta matrice Amoureuse de ses petits,

0 vieille, vieille, d'oïi ruisselle Toute jeunesse incessamment.

Vieille catin toujours pucelle Dont l'homme est le fils el l'amant !

Ah ! la vieille, la vieille, la vieille. Qui toujours aura quinze ans .'

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