‹ La merChapitre 7 sur 77 · EN GUISE DE PREFACE · texte numérisé non relu

EN GUISE DE PREFACE

— C'est le vers, rlijtlimccl rime, liarmonieel cadence. Le vers souple, oiidulaiil, multiforme, divin, M)sl(^ricux. Il a des secrets de devin

Pour accoupler des mots la lointaine accordancc.

Vapuc et précis, léger cl lourd, subtil et dense. Il peut tout embrasser, tout lui résiste en vain. Du pain de la pensée il est le sur levain. A ce front ténébreux comme un éclair il danse.

Ouelle plume jamais, ))lume d'aigle ou d'acier,

Ou môme d'or, vaudra ce magique sorcier

Qui rond formes, couleurs, sons, et le corps, et l'âme ?

— Eli là! pas tant <1c coups d'encensoir, imprudent!

— Pardon, lecteur! Pardon. Micliclct! Je m'enflamme. Je fais du vers un dieu; j'ai lorl. Et cependant !...

i:n dizain de sonnets

(iraiiils oiscaiu voyageurs qui risquez l'avcnlurc De Iravcrscr la mer, jamais vous n'y posez; El quand l'ouragan pèse à vos membres brisés, Vous tombez sur les ponts où l'homme vous caplurc.

Mais riioureux goéland à la double nature Plane ou vogue à loisir sur les flots maîtrisés. A leur crête eu fureur son vol met des baisers. Et leurs dos arrondis lui servent de monture.

Sur les vagues ainsi je veux que mes pensers Soient dans l'onde et dans l'air tour à tour balancés: Et, s'il faut l'avouer, voilà tout le mystère

Oui fait que le vers seul m'y parait excellent. T.a prose, même ailée, est un oiseau de terre ; Mais lo vers nage et vole... — Allez, mon goéland !

Sancta Maria! Mers, mers saintes, mers bénies, Mers qui faites la mer, c'est vers vous, vers toi. Me Que veut s'épanouir en riches litanies

Le jardin de mon âme où le blas|iiiùnu; amer

lirùlait hier eiicor pétales et corolles.

Au livre des chrétiens j'ai choisi le luénie air,

Les mêmes oraisons et les mémos paroles Uu'ils exhalent vers la Méro de leur Sauveur, l'our loi j'ai déroulé l'or de ces banderoles,

l'our toi du vin dévot j'ai goiHé la saveur, Ji' MIC suis enivré de son boiii|iK't mystique. Kl lalhée a connu l'cvtasc cl la ferveur.

O MIC)', j'ai Èctrouv('' la foi, moi le sccplitiuc". J'ai i-L'Iioiivi'' l'amour, moi le cœur mécréant, .Moi le tucuf tic Uicux, pour chanter ton cantiquu.

Déesse que jo vois sans relâche créant. Et toujours pullulante et jamais immobile, Ordre et chaos, matière et force, ôtrc et néant '

Mais pour te célébrer que je me sens débile 1 Rien que de le vouloir, j'en ai les nerfs tordus. Comme des flots de sang, comme des jets de bile.

Comme un torrent de lave et de métaux fondus. I.es mots en tourbillons me montent à la bouche. Pressés, tumultueux, bouillonnants, éperdus.

0 monstrueux enfants dont il faut que j'accouche I Mon palais se déchire à leurs fracas grondants. Ma langue se dessèche à leur souffle farouche.

Mes lèvres vont se fondre à leurs charbons ardents Et ces escadrons fous galopant ventre à terre M'arrachent la poitrine et me brisent les dents.

0 mer, que dans tes eaux leur feu se désaltère ! Images, verbes, vers, allez, prenez l'essor, Ruez-vous dans son gouffre, assaillez son mystère.

Et tâchez d'être aussi brillants que sou trésor, Mots aux casques d'argent lourds de joaillerie. Mots caparaçonnés de diamants et d'or !

Sainte mère de Dieu, car ccsl loi la i>alric

De l'honimc, et Dieu naquit dès que Ihonuuc eut rèv6 ;

C'est de ton horizon et de sa rêverie

Que pour la prime fois le spectre s'est lcv<5.

0 S|)ectre vague, qui d'abord des flots émerges.

Tu leur dois dôtre au monde, à nous d'être achevé.

Mer, église où la nuit vient allumer des cierges,

Où le soir s'évapore en nuages d'encens,

Où le chrétien le voit, Sainte Vierge des Vierges,

Dans le magnificat des Chérubins dansants

Qui te font uu grand dais de l'ombre de leurs ailes

Cependant que Ion fils sourit à leurs accents.

Mère du Christ, de moi n'espère point ces zèles. C'est la mer que je vois dans la mer, cl non i>as Ces images d'un culte insipide sans elles.

La mer, azur et moire, émeraude et lampas,

La mer aux fiots sauteurs comme un lroui>eau do zèbres,

La Mère de l'auteur de la grâce, aun appas

liniombrablos, divers, gais ensemble et funèbres, Car la grâce est la vie, et l'onde en est l'auteur, Kt la clarté du jour surgit de ses ténèbres.

0 mer, déroule ici tes flux avec lenteur, V.\ fais voir à mes yeux d'autres allégories ijiif Mère du Sauveur, Mère du Créateur.

Mère très-pure, ô nier où les algues flétries. Les éléments dissous, les corps décomiiosés. Les putréfactions et les pouacrories.

l'our des ôlres nouveaux bientôt organisés Ketrouvenl la jeunesse et sa fleur d'innocence Dans ta suave haleine et tes vivants baisers !

Mère très-pure en qui la mort devient naissance, Mère très-pure en qui l'immonde s'abolit, Mère très-pure en qui l'impur change d'essence !

Mère très-chaste, nul ne partage ton Ht, Ni le soleil rojal l'embrasant de son faste, Ni l'homme qui de sa vermine le salit.

Ni le vent qui s'y vautre en rut et le dévaste. Dans ce lit tout ouvert ton corps s'offre tout nu ; Mais il reste à jamais sacré. Mère très-chaste.

Car, Mère toujours vierge, aucun ne l'a tenu Pantelant dans ses bras, pâmé sous ses caresses. Et l'homme vieillira, le \ent sera chenu,

Le soleil décrépit perdra l'or de ses tresses,

Tous tes amants seront dans la caducité.

Eux, vainqueurs qui comptaient par railhers leurs niaîtress

Eux, don Juaus au désir sans relâche excité, Tous s'useront dans leur concupiscence vainc, Avant d'avoir lait brèche à ta virginité.

LES L r T A M E S DE LA M E K IV

Mèrt: sans tache à <|ui nul n'a mis dans It- veine- (ne gouttp (le sang au germe adult('M-in ! (Cavale eu liberté ijui mâches des verveines

D'une bouche où jamais ou n'a passé le frein ;

Ainazoue sauvage el fièrement rebelle.

Aux llaucs drapés d'hermine, aux seins bardés d'airain,

Indomptable tigrtsse aux \eu\ de colombelie

Toujoui'S extasiés et toujours langoureux ;

Mère sans tache et |)our cela d autant plus belle.

Car les amants, plus forts de ce qu'on fait contre eux, A les rebellions doublent leurs convoitises, El les plus dédaignés sont les plus amoureux.

l'ourlant, sans le \ouloir, c'est toi i|ui les courtises. Mère aimable, et les feux qui leur brûlent les rein*. Inextinguibles, fous, c'est loi qui les attises ;

C'est toi, c'est ton regard aux aimants souverains. Tes cheveux dénoués llottant en mèches vertes, Te» membres alanguis, onduleux, vipérins.

Qui promettent l'espoir d'étranges découvertes ; Mère aimable, c'est lui qui leur tends comme appll^ Tes seins alliciants, les lèvres cnir'ouverlo-..

Ah : qui peut l'approcher el ne le vouloir pas .' P;ir loi toute alislinenre est muée eu friii;.'alc \ la tentai loii .le semblables ni...-

Mère admirable, grâce et beauté sans égale, Rien qu'à te contempler, sûr de ne point t'avoir, D'ambroisie à plein cœur déjà l'on se régale.

Nectar des yeux, soma des pensers, réservoir Débordant de splendeurs, de rêves, de féeries, Pom" être saoul d'amour il suffît de te voir.

Mère admirable dont les vagues sont fleuries Quand le coucbant ou l'aube aux rais papillotants Sèment tous les métaux, toutes les pierreries,

Tous les écrius du prisme en reflets miroitants. Tout l'arc-en-ciel dansant sur ton sein qui chatoie. Mère admirable ayant chaque jour deux printemps !

Mère admirable quand, tel qu'im oiseau de proie,

Sur toi plane à midi le féroce soleil

Dont le vol immobile et dont l'œil qui flamboie

Silencieusement fascinent ton sommeil.

Tandis qu'une pudeur trouble ta chair, et semble

Y faire à fleur de peau monter un sang vermeil !

Mère admirable où dans la nuit palpite et Iremblc Le triste et doux visage en pleurs du lirmanient ; Ruche où, le soir venu, se retrouvent ensemble

Los abeiUes du ciel à l'aurore essaimant ; Hôtellerie où las de leur course orageuse Les coureurs d'infini rc|ioscnl en s'aimant ;

Couche d'AIdfbaran cl lit de BiHelgeuse, Mère admirable dont le giron complaisant Unit ce voyageur et cette voyageuse !

Mère admirable et qui de ton cœur fais prissent Aussi bien aux petits, aux humbles, qu'aux étoiles. Et qui ne t'appauvris jamais en le faisant.

Mère aux seins toujours pleins, toujours nus et sans voiles Où plantes, animaux, hommes, tous nous suçons L'intarissable lait qui rc^jouit nos moelles.

Vierge vénérable, oh ! chôre à tes nourrissons,

lionne aïeule par qui notre terre est bercée

Aux ronrons cndomieurs de lointaines chansons !

Plus vénr^rable encor <lepuis que la penst'^e

A mieux su ta grandeur eu sondant tes secrets.

En apprenant comment |>ar toi fut dispensée

l/oriKiiiellf^ vie alors qu'en tes retraits Ltouillait obscurément le plus antique germe (iros de tous les futurs épanouis après ;

Toi qui mart|uos notre heure, au début romme au terme ;

(iar le cycle complet des terrestres instants,

S il fut ouvert par toi, c'est par toi qu il se ferme ;

Toi qui connus le globe encor sans habitants. Kl <)ui lo reverras sans u» animalcule. l>époiiillé de ses bois, les meinlires erelollaiil».

Vide de la chaleur qui dans ses flancs circule ; 0 mer qui reflétas l'aube des premiers jours El qui dois refléter le dernier crépuscule !

Vierge puissante, aux pas si légers et si lourds.

Guerrière dont les bras à l'étreinte mouvante

Sont plus durs que le fer, plus doux que le velours.

Toi qui, lasse ])arfois d'être notre servante, Veux montrer que tu sais rugir et que lu mords, Et qui surgis alors, le front ceint d'épouvante,

Torriljlc, crins épars, sans pitié, sans remords, l'armi l'effondroment des flots et des orages Forlant dans chaque main une gerbe de morts.

Vierge puissante, aux cris de haine, aux pâles rages. Qui vas soufflant dans un tempétueux buccin Déracincur de mâts et semeur de naufrages,

Qui de tes ongles verts le lacères le sein

En crachant jusqu'au ciel ta bave jaillissanic.

Avec des gestes fous et des yeux d'assassin.

Tueuse de (on fils, que ton fils innocente ;

Or, lui donnant le jour, le lui prendre est ton droite

Puits d'existence et puits de mort, Vierge puissante j

Vierge clémente, grâce ! Il fait nuit, il fait froid. Sur sa nef en cercueil ouvrant sa voile en aile. Le malclol s'embarque. En la clémence il croit.

El pour prix de sa foi le voilà maternelle.

Hélas! sans celle mer que deviendraient les siens ?

Sa femme et ses petits, leur pâture est en elle.

.\vissi |)Our lui tes flots se font magiciens :

l'Uis il prend de poisson, plus le poisson augnienle.

Tu rends aux pauvres gueux les miracles anciens,

.Multipliant le pain dont leur faim s'alimente, r.hangeant ton eau salée en des pichets de vin, 0 sorcière qui les nourris. Vierge clémente.

Vierge fidèle, ceux qui vers Ion cœur <livin Ont exhalé leur deuil, leur joie ou leurs chimères. On n'en connaît pas un qui t'ait priée en vain.

.\u triste, avec ses pleurs tes larmes sont anières. Au jojcux tu souris. A tous lu sais paur Kn immortel amour leurs amours éphémères.

Vierge fidèle, ainsi quand re\ienl au fojer l.'exilé morihond qui sentant fuir sa vie Veut râler dans le nid qui la vu liégajer.

Il rentre, et le fojer de sa flamme ravie

Ti-nd vers lui ses rajons aux liaisei-s réchauffanl-*,

Heureux de rontenler relie suprême envie ;

Ainsi tu gardes, loi, pour les vieux, les enfants, I, irrésistible attrait d'une patrie, et douce Ta teiKlressc leur fait des trépas triomphants.

Ils ont connu pourtant la voix qui se courrouce; Ils ont eu contre toi des luttes sans quartier ; Depuis l'âge où l'on part en pleurant, pauvre mousse,

Jusqu'à l'âge ovi, fourbu, l'on quitte le métier, Ils ont peiné sur toi durement et sans trêves. De dix à soixante ans, un demi-siècle entier ;

Et ce qui reste encor d'huile à leurs lampes brèves

Au lieu de l'abriter dans la paix des maisons,

Ils viennent jusqu'au bout l'user au vent des grèves.

Il leur faut Ion haleine et tes grands horizons, La mouette effleurant les vagues d'un coup d'aile, Les moutons écumcux secouant leurs toisons.

Et ton âme enfin, car leur âme est faite d'elle. Ame d'enfants, cristal aussi clair que leurs yeux. Aussi pur que ton cœur, cœur d'or. Vierge Jîdèle !

Miroir de la justice, exact et spacieux.

Devant qui tout défile, en qui rien ne demeure.

Où l'on i)cut de sa main toucher le fond des cieux.

Où l'homme épouvanté qui sombre, avant qu'il meure Revoit comme un éclair sa vie en un moment ! Miroir impartial où sont à la même heure

Tous les malins levés, toutes les nuils dormant. Tous les rajons, tous les fantômes de la nue. Tout le fourmillement sans fin du firmament,

El jusqu'aux gouffres noirs pleins d'une ombre inconnue Où roulent radieux des astres si lointains (.lue leur lumiùrc à nous n'est pas encor venue.

Sfiroir de la justice, où nos futurs destins Sont ('•crits prùs de notre existence passée, Ri'prli's fatalement par des arrêts certains,

Miroir où l'infini regarde sa pensée,

l'ôsc le mal, le bien, et, les équilibrant,

La trouve aux deux plateaux sirictemoat balancée.

Miroir de la justice, où l'homnic injuste apprend yue ce mal et ce bien ne sont rien qu'apparences ; Car ce que prend un jour, un autre nous le rend.

Trône de la sagesse aux tendres remontrances.

Nous enseignant ainsi par la sérénité

Iciulili des vains espoirs, des regrets cl des Iraiiscs ;

Tii'ino où notre regjird se connaît limité, El revenu du rêve el des apothéoses, A conscience enfin de notre humilité.

Mais Irôiic dont l'épine aussi porte des roses; Parfum d'où monte au cœur le légitime orgueil 111' gravir jusqu'à loi par l'escalier des causes,

voir le foml du lemple en en baisant le seuil. ■1 y trouver la grande Isis qui, dévoilée, N'Mis prruiira par la ni.iiu pour uou?* v faire accueil.

Trône de la sagesse aux pieds de mausolée. Mais au dais triomphal oii flambe un ostensoir, 0 science, ô tombeau de la foi désolée.

Berceau de l'espérance, aube qui nais du soir. 0 mer qui nous montras nos fins, notre origine. Trône de la sagesse où l'homme va s'asseoir !

Cause de notre joie, oii la Grèce imagine. Parmi les rires frais et les cris éclatants Des trois Grâces, Thalic, Aglaé, Euphrosjnc,

Dans les zéphyrs fleuris d'un matin de printemps.

Kypris Aphrodite qui jaillit d'une vague.

Le corps vêtu d'écume et les cheveux flottants !

Déesse, 6 rêve éteint, mais que moi qui divague Je rêve encor parfois, fils des anciens chanteurs. Déesse dont j'ai vu l'apparition vague,

Le soir, quand l'air traînait de troublantes senteurs

Tandis qu'à l'horizon se gonflaient ta poitrine

Et ton ventre où buvaient mes jeux profanateurs ;

Cause de notre joie, Aphrodite marine,

J'eusse aimé vivre à l'heure où sur ses noirs chevaux

Emportés et ronllanl du feu par la narine

Ares le promenait devant les Dieux nouveaux. Quand Héphaistos tout seul blâmait ton adultère. Quand tes crimes d'amour n'avaient que des dévots.

Alors d'une voix forte et sans jamais me taire. Prêtre, aôde cxaltf , j'aurais chanté le los De ta religion, jeunesse de la terre.

Vase rempli des dons du Saint-Esprit, à flots. Flots de l'abîme sur lesquels, dit la Genèse, Etait porté, devant que rien ne fût éclos.

L'esprit de Dieu ! Flots noirs où roulait à son aise Le chaos dont ce globe allait sortir vivant. Statue informe encor, bronze dans la fournaise.

Vase, ce saint F,sprit, ce Dieu, n'étaient que vent. Ce qui te remplissait à celte heure, ô fantôme, (Tosl ce qui te remplit toujours, après, avanl.

De toute éternité, conclusion, symptôme :

l.c rui des éléments en marche vers le rion

Sr cherchant dans la nuit pour engendrer l'atome.

yase d'honneur, nombril du monde assyrien. Où l'antique Oannés, diou-poisson, se révèle. Créant tout, de ses yeux l'espace aérien,

]a terre de son cneur, le ciel de sa cervelle. Mais ne te créant pas, loi son prédécesseur. V i qui lui-même il rentre et prend forme nouvelle.

■ insigne, versant la paix et la douceur,

.ui\ parois d argent, aux fines ciselures,

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