‹ La merChapitre 8 sur 77 · I .l.iiil la lèvre pour la noire est une sœur · texte numérisé non relu

I .l.iiil la lèvre pour la noire est une sœur

Ton breuvage est doré comme des chevelures, Vert comme l'émeraude et bleu comme le ciel, Plein d'étranges fraîcheurs et d'étranges brûlures,

Mieux fleurant que la menthe et l'anis et le miel. Et vous laisse à la fin un goût sauraâtre et rêche. Plus fade que du sang, plus amer que du fiel.

Vase insigne, car tes vapeurs sont une crèche Où les troupeaux errants des vaches de l'azur Paissent sans l'épuiser une herbe toujours fraîche.

Et se gonflent le pis d un lait crémeux et pur Pour le verser en pluie et faire dans la jikine La chair des fruits, le sang du vin, l'or du blé mûr.

Rose mystique, rose à l'odorante haleine, 0 rose dont le cœur s'cutr'ouvi'C en souriant, 0 rose, fleur d'Hélène et fleur de Madeleine,

Fleur de la volupté, mer qui vas charriant Tant d'embryons épars accouplés péle-môle. Rose rose au couchant et rose à l'Orient,

Rose dont le calice ardent sent la femelle. Rose que rien ne fane à l'éternel rosier. Rose mystique, rose idéale et formelle ;

Formelle, quand sur toi le soleil en brasier

Verse à tes flots sa pourpre et les cliangc en pétales

Que tout son rouge sang ne |)eut rassasier ;

Formelle, quand alors au loin tu les étales

Ainsi qu'une corbeille elTouilld'C à l'autel

Et qu'arrangent en lit des mains sacerdotales ;

Idéale, car sous l'aspect accidentel

Que te donnent ainsi ces lueurs passagères

Nos périssables yeux perçoivent l'immortel !

Les révcs d'infini, c'est loi qui les suggères. Rose mystique, rose idéale ; et mon cœur A bien pu blasphémer leurs splendeurs mensongères,

Dire qu'à ces désirs éclot notre rancœur,

El crier qu'on est sage en détournant sa bouche

De celte ténébreuse et soùlanlc li(iueur,

0 rose, malgré tout ton mj stère me louche, El je ne vois jamais au fond de l'horizon Dans Ion immensité le soleil qui se couche.

Sans regretter le temps où ton divin poison iiiiérissail le vieux mal qui ronge nos cnlrailles, I.' \itux mal de douter dont meurt notre raison.

Tour d'ivoire du haut de la(|uclle lu railles,

0 foi, tranquille foi, nos doutes angoissés.

Tour d'ivoire, tour blanche aux solides murailles,

I uiLi' de la certitude où vous vous prélassez,

1 io\.inls dont rien n'abat la croyance vivacc, I i.ixiihls dans la priera et I espoir cuirassés.

Tour d'ivoire, redoute aux icinpai-U sans trevasses :

Au soiuinot lie laquelle eu conleraiilatiun

Les (idèlcs pieux voient leur Dieu face à lace :

Tour d'ivoire où le Chi'ist parle à sa nation. Et donne à ses élus les clefs adamantines De la porte qui clôt la céleste Sion,

Tour d'ivoire, lieu saint dont j ai fait des sentines, Renonçant à ma part du délice promis, Volontaire exilé des fausses Palesliues !

Tour d'ivoire d'où les mécréants sont vomis '. Mais Tour d'ivoire aussi de la science obscui'e Oui doit mieux que la foi consoler ses amis.

Maison d'or où se tient, les mains sur la figure. Celle dont Heraclite a vu Toeil caverneux, Celle dont le sourire éclairait Epicure,

Celle dont le baiser s'épanouit en eux.

Celle que les chrétiens ont cru mettre au suaire

Et qui le déchii-a de ses doigts lumineux,

La Nature, l'informe, à qui nul statuaire

Ne peut forger un corps et qui vit cependant.

Dernière déité du dernier sanctuaire !

Maison d'or où nous la verrons ! En attendant Oue nous avons conquis les suprêmes sagesses Et que de l'infini l'homme soit confident,

LKS LITANIES D K LA M K U M

Maison d'or, 6 palais regorgeant de richesses. 0 lui i|ui nous promcls le pain de nos esprits, l'our le pain de nos corps lu répands les largesse».

Sans doute il sera beau d'avoir enfin compris : Mais pour toucher au but de ce pèlerinage. Il faut vivre d'abord : l'étape est a ce prix.

Et coninienl vivons-nous, marcheurs qui d'âge en âge Allons cil nous disant qu'on arrive demain. Marcheurs iiifaligués malgré nos fronts en nage ?

Nous vivons de l'aumoue offerte à notre main

Par toi, mer charitable, eu qui se vivifie

L'air que nous respirons tout le long du chemin.

Par toi, sans qui la terre exsangue, en atrophie, Ne serait bientôt plus qu'un squelette sans chair, l'ar toi qui nous eu fais une table servie.

Maison d'or dont le maître au pauvre n'est pas fier Ou les grains prodigués sont ù qui les picore. Et grande ouverte à tous sous ton vitrage clair.

Et nul ne sait pourtant quelle splendeur décore

Les creux inexplorés où tes goullres roulants,

Qui donnent tant de biens, en cachent plus encore.

Maison d'or où depuis des mille et des mille ans, Entraînant le meilleur du sol. tombent les fleuves. Maison d'or où s'exhausse on monceaux opulent-

La poudre dont uaîlrout plus lard des îles neuves. Maison d'or où se fait un tas de millions Du sou des orphelins, de l'obole des veuves,

Et du loui-d chargement des riches galions.

Tout sombrant pèle-méle au fond de tes royaumes

Dont jamais moissonneur n'a fauché les sillons.

Maison d'or, le cristal mobile de tes dômes est cependant la route où sans peui- du danger Va l'homme curieux des mœurs, des idiomes,

Chercher au loin la main de son frère étranger ; Et grâce à cette route. Arche de l'alliance, Tous les peuples épars ont pu se mélanger.

L'amorce de l'obstacle offerte à leur vaillance

Aiguisa l'appétit des efforts généreux ;

Et mettant tout, bonheur, patrie, en oubliance.

Ils prirent vers le large un vol aventureux

Pour qu'un jour tous les Dis rapprochés par tes ondes

Pussent se reconnaître et se bénir entre eux.

Arche de l'alliance, aux promesses fécondes. C'est par toi que plus tard les races se fondront ; Les mondes séparés ne seront plus deux mondes ;

Le globe n'aura plus qu'un seul cœur, un seul fronl ; Sainte communion de la famille humaine Aulour d'iiu fraternel banquet assise eu rond !

Porte du ciel ouvTant ce radieux domaine Où lous sproiil ('-lus, nuls no seront niaudils. iîopos dominical de la longue semaine.

Sûre abolition des antiques t'dits

Qui nous ont condamnés à combattre pour vivre.

Porte du ciel, ô seuil des futurs Paradis I

Porte dont au couchant on voit les gonds de cuivre ! Beau ciel en qui je n'ai pas foi, ciel du progrès, Souvent je sens on moi sourdre un désir de suivre

(k'ux qui marchent vers toi, ([iii te disent tout près ; lit j'ai beau m'assurer que ton aulin est monteuse. Si je no m'y rends pas, ce n'est point sans regrets.

Etoile du mutin, divine entremetteuse.

Pardonne si mon cœur résiste à les clins d'jcux. Aux ensorcélements de ta voix chuclioleuse,

Ht si, rebelle à ton sourire insidieux.

Je refuse (l'entrer au temple où l'on redresse

Pour ce Dieu nouveau-né l'autel des anciens Dieux.

Etoile du matin, ah ! je comprends l'ivresse

De ceux à qui ta vue a troublé la raison,

l-;t qui, t'aimant ainsi qu'on ainui une niailrcsse.

Abandonnent pour toi leur mère et Icui' maison. Sans pouvoir se douter qu'au bout de leur l'olic 1.0 prix de tant d'amour sera ta haliison.

Toi que ta cruauté rend encor plus jolie, Que de fois ton regard dans ma gorge i)laut6 Y laissa le venin de la mélancolie '.

Par bonheur il ressemble à ce fer enchanté, Hemcdc autant que mal, qui guérit ceux qu'il blesse. Étoile du matin trompeuse, mais Santé

Des infirmes, ô mer, recom-s de la faiblesse, Kaume énergique et sûr en qui se retrempant Le corps reprend sa sève et l'esprit sa noblesse ;

Bain de vigueur, étreinte aux anneaux de serpent. Lutte contre la vague et le souffle du large, Grains d'iode et de sel que le poudrain répand ;

Rien qu'à humer l'embrun dont s'argenle ta marge, 0 mer, rien qu'à courir parmi tes goémons. Notre sang ressuscite et bat le jias de charge,

Nos enfants délicats redeviennent démons,

Le soleil se rallume à leur face blèmie ;

Et, retrouvant l'Avril, celles que nous aimons

Voient éclore à leur joue une rose endormie.

Si bien qu'un Ion vermeil empourpre les lis blancs

Oui tristes s'y fanaient liier dans l'anémie.

0 mer, vin des petits, lait des vieillards lrcmblaul>. En même temps Santé des infirmes de l'âme ; Car l'âme à ton aspect rauimc scs clans

LESLITA^'IESDELAMER 3b

Et repart plus allègre au but qui la rc'clamc, Travaux, rùves, pensers, amours, aniliitions, Pareille au chevalier qui voyait roridanime.

(,as du combat, blessL-s, vaincus, nous languissions. Mais te voilà. Santé des infirmes. Alerte ! Plus de lâches repos ! Plus d'hésitations !

Kecommonçons la lutte, et, fût-ce à notre perte, Marchous ! S'il faut périr, nous périrons debout. On entend le clairon et la lice est ouverte.

l/cspoir gonfle mon cœur. Mon œil luit. Mon sang bout.

Parmi les rangs épais je taillerai ma route.

Le combat sera long ; mais la gloire est au bout.

Kt si la gloire doit me faire banqueroute, Si le but se dérobe à mes assauts chercheurs, I 'est prés de toi qu'ira mon orgueil en déroute ;

l'i'és de toi, pour calmer sa fièvre à tes fraîcheurs, Pour pouvoir de ton sel panser sa cicatrice. Prés de toi, |»rès de loi, Refuse des pécheurs.

Solitude pour les vaincus réparatrice,

liéquillc soutenant les espoirs sans ressort.

Mort (les remords, tombeau des pleurs, Consolalricc

Des affligés, retraite à l'éclopé qui sort De la bataille après la dernière I rouée. Ligne de sauvetage aux naui'ragOs du sort

Uonl la barque ne peut plus êlrc renflouée

Et qui, juste au moment de sombrer sous les flots,

Peuvent se raccrocher des doigts à la bouée.

Refuge des pécheurs, tu connus mes poings clos Frappant sur ma poitrine au jour des repentauccs ; Tu connus mes remords qui crevaient de sanglots,

Mon équité rendant contre moi des sentences, Et mon cœur indigné du mal qu'il avait fait S'infligeant en retour de rudes pénitences.

Mais alors qu'au plus fort du deuil il étouffait, 0 mer, c'est toi qui vins apaiser ses alarmes, Consolatrice des affligés en effet.

Consolatrice aux mots profonds et pleins de charmes (Jui sais ce qu'il faut dire aux plus désespérés, Consolatrice dont la main sèche leurs larmes !

0 vous qui comme moi près d'elle souffrirez, 0 vous qui comme nous avez souffert près d'elle. Lamentable troupeau de fous et de navrés

Dont la consolatrice est l'amante fidèle,

O vous tous qu'elle endort, malades cnfançons

Puisant le lait d'oubli dans ses seins d'asphodèle,

Unissez volrc voix à la mienne et lançons Vers son trône encensé du feu de nos louanges L'iiosanna de nos plus triomphales chansons:

LES LITAMKS 1) K LA MKK i'

Salul, |>leini- de ^âce en lloiirs. Reine des anges

Au manteau d'rineraude ourl<^ de vif-ar^oiit,

O mer t|ui hoi-; no> |jlciirs, i|ui délergcs nos fanges.

yui laves sons dr^oùl les pieds de l'indigent. Reine qui fais éclore aux vagues où lu marches Un jardin de jo\aux et d'oiseaux raniagcant.

Kciue dont l'auréole est le grand pont sans arches De l'arc-en-ciol ouvrant ses bras aux malheureuii ; Keine douce aux vieillards. Reine des patriarches.

(Jui redeviens servante et nourrice pour eux.

Et parfumes leurs jours derniers de longues fùtc>.

Souillant à leurs |>ounions ton souffle généreux ;

Reine de poésie et Reine des prophètes :

i:ar ceux qui vont portant des ombres dans leurs veu

i;'esl de ton infini que leurs ombres sont faites ;

lit ceux qui vont criant de grands mois vers les cieux. Kt dont le cœur s'épuise à réchauffer les nùlres. Ces grands mois exaltés au vol audacieux

C'est toi qui les leur dis pour les redire aux autres. O toi, langue de feu <|ui viens les embraser,

• > Reine des martyrs et Reine des apôtres,

• I reine qui leur mets aux lèvres ton bai.ser,

Ta palme dans la main, ta foi dans le» prunelles. Kl les forces d'aller ■•( d'évaniféliser !

0 Reine, ô Mer, j'irai ! Sur tes vagues, on elles, J'ai \)SiSs6 bien des jours et bien des nuits, rêvant Pour tâcher d'entrevoir les splendeurs éternelles

Des symboles cachés sous ton voile mouvant,

Miroir incessamment agité qui reflètes

Les tourbillons sans but de l'univers vivant.

Et je l'ai vue, Isis aux phrases incomplètes, Kjpris Aphrodite fantôme à l'horizon, .\ature dont le corps étreiut de bandelettes

Reste toujours informe et sans terminaison. Conscience qui veux vainement te connaître. Ame du monde dont le monde est la prison.

Toi (|ui nais pour mourir et qui meurs jiour renaître. Sans pouvoir te fixer, te saisir un instant. Être qui n'es jamais, néant sûr de ton ôlre.

Déesse, je l'ai vue au visage flottanl

De la mer qui ruisselle et roule à Ion cxeni|)ip.

Impuissante à trouver le niveau qu'elle attend.

0 toi dont l'infini dans ses flots se contemple. Déesse, pour louer les charmes souverains. J'ai voulu de mes vers l'édifier ce temple:

J'ai pris aux mots leurs ors, leurs marbres, Icui's airains : Pillant ces jardiniers, volant ces lapidaires. J'ai c\i('illi louis bonquol-;. j'ai vidé leurs écrins ;

En images flambant comme des lampadaires J'ai fait s'illuminer d'un rayon fulgurant L'allégorie obscure aux ombres légendaires ;

Parmi les brouillards bleus de l'encens odorant, Des orgues j'ai versé toutes les harmonies, Susurrements de brise et fracas de torrent.

Et chantant de mon mieux en sjllabes bénies Ta grâce et tes fiertés, ta force et tes douceurs. J'ai répandu mon cœur d'athée en litanies

l'oiii- confesser la foi, Reine des confesseurs.

MARINES

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