‹ La mer libre du Pôle (volume 2)Chapitre 11 sur 253 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tin de notre voyage, je n’ai eu à constater la moindre infraction à mes ordres et à la discipline généralement en usage. |

Ce point important réglé, vint le tour du schooner; ici les difficultés étaient infiniment plus compliquées : impossible de rendre notre habitation présente un peu confortable, impossible de mettre un ordre quelconque dans le chaos de son chargement. Nous étions déjà secoués par les flots de l'Océan que netre pont offrait encore le spectacle du plus désespérant péle-méle : barils, caisses, planches, canots, colis de toutes sortes étaient cloués ou amarrés aux mats et aux œuvres mortes; tout était encombré et il ne restait de l’avant à l'arrière qu’un anguleux sentier tracé dans l’entassement. Pour lieu de promenade, nous n'avions que la dunette, étroit espace de douze pieds de long sur dix de large, et où il nous avait fallu laisser maint objet dont la vraie place eùt été à fond de cale; audessous des écoutilles, tout était bondé : pas un coin, pas un recoin, pas un trou qui ne fat rempli, et le désordre du pont devait nécessairement durer jusqu’à ce qu’une lame complaisante vint balayer tout ce bric-a-brac; je dis complaisante, car nous n’aurions pu nous décider à rien jeter à la mer. Cependant nous étions tellement chargés que le pont, par le travers des passavants, ne s'élevait que d’un pied et demi au-dessus de l’eau, et qu'en se courbant sur le bastingage on pouvait toucher la mer. La cuisine occupait toute la place entre le panneau de l'avant et le grand mât; l’eau, embarquant par-dessus les murailles, inondait les passavants ; le feu de la cuisine et l’ardeur du cuisinier s’éteignaient souvent à la fois, et je laisse à penser si la régularité de nos repas en était compromise.

Ma cabine, ménagée tout à l’arrière du rouf, s'élevait de deux pieds au-dessus du pont, et mesurait dix pieds sur six. Deux œils de bœuf pendant le jour, et la nuit,

une Jampe grinçant dans ses supports, éclairaient mon réduit d’une faible lueur; de chaque côté, une soute servait de magasin pour les provisions et rechanges du navire. Le charpentier confectionna une couche étroite à mon usage et lorsque je l’eus recouverte d’un magnifique tapis brodé et entourée de brillants rideaux rouges, je fus ébloui du luxe qui allait être mon partage.

Devant ma cabine, un espace assez restreint était occupé par l’échelle du dôme, l'office du maitre d'hôtel, le tuyau de poële, un baril de farine et la « chambre » de M. Sonntag. En descendant deux marches, on se trouvait dans le carré des officiers, petite pièce de douze pieds de côté et de six pieds de hauteur; elle était lambrissée de chéne et contenait huit cadres, dont, par bonheur, quelques-uns n'avaient pas de maîtres; on le voit, notre installation ne pouvait guère prétendre au titre de confortable; celle des matelots n'était pas meilleure : ils se trouvaient logés sous le gaillard d'avant, tout contre les murailles du navire.

Notre route passait entre l'ile de Sable et les caps orientaux de Terre-Neuve. Ceux qui ont navigué dans les parages de la Nouvelle-Écosse, se rappellent ces brouillards lourdement suspendus sur la mer, pendant la chaude saison surtout; nous en etimes plus que notre bonne part. Dès le second jour de la traversée, nous avions fait leur connaissance ; pendant une semaine nous fûmes enveloppés d’une atmosphère si dense que le soleil et l'horizon avaient complétement disparu pour nous. Nous ne pimes faire une seule observation, et pendant cette période il nous fallut recourir sans cesse à la sonde et à nos calculs, mais des courants variables rendaient fort douteuse cette méthode d'appréciation.

Le sixième jour de cet éternel brouillard, je commençais à être très-sérieusement préoccupé, mais le maitre de manœuvre m'assurait être certain de notre position, et,

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