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CHAPITRE XVI

Le nouvel an. — Absence prolongée de Sonntag. — L'aurore boréale. — Profondeur de la neige. — Étrange douceur de la température. — La mer libre, — Remarques sur l’évaporation. — Nous attendons l'aube avec impatience. — Mon renard apprivoisé.

1® janvier 1861.

Les fêtes de Noël sont déjà oubliées et remplacées par de nouvelles; nous venons de sonner à la fois le glas de l’année passée et la naissance de l’an de grâce 1861. Aussitôt que l’horloge marqua l’heure de minuit, la cloche du bord donna le signal et de la gueule de notre caronade une bril- Jante flamme s’élanca dans les ténèbres ; nos feux d'artifice sifflerent et petillèrent dans l’air serein. A la lueur des fusées et des flammes du Bengale, projetant sur la neige une étrange et fantastique lueur, le bruit retentissant du canon et le branle de la cloche répétés par les échos des gorges avoisinantes ressemblaient aux voix des esprits de la solitude tirés en sursaut de leur repos.

J'attends avec anxiété le retour de Sonntag et de son compagnon ; depuis sept jours déjà, je compte les voir arriver à chaque instant; je n’ai jamais pensé qu'ils trouvassent les Esquimaux à Sorfalik ou à Péteravik , mais voilà dix jours

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qu’ils sont partis et ils auraient eu tout le temps d'aller au détroit de la Baleine et d’en revenir. Je suis d'autant plus soucieux que la lune est couchée et que la nuit vient s’ajouter aux autres difficultés du voyage. Il est vrai que Sonntag n'avait pas caché son désir de demeurer quelque temps parmi les naturels pour étudier leur langage, leurs habitudes, et les suivre dans leurs chasses ; il m'a donné à entendre que s’il pouvait trouver un prétexte raisonnable à une absence prolongée, nous ne le reverrions pas avant la lune de janvier. Cela me rassure un peu; il est même probable qu'il différera son retour, tant qu’il ne craindra pas de compromettre les intérêts de l'expédition.

5 janvier.

Je n’ai plus un seul chien: Général est mort il y a deux jours! Pauvre animal! je l’aimais encore plus depuis qu’il s'était remis de son dernier accident et promettait de nous être utile au traineau. Le silence et la solitude se font ainsi de plus en plus autour de moi. Au commencement de Vhi-

‘ver, je ne sortais pas du navire sans que toute la meute m’environnat de ses clameurs de joie et de ses ébats désordonnés; les corps de mes pauvres bêtes sont maintenant épars sur le port, à demi ensevelis dans la glace et la neige. Pour être moins effrayants, ils ne sont guère plus beaux à voir que ces figures nues, tordues et roides que les deux poëtes errants trouvèrent sous le ciel noir et les vapeurs épaisses parmi les eaux glacées du froid royaume de Dis. Il y avait dans ces chiens un instinct de sociabilité qui, en dehors des grands services qu’ils nous rendaient, leur gagnait l'affection générale, et nous sommes tous et pour longtemps fort attristés de cette perte.

Mais il m'est impossible de me passer d’un favori quelconque; depuis la mort de Général, Jensen a réussi à me prendre un jeune renard femelle, et la rusée petite créature est maintenant pelotonnée dans une seille pleine de

peige au coin de ma cabine : elle écoute le grincement de ma plume et semble chercher ce que cela signifie. Je m’occupe fort dé son éducation, et j'ai déjà obtenu quelques succès. Elle élait très-sauvage lorsqu'on me l’apporta, mais je la laissai tranquille les premiers jours, et elle se fait peu à peu à sa nouvelle habitation. Mon renardeau a atteint les trois quarts de sa croissance, pèse quatre livres et demie, et sa longue et fine fourrure est de la couleur de celle du chat de Malte ; on lui apprend à répondre au nom de Birdie.

6 janvier.

J'ai souvent été frappé de l'absence presque complète des aurores boréales sur notre horizon : jusqu'ici je n’en avais pas vu de très-belles, mais aujourd’hui, à deux reprises différentes, à onze heures du matin et à neuf heures du soir, nous avons été plus heureux. Dans les deux cas, leur foyer, relevé de notre observatoire, se trouvait au S. O. vrai et à trente degrés au-dessus de l'horizon. L’are de la première n’était pas continu, mais trés-intense; celui de ce soir fut parfait, et, phénomène que je n'avais pas rencontré jusqu'ici, un second arc beaucoup plus vague s’étendait à vingt degrés au-dessus. Pendant près d’une heure, une bande étroite de brillantes stries n’a cessé de s’allumer et de s’éteindre dans la direction O. N. 0.

La rareté des aurores boréales est encore plus marquée ici qu'au Port Rensselaer ; il semble que nous ayons presque dépassé les limites du théâtre de ces phénomènes; la région de leurs plus grandes splendeurs est sans doute entre dix et vingt degrés plus au sud. Comme je l'avais déjà observé pendant mon hivernage de 1853-54, on les voit le plus souvent du côté de l’ouest, et Jensen m’assure qu’il en est de même à Upernavik, où leur apparition est plus éclatante et beaucoup moins rare,

L’aurore boréale observée ce matin était beaucoup plus

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