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CHAPITRE XVI

bas ’humidité et les coups de vent élaient presque inconnus; il faisait extrémement froid et l’atmosphére s'y maintint généralement calme pendant tout l'hiver. Ici, la température est plus douce que Parry ne la trouva à Vile Melville, les tempêtes sont fréquentes et la quantité de neige est vraiment étrange; au moins les rafales nous sont utiles à quelque chose, elles la balayent au loin, ou bien la pressent et la durcissent de manière que nous pouvons y marcher aussi facilement que sur la glace unie; elle est pilée, broyée comme le sable des allées d’un parc.

Je lai dit plus haut, j’attribue ces étonnants phénomènes à notre proximité de la mer libre; naturellement, nous ne savons pas jusqu'où peut s'étendre celle-ci, mais ses limites doivent être assez espacées puisqu'elle influe si puissamment sur l'état de l'atmosphère. Il semble en effet que nous nous trouvions au centre même d’action des Cyclones arctiques. Les vents du nord, prétend le poéte, « sont bercés dans les abimes béants qui s’ouvrent sous l'étoile Polaire, » et certes on dirait que nous sommes tombés dans un de ces gouffres profonds où les tempêtes sont non-seulement bercées, mais engendrées.

Tout cet hiver, j’ai fait une série d'expériences qui nous donnent d’intéressants résultats. Elles m'ont porté à conclure que l’évaporation a lieu, même par les plus basses températures et que ces vapeurs se condensent quand l'air paraît tout à fait serein. J’ai exposé à ciel ouvert plusieurs tables de glace unie, soigneusement mesurées; j'ai recueilli les légers flocons qui s'étaient déposés sur elles, et qui, réduits à la densité de la neige récemment tombée, s'élèvent à sept huitièmes de pouce. Pour m’assurer de l’évaporation, j'ai suspendu à l'air libre des lames unies de glace formée dans des assiettes peu profondes et quelques lambeaux de flanelle mouillée : la flanelle sèche parfaitement en peu de jours et les tablettes de glace disparaissent d’une façon lente et régulière. Je les pèse toutes les quarante-huit

heures, et il est curieux d'observer ces petites rondelles circulaires se fondant silencieusement et s’évanouissant en invisible vapeur, pendant que le thermomètre demeure audessous de 18° à 20° C.

Pas n'est besoin du reste de ces expériences pour constater l’évaporation à basse température : les jours de lessive, le linge est étendu dans les agrès du navire ou sur des cordes au-dessus de la glace, comme celui qu’on voit le lundi soir dans les cours de nos fermes; quelle que soit l'intensité du froid, il est parfaitement sec avant la fin de la semaine. |

16 janvier.

Nos yeux se tournent anxieusement vers le sud, attendant avec impatience l'apparition de l’aube, avant-courrière du moment où l'antique et toujours jeune Aurore, surgira de la mer pour laisser tomber de ses doigts roses un rayon de joie au milieu de nos ténèbres.

Il y a presque un mois que nous avons passé la plus sombre des journées de l'hiver et il s’écoulera bien des heures encore avant que la lumière nous revienne; il est grand temps qu'à midi une faible lueur apparaisse sur l'horizon. Nos esprits puisent une surexcitation presque fébrile dans cette attente. Quant à moi je cherche à la tromper en éduquant mon petit renard,

Birdie est décidément apprivoisée et me fait grand honneur. C’est la plus futée petitecréature qu’on puisse voir; à ma table, comme dans mes affections, elle a pris la place du pauvre Général; bien plus, elle se couche sur mes genoux, ce qui ne fut jamais permis à son prédécesseur. Elle est à peindre avec ses mignonnes petites pattes posées sur la nappe; adroite, bien élevée, elle est surtout fort gourmande : lorsqu'elle savoure un morceau friand, ses yeux petillent de satisfaction ; elle s'essuie les lèvres et me regarde avec une coquetterie vraiment irrésistible. Si les

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