CHAPITRE XXIII
« eaux du nord » et se perdre ensuite à l'entrée du Wolstenholme ; il y a de cela quatre étés. Un autre se porte garant du même fait, mais d’après lui il n’a eu lieu que l’avant-dernière année. Suivant un quatrième témoin, le feu a été mis au navire par inadvertance et il a complétement brülé dans le port même. Ainsi chacun nous faisait sa version. Un naturel m'affirma très-positivement que le navire avait été entrainé hors de la baie sur un point de la côte où les glaces le retenaient encore l'hiver suivant; il put le visiter pendant une chasse à l'ours. Kalutunah ne disait rien de précis, mais patronnait plutôt le récit de l'incendie.
Tout ce qui m’entourait était lié à de vieux souvenirs de gaieté ou de tristesse. J’allai voir les tombes de Baker et de Pierre notre jovial cuisinier et je cherchai la pyramide dont le docteur parle comme de « notre point de repère et leur monument funèbre, » mais les matériaux en étaient dispersés parmi les rocs et la grande croix peinte sur sa face méridionale n’était rappelée çà et là que par une pierre marquée d’une tache blanche.
En retournant au Port Foulke, nous campâmes de nouveau, à Cairn-Pointe, où je m’arrétai longtemps pour regarder la mer d’une position plus élevée que la première fois. Jensen eut la bonne chance de tuer un renne et nos chiens fatigués se restaurèrent un peu. Puis nous revinmes au schooner avec une vitesse prodigieuse : un terrible grain avait fondu sur nous et, par une température de — 48° C., nous piquait de ses aiguillons. La neige nous frappait avec une sauvage furie, mais les chiens, se sentant près du but, volaient sur les glaces et nos cinquante-quatre kilomètres furent franchis en trois heures et demie.
ds ci