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CHAPITRE XXV

neige hauts de quatre pieds ou des hummocks encore plus rudes à franchir, fussent-ils deux fois moins élevés! Pour lui faire traverser des bandes de glaces encore plus tourmentées que les autres, il nous a fallu battre la voie d'avance. Je désirais atteindre Cairn-Pointe pour y camper, et j'ai du laisser une partie de notre chargement au cap Hatherton, où Knorr et Jensen ont, au mois de mars, caché aussi un de leurs dépôts. — Il nous en coûtera une journée pour revenir prendre tout cela.

La difficulté de trainer l’embarcation au milieu des hummocks, et le peu de bagages dont les hommes ou les chiens peuvent se charger par des glaces aussi disloquées, comme cette étape nous l’a prouvé, me démontrent l'impossibilité de tout. charrier en un convoi sur la côte opposée; aussi vais-je laisser la chaloupe à Cairn-Pointe jusqu'à ce que nous ayons frayé le chemin et qu'avec les deux attelages et le troisième traineau tiré par mes gens, j'aie transporté nos provisions à la terre de Grinnell. Si la glace est favorable, je serai toujours à temps d'envoyer chercher le bateau; si, au contraire, je ne puis lui faire traverser le détroit de Smith, j'aurai du moins assez de vivres pour mes explorations en traîneau, que j'espère accomplir avant que le dégel de juin ou de juillet vienne mettre un terme à ce mode de voyage.

La vue de la mer n’est pas des plus encourageantes. — Après avoir mis ma petite troupe en sûreté, j'ai escaladé une pointe élevée et je me suis donné la mélancolique satisfaction de contempler un fort vilain spectacle. Excepté un espace de quelques kilomètres où l'eau encore libre, avant le dernier abaissement de la température, a dû sans doute se prendre subitement, je ne voyais pas une toise de surface plane et unie. Le détroit en entier paraît rempli de glaces massives qui, brisées par la débâcle de l'été et poussées en banquises mouvantes par le courant qui se dirige vers le sud, sont venues se heurter contre la côte

du Groënland et se sont empilées en amoncellements confus. — J'ai appris à les connaître en 1854; — si elles ne sont pas meilleures, et je les crois pires encore, nous pouvons nous attendre à de terribles luttes.

7 avril.

Vit-on jamais une température plus changeante que celle du détroit de Smith? — Elle fait mon supplice et anéantit tous mes plans. Dans sa fécondité sans borne, la nature n’a jamais enfanté rien d'aussi capricieux.

Hier au soir, l’air était parfaitement calme, mais voilà que cette nuit le vieux Borée s’est éveillé de son somme, et le père des vents a soufflé comme s’il ne l’eùt fait de sa vie et qu'il voulût prouver au monde quelle était la force de ses poumons. À peine pouvions-nous mettre le nez dehors, il nous a fallu rester tout le jour couchés péle-méle dans notre lugubre prison de neige. — Je ne sais comment nous aurions diné si je n'étais moi-même sorti pour préparer le repas et montré à ces pauvres novices à entretenir leur lampe-fourneau : nous ne pouvons employer d’autre combustible que le saindoux, et la fumée en est si intolérable qu’il nous faut cuisiner en plein air. Je crois vraiment que rien n’abétit l’homme plus vite que le froid : nos marmitons n'ont pas eu l’idée de se construire un mur de neige, et il m'a fallu leur enseigner la proportion exacte à établir entre la panne et le fil de caret qui nous tient lieu de mèches, pour que la flamme ne fût pas noyée dans la graisse ou éteinte par le vent. Nous avons mis plus de deux heures à faire le café, et nous sommes rentrés tout blancs de neige; elle fond peu à peu, et nos fourrures restent emprégnées d'humidité, car nous ne pouvons changer d’habits avant de nous glisser entre nos draps de peaux de bison.

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