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CHAPITRE XX V

8 avril.

Notre situation ne peut s’aggraver. La tempête continue à rugir et nous tient captifs dans notre geôle. Autant vaudrait jeter mes}hommes dans une fournaise ardente que les exposer à l'air du dehors par un temps pareil. Hier soir, il faisait un peu moins froid, il neigeait et nous commencions à espérer, mais le vent s’est remis à souffler de plus belle : les trombes de neige voilent la face du soleil et cachent la côte et les montagnes; de loin en loin apparaît le fantôme d’un iceberg. J'ai bien, par deux fois, essayé de braver la rafale, — j'aurais voulu aller chercher nos dépôts du cap Hatherton, — et je faisais déjà détruire notre hutte pour prendre le traineau, mais dix minutes en plein air ont suffi pour me convaincre que la moitié de ma bande gélerait tout de bon si j'avais l’imprudence de la lancer dans la tempéte : le troupeau est rentré au bercail et je suis retourné surveiller le feu de la cuisine.

Mes pauvres chiens sont presque ensevelis sous la neige; ils sont tous pressés les uns contre les autres, et à mesure qu’elle s’amasse au-dessus d’eux, ils soulèvent un peu plus la tête; je viens de les aller voir, je craignais que quelqu’une de ces bêtes ne fût morte de froid ou n’eût repris le chemin du navire; elles sont bien toutes dans le tas, j'ai compté quatorze nez.

La température de la hutte s’est élevée presque au point de congélation, et quelque étrange que cela paraisse, je puis écrire aussi rapidement que dans ma chaude cabine. Que faire autre chose? J'ai emporté deux petits livres en prévision de ces heures de captivité, et je me distrais à ma manière, tandis que mes camarades jouent aux cartes et parient du pain d'épice, des huîtres ou des bouteilles de rhum à consommer à Boston. Je veux tuer le temps et ne

puis dormir; mettons-nous donc À décrire notre demeure actuelle.

C'est un fossé de dix-huit pieds de long, huit de large et quatorze de profondeur; sur le sommet dudit fossé, les rames de la chaloupe soutiennent le traîneau recouvert de la voile sur laquelle nous avons entassé force neige; au bout de ce réduit est percée l'ouverture que nous franchissons à quatre pattes et qui est ensuite hermétiquement fermée avec des blocs de neige; une large bâche en caoutchouc s'étend sur le plancher; puis viennent deux grands tapis superposés, en peaux de bison, équarries et cousues, entre lesquelles chacun s’insinue de son mieux à l'heure du sommeil et essaye de se contenter de la part très-restreinte qui lui est assignée. La place d’honneur est à l'extrémité opposée à la porte, mais à l'exception de celle qui touche l'entrée, elle est certes la moins désirable, car de façon ou d'autre les douze dormeurs s’arrangent de manière à tirer à eux < les couvertures » et me laissent contre le mur de neige avec mes seuls habits de voyage : du reste, nous n'avons pas grand’peine à nous déshabiller en nous mettant au lit; on quitte seulement ses bottes et ses bas pour les placer sous sa tête en guise de traversin et on introduit ses jambes dans « la chaussure de nuit » en peau de renne.—Que puis-je dire de plus? Il me reste un vague souvenir d'avoir autrefois dormi plus à l'aise que pendant ces quatre derniers jours et reposé sur quelque chose de moins dur à la chair frissonnante que cette couche de neige qui tient le milieu entre la planche de pin et le gril de saint Laurent et vous fait éprouver des sensations indescriptibles. N'importe, notre troupe ne se laisse pas aller à la tristesse; chacun travaille ou s'amuse à son choix. Harris, ambitieux et énergique gaillard, coud une pièce à son pantalon de peau de phoque, pour se garantir de la bise. Miller , un autre de mes bons matelots, referme soigneusement une fente de sa botte groënlandaise:

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