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CHAPITRE XXXI

refroidies au contact de l'air se mêlent, dans le roulis des vagues, avec les eaux plus chaudes des couches inférieures. Aussi la glace ne se forme-t-elle que dans les endroits abrités, dans les baies où le fond est assez élevé et le courant assez peu actif pour ne mettre aucun obstacle à l’action de la température extérieure, ou bien encore, lorsque l'atmosphère est uniformément calme, circonstance assez rare du reste, les vents se déchainant avec autantde violence sur la mer polaire que dans toute autre région du globe. Les glaces ne peuvent donc couvrir qu’une petite partie de l'Océan arctique et n’existent que dans les lieux où la terre les protège et les entretient. La banquise s'attache aux côtes de Sibérie, et franchissant le détroit de Behring, elle presse les rivages d'Amérique, engorze les canaux étroits de l'archipel de Parry, par où les eaux polaires s’écoulent dans la baie de Baffin, traverse cette mer, suit les bords du Groénland, atteint ceux du Spilzberg et de la Nouvelle- Zemble, investissant ainsi le pôle d’un rempart continu de glaces adhérentes à la terre, plus ou moins disloquées en hiver comme en été, et dont les débris, flottant çà et là, sans laisser jamais entre eux de passes bien étendues, forment une barrière que n’ont pas encore pu forcer toute la science et l'énergie de l’homme.

Si maintenant le lecteur veut bien poser la pointe d'un compas, non loin du pôle nord, par exemple à l’angle Wintersection du 86° parallèle et du 162° méridien à l’ouest de Paris, puis décrire un cercle de dix-huit cent cinquante kilomètres de rayon, il rencontrera le bord moyen des terres et de la ceinture de glaces qui entoure ce vaste circuit et enceindra un espace de près de dix millions de kilomètres carrés.

Quoique cette formidable barrière n'ait jamais été entierement traversée, on y a pénétré sur plusieurs points et on en a suivi le contour extérieur, soit le long des eaux accumulées près de la terre, par les rivières qui servent de

déversoirs aux lacs septentrionaux de l'Asie ou de l’Amérique, soit en se frayant un chemin au travers des glaces plus ou moins désagrégées par l’été. — Divers navigateurs ont, de cette manière, tenté le passage nord-ouest, et c’est en suivant la ligne des côtes depuis le détroit de Behring jusqu’à la terre de Banks, puis en poussant dans les glaces brisées, que Sir Robert Mac Clure a pu mener a bonne fin un voyage si souvent entrepris; non pas tependant qu’il ait réussi à faire passer son navire: il a dû franchir à pied cing cent cinquante kilomètres sur la glace d'hiver depuis la terre de Banks‘ jusqu'au canal de Wellington, d’où, par la mer de Baffin, il est retourné en Angleterre sur un bâtiment venu de l’est. — Le capitajne Collinson, naviguant aussi de l’ouest à l’est, a presque atteint l’endroit où, peu auparavant, avait péri Franklin, entré dans les glaces du côté opposé. — En explorant ainsi les côtes de Sihérie, les Russes n’ont trouvé que deux obstacles insurmontables à la navigation de l'Atlantique au Pacifique : le cap Yakan, contre lequel les glaces sont toujours entassées et que Behring essaya vainement de franchir, et le cap Céverro Vostochnoï, que le jeune et vaillant lieutenant Prondtschikoff ft de si héroïques efforts pour doubler. Déjà, en 1598, William Barentz, le brave nautonier d’Amsterdam, avait tâché, par la même voie et la même méthode de navigation, de s'ouvrir un passage par le nord-est, vers les régions du Cathay.

Les tentatives faites contre cette ceinture de glace dans l'espoir d’atteindre la mer libre du pôle ont été fort nombreuses, et on a essayé de toutes les brèches par lesquelles les eaux méridionales communiquent avec l’océan Glacial Je n’ai pas le projet de raconter ici l’histoire de ces diverses tentatives : ce n’est qu'un long récit de déceptions, du

1. Tl dut abandonner son vaisseau, l'Investigator , dans la baie de Mercy à l'extrémité nord de la terre de Banks, après trois hivernages successifs. ( Trad.)

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