CHAPITRE XXXI
moins quant à ce qui regarde la découverte du pôle. Cook et ses émules n’ont pas trouvé la glace suffisamment ouverte pour naviguer au nord du détroit de Behring; Hudson a échoué, de même que tous ceux qui l’ont suivi dans les mers du Spitzberg; les essais par la mer de Baffin n’ont pas mieux réussi. Les efforts les plus persévérants ont été tentés à l’ouest du Spitzberg, et c’est par cette voie que les navigateurs se sont approchés du pôle plus que par tout autre. La plus haute latitude authentiquement atteinte avec un navire est celle de 81° 30', constatée par l’érudit baleinier Scoresby. Quelques-uns soutiennent que Hudson est allé plus loin, et si on devait croire lestraditions que Daines Barrington a recueillies parmi les pêcheurs d'Amsterdam et de Hull, les anciens mariniers anglais et hollandais, en cherchant encore plus haut de nouveaux théâtres de pêche, auraient trouvé partout la mer libre.
Contraints de renoncer à ouvrir un passage à leurs navires, d’autres explorateurs, les Russes surtout, ont tenté de franchir les glaces en traineaux. En Sibérie, de courageux officiers se sont, dès les premiers jours du printemps, hardiment lancés sur l’Océan polaire, au moyen des attelages des tribus qui habitent la côte septentrionale. Le plus célèbre de tous est l'amiral Wrangell, alors simple lieutenant de marine, dont les entreprises, poursuivies pendant plusieurs années (1822-1824), prouvent qu’en toute saison la mer reste ouverte au nord. Lui et ses compagnons furent invariablement arrêtés par les eaux, et l’existence de la Polynia, ou mer libre, au nord des îles de la Nouvelle-Sibérie, est maintenant un fait aussi bien établi que celui de la pente des rivières vers l'Océan.
Sir Edward Parry essaya de la même méthode au nord du Spitzberg, mais il se servit d'hommes au lieu de chiens et se munit de bateaux en cas de débâcle. Il se dirigea du côté du pôle, jusqu’à ce que les glaces, détachées par la saison, l'eussent reporté vers le sud plus vite qu’il ne mar-
chait vers le nord; elles finirent par se briser sous lui et le laissèrent à la dérive sur la mer libre.
Vint ensuite le capitaine Inglefield, qui tenta de pénétrer dans les eaux circompolaires par le détroit de Smith; il fut suivi par le docteur Kane. Celui-ci ne put pousser son navire plus loin que Port van Rensselaer, et comme les Russes, dut continuer son œuvre avec des traineaux. Après de graves difficultés et de nombreux échecs causés par les amas de glaces du détroit, une de ses escouades réussit enfin à atteindre la mer si souvent annoncée, et pour citer les paroles du docteur : « d’une éminence de cinq cent quatre-vingts pieds, on voyait les vagues libres de glaces, sans limites et gonflées par un puissant roulis, venir se briser en écume sur la côte hérissée de récifs'. » Cette côte est celle qu'il a nommée Terre de Washington.
A mon tour, je me suis jeté dans ces aventures, et le dernier chapitre me laisse avec mon traineau sur les bords de la mer décrite par Kane, à environ cent quatre-vingts kilomètres au nord-ouest du promontoire d’où Morton en contempla les eaux. Des courts détails que j'ai déjà donnés, on peut facilement déduire mon opinion sur cette mer — que Wrangell avait trouvée ouverte à l’autre extrémité de son grand diamètre, — qu'à ma droite une des bandes de Kane vit onduler libre de glaces, et que le voyage de Parry prouve aussi être libre au delà du Spitzberg. — Je me hâte de terminer en peu de mots.
Les limites de l'Océan polaire sont suffisamment connues pour que nous puissions nous faire quelque idée de la configuration des côtes nord du Groënland et de la terre de Grinnell, les seules parties de cet immense contour qui restent encore inexplorées. La direction de la ligne septentrionale des rivages du Groénland peut être présumée
1. D'E, Kane, Arctic explorations, vol. I*', p. 307. — Voir à l’appendice du présent volume le rapport de Morton, suivi des commentaires de Kane, (Trad.)