CHAPITRE XXXII
Inspection du navire. — Le radoub. — Gravité des avaries. — Le navire est désormais incapable de résister aux glaces. — Examen de nos ressources. — Nos plans.
Les extraits de mon journal cités dans le précédent chapitre suffisent pour donner au lecteur un aperçu du résultat de mes courses en traineau. Il sait que je les regardais seulement comme les préliminaires d'une future exploration. Désormais, je connaissais mieux les glaces du détroit; la délimitation précise de la ligne de côtes me faisait calculer plus correctement l'influence de la débâcle d'été. Les glaces pourries dans le canal Kennedy à une période aussi peu avancée que le mois de mai et l’existence d’une mer libre au dela ne me laissaient aucun doute sur la possibilité d'y naviguer dans une saison qui ne serait pas exceptionnellement défavorable.
Tout dépendait maintenant de l’état du navire.
Je n'ai mentionné qu'en passant le rapport de Mac Cormick à ce sujet, mais on a pu voir qu’il n’était par rassurant. Trop fatigué les premiers jours, je ne pouvais entreprendre le sérieux examen qui m'était nécessaire pour me former une opinion définitive. Mais je me consolai de
ce retard en rédigeant les détails de mon voyage et en dressant la carte de mes observations et de mes découvertes géographiques.
Ces devoirs accomplis, et mes forces suffisamment revenues pour me permettre de quitter ma chambre, je m’occu pai de l'inspection approfondie du navire et des réparations dont il avait déjà été l’objet. Elles avaient été exécutées avec la plus grande intelligence, et faisaient le plus grand honneur à Mac Cormick et à son camarade Dodge qui lui avait prêté un concours empressé.
Ils commencèrent par creuser la glace tout autour et jusqu’au-dessous de la quille, mettant ainsi à découvert l'avant du navire d’une manière aussi complète que dans un bassin de carénage. Les avaries étaient encore bien plus considérables que nous ne les avions supposées; il est même surprenant que les bordages et la membrure de la proue ne se soient pas entr'ouverts au point de laisser entrer l’eau par torrents et de nous faire sombrer; l’extrémité des planches se séparait de l’étrave; le bord extérieur était délié et les coutures béantes; la cuirasse du taille-mer et de l’avant était déchirée et roulée comme des copeaux de menuisier ; l’étrave tenait à peine, et le taillemer lui-même était entièrement enlevé.
A force de travail et de peine, de boulons et de clous, mes hommes replacèrent le taille-mer; on calfata soigneusement le navire, on renouvela les plaques de tôle, et il nous parut probable que le schooner tiendrait encore la mer; mais je fus forcé de conclure, comme l'officier de manœuvres, que la moindre collision avec les glaces lui serait inévitablement fatale.
L’arriére du navire fut asséché de la même manière que l’avant et on constata que le rude choc que nous avions éprouvé près de l’île Littleton avait disjoint l’étambot auquel se trouvait attaché le gouvernail. Le gouvernail luiméme avait été tordu et enlevé, et les aiguillots émiettés