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CHAPITRE XXXVII

(ques minutes, puis s’élendaient en long ou en large, s’élevaient ou s’abaissaient, selon que le vent agitait l’atmosphére ou retombait paisible sur la surface des eaux. Presque toujours, ces évolutions étaient aussi rapides que celies d’un kaléidoscope, toutes les figures que l’imagination peut concevoir, se projetaient tour à tour sur le firmament. Un clocher aigu, image allongée de quelque pic lointain, s'élançait dans les airs, il se changeait en croix, en glaive, il prenait une forme humaine, puis s'évanouissait pour étre remplacé par la silhouette d’un iceberg se dressant comme une forteresse sur le sommet d’une colline. Les champs de glace qui le flanquaient prenaient peu à peu l’aspect d’une plaine parsemée d'arbres et d'animaux, puis des montagnes déchiquetées, el se dissolvant rapidement, nous laissaient voir une longue suite d'ours, de chiens, d'oiseaux, d'hommes dansant dans les airs, et sautant de la mer vers les cieux. Impossible de peindre cet étrange spectacle. Fantôme après fantôme venait prendre sa place dans Je branle magique pour disparaitre aussi soudainement qu'il s'était montré.

Cette merveilleuse féerie se prolongea durant une grande partie de la journée, puis la brise du nord vint soulever les eaux, et la scène entière s’évanouit à son premier souffle, sans laisser plus de traces que la vision fantastique de Prospéro. Deux heures après, au milieu d'une terrible tempête de grêle et de pluie, nous luttions contre le vent, toutes les voiles serrées.

Avant de pouvoir atteindre le détroit de la Baleine, le schooner essuya quelques mauvais coups impossibles à éviter par cette atmosphère ténébreuse. Une banquise épaisse, qui s'appuyait sans doute sur les iles Carey, nous chassa bien loin des Eaux du Nord, et pour arriver à notre destination, nous dumes gouverner sur l'ile Hakluyt. Le vent était complétement tombé, et je pris terre dans un canot. A peine m'éloignai-je du rivage pour retour-

ner à bord, que nous fumes enveloppés d’une brume trèsdense : je l’avais vue s'approcher, et nous faisions force de rames pour rejoindre le navire avant que le rideau sombre tombat sur nous; mais le brouillard nous couvrit lorsque nous étions encore à près de deux kilomètres de notre but. Nous n’avions pas de boussole, et en quelques minutes je ne savais plus de quel côté gouverner; le son de la cloche du navire et les décharges d'armes à feu par lesquelles on essayait de nous indiquer la route arrivaient bien jusqu'à nous, mais l'oreille est un guide si trompeur lorsque l'œil n’est pas la pour en rectifier le jugement, qu'aucun d’entre nous n’entendait le bruit dans la même direction; je fis serrer les avirons, et nous nous abandonnames à la fortune. Quelques instants après, un vent léger s’éleva, le navire laissa porter; par le plus grand des hasards, il venait droit sur nous, et émergea si subitement de la lourde masse de vapeur, que nous faillimes être coulés avant e pouvoir l’accoster convenablement,

Les brouillards, les courants, les icebergs nous causerent assez d’embarras pendant cette traversée, mais à force de persévérance nous atteignimes la baie de Barden, et mouillames par le travers de la station esquimaude de Netlik.

Elle était abandonnée, mais la brume, s’élevant le lendemain, nous montra d'immenses quantités de glaces au milieu desquelles il eût été dangereux d’aventurer le navire; je pris donc une baleinière pour visiter le fiord.

Il se resserre rapidement jusqu’à quelques‘kilomètres au delà de la baie de Barden; puis les deux côtes courent en lignes parallèles et se terminent par un golfe profond auquel j'ai donné le nom d’Ingletield, le navigateur intrépide qui, le premier, en a reconnu l'entrée. La rive septentrionale est beaucoup plus au sud qu’on ne le marquait dans les anciennes cartes; on y voit deux caps proéminents qu’Ingletield avait pris pour des iles et qui conserveront

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