‹ La mer libre du Pôle (volume 2)Chapitre 22 sur 253 · CHAPITRE IY · texte numérisé non relu

CHAPITRE IY

lation du cimetière d’Upernavik; il est situé sur la colline au-dessus de la ville, et comme on n’y trouverait pas la moindre parcelle de terre, il consiste tout simplement en un escalier aux assises rocheuses sur lesquelles on place les grossiers cercueils recouverts ensuite de pierres brutes; morne et dure couche pour ceux qui dorment là dans l'éternel hiver! Sur une de ces marches funèbres, et dominant la mer qu'il avait tant aimée, notre pauvre ami repose au bruit des vagues qui lui chantent leur requiem sans fin.

Il nous fallut consacrer quatre jours entiers à l'achat des attelages et de notre garde-robe arctique : peaux de rennes, de phoques et de chiens. A Proven déjà, nous nous en étions procuré un certain nombre que nous avions remises aux femmes indigènes pour les confectionner à la derrière mode esquimaude. Les bottes, en particulier, réclament beaucoup de soin et d'attention ; elles sont en cuir de phoque, cousu de fil de nerfs, et on sait les accommoder d’une façon merveilleuse à la forme du pied. Une botte bien faite est absolument imperméable, et celles que portent les belles du pays sont aussi élégantes qu'utiles. Les peaux, alternativement exposées au soleil et à la gelée, deviennent d’une parfaite blancheur, et peuvent recevoir toutes les nuances suggérées par la fantaisie de l’ouvrière et par les matières tinctoriales que le résident se trouve posséder dans ses magasins. Comme toutes leurs sœurs, les Groënlandaises aiment à plaire; elles ne dédaignent pas d’exciter l'admiration, et les couleurs gaies et voyantes leur sont particulièrement agréables. Aussi, et bien que le caprice individuel se donne libre carrière, la vogue est surtout aux bottes écarlates ou aux bottes blanches brodées de rouge. Il serait difficile d'imaginer un plus comique spectacle que celui de toutes les jambes jaunes, violettes, bleues, cramoisies et blanches qui couvraient la grève lursque nous entrions dans lé port.

Sur une population de deux cents ames ,. Upernavik compte une vingtaine de Danois et un plus grand nombre de « sang-meélés ».

Mais c'est assez parler de cette petite station ; le lecteur doit avoir à la quitter autant de hate que j'en éprouvais moi-même. Grace à M. Hansen, j'emmenais trois chasseurs et un interprète. Ce dernier n'était pas moins que le résident du microscopique établissement de Tessuissak ; il avait obtenu un an de congé qu'il comptait passer à Copenhague et son passage était déjà arrêté sur le Thialfe; mais il ne sut pas résister aux offres brillantes que je lui faisais, et il se transporta du brick danois à bord de notre petit schooner. C'était un gaillard plein d’entrain et de courage, fait à la vie du Groënland qu'il habitait depuis dix ans. Très-intelligent, du reste, il avait acquis à bord du baleinier anglais assez d'usage de notre langue pour nous devenir très-utile dans nos rapports avec les Esquimaux, dont il connaissait parfaitement l’idiome, et, pour couronner le tout, c'était un excellent chasseur et un éminent conducteur de chiens. I] nous promettait même son attelage, un des meilleurs de tout le Groënland septentrional; malheureusement pour nous, il l'avait laissé à son établissement de Tessuissak, à cent dix kilomètres plus au nord, et cette acquisition tant désirée devait nous obliger encore à un nouveau retard.

Je réussis, en outre, à engager deux marins danois qui élevèrent au chiffre de vingt notre nombre total. Voici les noms de mes nouvelles recrues :

Pierre Jansen, interprète et surintendant des chiens.

Charles-Emile Olsurg, matelot.

Charles-Christian Petersen, matelot et charpentier.

Peter, Mare et Jacob, Esquimaux convertis, chasseurs et conducteurs d’attelages.

La cordialité touchante des habitants d’Upernavik m'a laissé le plus doux souvenir; je ne puis me rappeler sans

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