CHAPITRE XXX VIIL
En route vers l'Amérique. — La baie de Melville. — Un ours. — — La banquise. — Les eaux du Sud. — Upernavik. — Les nouvelles. — Goodhaven. — Libéralité du gouvernement danois et des fonctionnaires groënlandais. — Chassés du droit chemin par la tempête. — Forcés de nous réfugier à Halifax. — Hospitalité des Anglo-Américains. — Arrivée à Boston. — Conclusion.
Mon récit sera bientôt terminé. Après l'exploration du détroit de la Baleine, nous levames l'ancre et fimes voile vers le sud. Le ciel était radieux, et l’atmosphère pénétrée par la douce chaleur d'un beau jour d’été; nous glissions sur des eaux calmes, étincelantes d’icebergs; nous voyions les lieux témoins de nos aventures s’abaisser lentement derrière nous sous les rouges lueurs du soleil de minuit, et il nous semblait que la mer paisible et les vents favorables étaient réellement venus à notre rencontre pour nous ramener dans la patrie. :
Mais cette fête ne fut pas de longue durée : un sombre . voile tomba sur les collines qui déjà allaient diminuant derrière nous, et salua notre départ d’une tempête de neige et de vent qui nous força à serrer une partie de la toile et à veiller soigneusement sur le navire. Mon dessein était de
chercher les £uux de l'Ouest comme si j'eusse voulu alteindre la baie du Pond; de contourner ensuite la « glace moyenne » et de marcher vers le sud, pour mettre enfin le cap sur les côtes du Groënland.
L’atmosphere s’éclaircit un peu, mais le vent ne s’arréta pas; il soufflait nord-nord-est, et me semblait devoir favoriser plutôt la route vers le Groënland que vers le rivage de l’ouest. Aussi, un peu au-dessous de la latitude du cap York, et par 73° 40’ de long. O., n'ayant pas encore vu de signes de glace, je changeai la direction du schooner, et nous gouvernimes sur Upernavik , au travers de la baie de Melville. En vingt-quatre heures, nous courdmes environ deux degrés de latitude et près de sept de longitude. Le 10 aout, à midi, nous nous trouvions par 74° 19 lat. et 66° longit. sans avoir encore eu de démélé sérieux avec les glaces nos ennemies. Le ciel était clair encore, et nous pouvions facilement éviter les icebergs; mais peu à peu la mer devint très-houleuse, et je me sentis presque aussi inquiet que l’année précédente lorsque je parcourais la même baie au milieu du brouillard.
Pendant que nous roulions entre les flots en faisant dix nœuds à l'heure, nous faillimes couler un ours polaire énorme qui soutenait en pleine mer une lutte terrible avec les vagues ; évidemment fatigué, il se dirigeait vers le navire, sans doute dans le vague espoir d’y trouver un refuge. Quelque glaçon l'avait porté au large et s'était ensuite brisé sous les coups de la mer; les ours blancs sont des nageurs intrépides, mais je ne voyais nulle part de glace où celui-ci püt chercher un asile, et je crains bien que les eaux n'aient fini par avoir raison de ce pauvre animal. Nous passames tellement près de lui qu'il toucha le schooner; j'arrêtai la main de Jensen, qui se préparait à mettre fin à sa destinée avec sa carabine. Cette malheureuse bête combattait si bravement que je ne voulus pas la voir tuer, et du reste, les vagues élaient si hautes que, pour recueil-