CHAPITRE VIII
le quart de terre, un officier et un matelot, suffisait amplement; la journée ordinaire qui commence à minuit, remplaça la journée de mer qui commence à midi; nous franchissions la ligne qui sépare la lumière de l’été de la sombre obscurité du long hiver polaire; et nous nous préparames bravement à cette lutte contre les ténèbres, en hommes résolus à leur opposer une énergie à toute épreuve et une bonne humeur inaltérable. Le caractère personnel de mes associés était d'un bon augure pour l'avenir : il présentait des nuances assez différentes pour bannir l’uniformité de nos relations quotidiennes , et cependant leur union, leur esprit de corps me garantissaient la durée de cette parfaite harmonie qui résulte du consciencieux accomplissement du devoir de chacun.
Le 15 octobre, le soleil disparaissait pour quatre longs mois derrière les collines méridionales; nous ne pümes parler d'autre chose le soir, et je lisais facilement sur les traits de mes compagnons que leurs pensées le suivaient dans sa course vers le sud. Un voile de tristesse s’abaissait sur la table autour de laquelle nous étions groupés ; pendant les cinq dernières semaines nos soucis et nos travaux nous avaient laissé à peine remarquer le déclin du jour; il s'était évanoui lentement, et la morne nuit arctique
. qui succédait aux ombres grandissantes, nous faisait maintenant sentir pour la première fois que nous étions vraiment seuls dans le désert Polaire,