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CHAPITRE VIII

liérement l'épaisseur de la couche qui recouvrait la mer, et le télescope fut monté à côté du navire, sous une coupole fabriquée d’éclats de glace et de neige.

Mais le vent ne nous laissait aucun repos; il tourna encore au sud, fondit et brisa la glace et nous poussa sur les rochers ; une seconde fois il fallut scier un bassin pour le schooner et l'y haler à force de bras , opération d’une longueur et d’une difficulté inouies. La glace était pourrie et tellement endommagée par la pression qu’elle cédait sous nos pieds; peu d’entre nous échappèrent à une immersion plus ou moins prolongée ; mais les secours ne manquaient pas et ces désagréables accidents n’eurent aucune suite facheuse.

La situation du bâtiment était assurément fort inquiétante, désespérée même dans l’esprit de quelques-uns ; mais ce grave souci, non plus que nos plongeons répétés lorsque la glace se brisait sous nos pieds, ne pouvait rien sur l’inaltérable bonne humeur de tous. Je dois cependant en excepter deux individus possédés d’un sérieux vraiment burlesque qui ne les mettait guère en état de nous rendre de bons services. L'un d'eux, avec le plus grand sérieux et une somme énorme d'énergie mal dirigée, se mit un jour à découper à la hache mon meilleur grelin de neuf pouces, qui ne faisait mal à personne; tandis que l’autre, également solennel, cassait mes rames en repoussant des éclats de glace qui ne nous génaient en rien. Seul

avec son courage, et armé d’un mât à mesurer les marées, | instrument qui avait coûté deux jours de travail à Mac Cormick, il s'efforça d'éloigner le schooner des rochers qui le menaçaient de leur voisinage. Le malheureux n’échappa à la juste colère de l'officier de manœuvres qu'en se précipitant dans la mer à la suite des débris qu’il avait faits, Il se débattait dans l’eau glacée pendant qu’on le consolait en lui criant que les crustacés auraient à préparer un beau squelette pour la collection du commandant. La tempéra-

ture heureusement ne dépassait guere le point de congélation, et l'aventure finit sans autre résultat qu'une légère pleurésie pour un des sauveteurs et quelques accès de rhumatisme pour le destructeur de mes rames.

Le succès vint enfin couronner nos efforts et mettre un terme à nos longues anxiétés pour le navire; une fois de plus il fut en sûreté. Le vent tomba complétement, le thermomètre descendit à 21° 4 C. au-dessous de zéro, et la glace, maintenant épaisse et solide, nous protégea désormais contre le retour de semblables dangers; nous pouvions courir sans crainte sur la baie. Jensen et Pierre avaient déjà fabriqué les harnais pour les chiens, et, le jour mème, je fis ma première promenade en traineau; mes coursiers se trouvaient dans les meilleures conditions de force et de santé; impossible de voir un plus bel attelage, et je n'étais pas moins satisfait de l'habileté de son conducteur Jensen. Un entrain général était à l’ordre du jour; la glace étant désormais bien scellée au rivage, l’entretien d'un canal pour les embarcations devenait inulile, et, profitant de la libre communication avec la terre, les chasseurs se mettaient allégrement en campagne dès les premières heures du matin.

Le jour suivant, les grelins au moyen desquels nous étions amarrés furent enlevés avec précaution et posés sur des blocs de glace; nous nous taillames dans cet albatre polaire un escalier descendant du pont à la plaine gelée, et une épaisse chute de neige nous fournit les matériaux d’un mur dont nous entourâmes le bâtiment pour le préserver du vent et des froids excessifs. Les attelages étaient incessamment occupés à recueillir les rennes qu'on avait cachés en divers endroits, et lorsque tout fut rapporté a bord, nous pûmes regarder avec un certain contentement notre provision d'excellentes viandes fraiches.

Le schooner dormait chaudement couché dans son berceau de glace, ect il n'était plus besoin de service de bord;

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