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CHAPITRE X

doux à l'œil que le duvet, mais aussi terribles à nos pauvres corps qu'une grèle de flèches aiguës.

Une fuite précipitée était notre seule chance de salut. Aussi, comme le vaisseau qui s'abandonne à l'ouragan après lui avoir vaillamment résisté, nous tournâmes le dos à la tempête, et poussés par son souffle puissant, nous redescendimes en toute hâte la pente du glacier.

Nous avions franchi plus de soixante kilomètres et descendu d'environ nulle mètres avant que je me hasardasse à permettre une halte: la température était remontée de dix ou douze degrés; la tempête s’apaisait un peu; nous avions bien gagné quelques heures de repos. Mais il faisait encore bien froid sous la tente! Le vent l'ébranlait sans relâche, et nous avions quelque peine à l'empêcher de s'envoler au loin.

Le lendemain soir, nous rentrions au Port Foulke, à peu près sains et saufs, mais très-fatigués. La lune nous avait éclairé pendant cette dernière partie de notre voyage; à la base du glacier l'air était parfaitement calme, et dans la gorge et dans la vallée, sur le lac Alida, et sur le fiord, nous avancions au milieu de scènes vraiment féeriques. Les nuées chargées de neige passaient comme des fantômes à travers la nuit et cachaient et montraient tour à tour les crêtes des blanches collines ; ces ombres nous disaient que l'ouragan hurlait encore là-haut, mais dans notre humble vallée tout était aussi paisible que dans une caverne vainement assiégée par la tempête; pas un nuage ne voilait l'arche immense des cieux. Les douces étoiles, revêtues de la majesté de la nuit, se miraient sur la surface unie du petit lac; le glacier reflétait les pales rayons de la lune, et les noires falaises versaient leurs grandes ombres sur la mer de lumière qui inondait la vallée. Les caps aux cimes déchirées se découpaient sur le fond éblouissant du fiord parsemé d’iles; la glace qui emprisonnait ses vagues s’étendait à travers la baie jusqu'aux limites visuelles de

l'Océan lointain. A l'horizon se profilaient vaguement les hautes montagnes blanches de la côte occidentale du détroit et sur la mer flottait une lourde nuée de vapeurs; poussée lentement par la bise, elle laissait voir peu à peu là forme spectrale d'un iceberg émergeant du fond d'un noir abime; une faible aurore boréale frangeait le sombre manteau des vagues, et, derrière cette masse de ténèbres impénétrables, dardait parmi les constellations de soudains jets de lumière, semblables à des flèches de feu lancées par les créatures d'un autre monde.

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