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CHAPITRE XI

Résultats importants de notre excursion. — Systime de glaciers du Groënland. — Les glaciers des Alpes. — La marche des glaces. — Esquisse de la mer de glace du Groënland.

Le voyage raconté dans le chapitre précédent ajouta beaucoup aux observations que j'avais recueillies autrefois; il me donna une idée beaucoup plus nette du système glaciaire du Groënland. C'est la première tentative réussie qui ait eu pour but l'intérieur de cette mer de glace.

En 1853, pendant notre séjour au Port Rensselaer, j'avais atteint, avec M. Wilson, le bord de cette mer à l'endroit où elle repose derrière la chaine de collines élevées qui courent parallèlement à l'axe de la presqu'ile, mais je n'étais pas monté sur son plateau et son immensité ne m'avait pas impressionné comme elle le fait maintenant. Même après avoir entendu M. Bonsall décrire le grand glacier de Humboldt, même après avoir vu les énormes quantités de glaces qui sont rejetées des régions méridionales, je ne comprenais pas combien sont immenses les amoncellements qui couvrent les vallées du Groënland, et s'appuient sur les flancs de ses montagnes.

Le Groënland est en effet un vaste réservoir d’eau con-

gelée. Sur les pentes de ses escarpements, le flocon de neige molle est devenu un dur glacon; il s'accroit d’année en année et de siècle en siècle; un large manteau de vapeur congelée a fini par couvrir complétement la terre, et de ses vastes plis s’écoulent vers la mer des milliers de fleuves de cristal.

Les progrès de ce glacier dont la naissance remonte à l'époque lointaine où le Groënland, baigné de soleil, se revêtait d'une végétation vigoureuse, est une étude des plus intéressantes pour le géographe. L’explication de ce phénomène est de beaucoup simplifiée par les travaux accomplis dans les Alpes, lieux bien plus accessibles aux savants que les solitudes groénlandaises, et'qui, tout aussi bien qu'elles, révèlent les lois de la formation et de la marche des glaciers.

I] n'entre pas dans le plan de ce livre de discuter les diverses théories qu'on a émises sur ce grand phénomène et qui, ainsi que les Alpes européennes pourraient en témoigner, ont fait jaillir une source abondante de conclusions opposées. Néanmoins, il ne m'a pas été difficile d’observer sur le grand et vieux lit des glaces du Groënland les traits physiques qui ont attiré l'attention d’Agassiz, de Forbes, de Tyndall et d'autres explorateurs moins illustres des glaciers alpins, et je m’eslime heureux d'avoir pu confirmer les déductions de la science par des études faites sur les lieux. Ce sujet m’intéressait fortement depuis longues années, et je n'étais pas fâché de pouvoir établir une comparaison entre la glace des Alpes et celle du Groënland. Dans l'immense dépôt sur lequel je marchais, il ne m'était pas difficile de voir où Scheuchzer a puisé sa théorie de la dilatation, de Saussure celle du glissement, et les derniers observateurs, héritiers bénéficiaires des travaux et des recherches de leurs devanciers, les termes de mourement vitreur, visqueux et différentiel.

On se fait généralement des glaces groënlandaises une

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