CHAPITRE XI
identique au système glaciaire des espaces arcliques et antarctiques.
Nous l'avons dit: une partie de la neige qui tombe sur les montagnes se transforme en glace, et cette glace n’est pas immobile, comme on pourrait le croire au premier abord. Bien que les savants ne s'accordent pas encore sur les causes de ce mouvement, celui-ci n'en est pas moins réel. Rendu remarque avec raison : |
« Qu’une multitude de faits paraissent démontrer que la substance même du glacier jouit d'une sorte de ductilité qui lui permet de se mouler sur Ja forme des lieux qu'elle occupe, de s’amincir, de s'enfler ou de se rétrécir comme une pâte molle. »
Ce qui est vrai dans les gorges des Alpes l'est aussi dans les vallées du Groënland. Un immense flot congelé se déverse à l’est et à l'ouest par les pentes du plateau central, et ce que la glace peut gagner en hauteur par les dépôts d'une saison, est perdu dans la descente continue de cette masse mobile.
Aucun obstacle, aucun pli du sol n'en arrêtent le mouvement; elle se moule sur les collines, passe à travers leurs gorges ou franchit leurs sommets. Le torrent glacé comble les vallées et les met de niveau avec les plus hautes crêtes; il ne s'arrête pas devant le précipice : cataracte gigantesque, il bondit dans le vide béant pour atteindre, n'importe à quel niveau, le sol inférieur. L'hiver, l'été sont pour lui une même chose; il s'avance toujours, il s'épanche par toutes les anfractuosités du littoral et se déverse dans chaque ravin et dans chaque vallée, rongeant ou écrasant les rocs jusqu'à ce qu'il arrive à la mer. Mais l'Océan même ne suspend pas sa course : il repousse les eaux et se faisant à lui-fnème sa ligne de côtes, il se plie aux inégalités du fond comme auparavant à celles de la terre ferme, emplissant les tiords et les larges baies, s'étendant avec la mer, se rétrécissant avec elle, recouvrant les îles
dans sa marche lente et continue; il ne s'arrête enfin qu'à plusieurs milles du rivage primitif.
Là, il touche enfin à la limite fixée à sa marche envahissante.
Quand, dans les siècles passés, après avoir descendu les pentes terrestres, le glacier atteignit la côte, son sommet dominait de plusieurs centaines de pieds le golfe qu’il devait combler ; lentement, il s'est enfoncé sous la ligne des eaux et continuant à glisser, il a fini par s’atténuer, par disparaitre, presque tout en entier submergé.
Mais, dans un précédent chapitre, nous avons vu qu'un bloc de glace d’eau douce flottant dans l’eau salée s'élève d’un huitième au-dessus de la surface de la mer. Tout écolier sait que l’eau se dilate en se congelant, et que dans sa nouvelle forme elle occupe un dixième d'espace en plus que dans son état fluide; en conséquence, la glace d'eau douce émerge d’un dixième de son volume lorsqu'elle flotte dans l’eau douce, mais dans l’eau salée, dont la densité est de beaucoup supérieure, la proportion de la partie flottante à la partie immergée n’est plus de un à neuf comme precédemment, mais bien de un à sept.
Il est donc évident qu’à mesure que le glacier s’avance dans l'Océan, l'équilibre naturel de la glace doit se rompre peu à peu; la partie avancée de la masse cristallisée s’enfonce beaucoup plus que si elle ett été libre de flotter suivant les propriétés acquises par la congélation. Aussitôt que plus des sept huitièmes sont descendus sous la surface de la mer, la glace, comme une pomme retenue par la main dans un seau d’eau, tend à remonter jusqu'à ce qu’elle ait pris son équilibre naturel.
Qu'on veuille bien se le rappeler , le glacier est un immense courant congelé. Bien que son extrémilé antérieure, captive sous les eaux, tende à s'élever, elle est longtemps retenue par son adhérence à la masse à laquelle elle appartient et demeure immergée jusqu'à ce que la force d’équi-