CHAPITRE I
Départ de Boston. — La rade de Nantasket. — En mer.
Dans la soirée du 6 juillet 1860, le schooner les Etats-Unis détacha les amarres qui le fixaient au quai, prêt à partir le jour suivant.
Le matin se leva clair et brillant; une demi-heure avant moi plusieurs amis vinrent à bord, pour nous accompagner jusqu’à l'entrée de la baie, et parmi eux se trouvaient Son Excellence le gouverneur de l’État et les représentants des Comités de Boston, New-York et Philadelphie. Une société nombreuse et sympathique couvrait le pont du grand et beau remorqueur, le R. P. Forbes, qui, se plaçant près de nous et saisissant notre câble, nous remorqua hors de
l'ancrage. Sur le quai Long, une batterie, que le maire de la ville avait fait placer en notre honneur, nous salua au passage; maints vivats d'adieu se succédaient à mesure que nous descendions la baie.
Le vent n'étant pas favorable, nous jetames l'ancre dans la rade de Nantasket; le remorqueur ramena à Boston la plupart de nos amis et je restai dans ma cabine à conférer une dernière fois avec les principaux promoteurs de l’entreprise. Une liasse de papiers, remise alors entre mes mains. me rendit seul propriétaire du navire et de son armement. Le soleil se couchait pendant nos causeries, et comme le vent menaçait de souftler de l’est pendant le reste de la nuit, je retournai à Boston dans le yacht de M. Baker.
Pendant ma courte absence, l'officier de manœuvre ne resta pas inactif : il fit rouvrir la cale et essaya de mettre un peu d'ordre dans le chargement des ponts. Certes, nous ne paraissions guère préparés au départ : les provisions nous arrivaient encore en masse aux derniers moments, et le tillac était littéralement couvert de caisses et de ballots qu'on ne savait où caser ; longtemps après la nuit close on travaillait encore à débrouiller cet effrayant péle-méle; le pilote n'était pas venu, et il fallait l’attendre jusqu’au lendemain matin.
Je passai cette dernière nuit dans le yacht de M. Baker, qui me ramena en compagnie d'amis décidés à ne nous quitter qu'après nous.avoir vus en bon chemin; notre escorte était complétée par les jolis yachts Stella et Howard, aux propriétaires desquels je suis heureux d’adresser ici de nouveaux remerciments.
Aux lueurs grisatres de la première aube, la petite flotlille leva ses ancres et fit voile vers la ville, pendant que. encore émus de leurs derniers adieux et poussés par un bon vent, nous gagnions la pleine mer.
Avant le soir, les côtes avaient disparu, et j'étais de nouveau bercé par les vagues du grand Atlantique ; de nou-