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CHAPITRE XII

une bonne leçon pour nos hommes; je le dis à mon malade, qui n’en paraît que médiocrement consolé.

19 octobre.

Je suis allé avec Sonntag relever de nouveaux angles sur sa ligne d'opérations. Dans cette direction se trouvent deux icebergs gigantesques que j'ai baptisés les Gémeaux. Ils se dressent avec une majesté grandiose sur le sombre ciel occidental. Castor lève la tête à 230 pieds au-dessus de la mer. et son frère, dont les dimensions sont un peu moins formidables, le dépasse encore de 17 pieds.

Après la partie d'échecs accoutumée, nous avons longuement discuté nos projets : je propose une course au glacier de Humboldt, et Sonntag une visite au Port Rensselaer; il est important que le méridien de ce dernier lieu soit relié avec celui du Port Foulke. Je me range à son avis, et il partira aprés-demain, si le temps le permet, — locution des moins banales dans ce lieu de tempêtes ; le crépuscule s’éteint graduellement, mais la lune est encore dans son plein et pourra éclairer la petite troupe; aujourd'hui, à trois heures, la nuit était complétement tombée.

30 octobre.

Sonntag est prèt à partir; il prend des vivres pour sept jours et emmène deux traîneaux dont Jensen et Hans seront les conducteurs. J'ai évité de m’immiscer dans ses préparatifs de voyage, mais il me semble que, trop occupé du confortable, il emporte une foule de choses encombrantes et presque inutiles: dans ces latitudes-ci, les explorations sont soumises à des lois très-rigoureuses dont il n'est guère permis de s'écarter, et il n’y a probablement pas d'autre région au monde où le voyageur doive moins penser à ce qui peut contribuer à sa satisfaction

personnelle. A bord, on a toujours une certaine marge, mais sur les champs de glace et avec les traineaux il ne faut se charger que de ce qui est absolument nécessaire a l'entretien de la vie: pain et viande, et café ou the, au choix. Pour matelas, on trouvera de la neige partout, et en faif de couvertures, on emporte juste ce qui suffit pour vous empécher de geler tout vivant. On n’aura d'autre feu que celui de la lampe-fourneau, et si le froid devient trop vif, on a la ressource de marcher et de courir pour se réchauffer. Dans notre excursion au Frère John, je n'avais pour tout combustible que les trois quarts d’un gallon d'alcool et trois quarts d'huile, et j’en rapportai même une assez bonne partie.

J'ai été ce matin visiter mes camarades de l’entre-pont ; ils sont tous guéris des morsures de la gelée, excepté maître Christian, dont le nez est encore gros comme son poing et rouge comme une betterave; il supporte sans se facher les railleries de ses compagnons. Mon pauvre Knorr, de son côté, n’est pas beaucoup plus heureux : il faut le dire, le nez, cet indispensable ornement de notre visage, est un des plus graves ennuis du voyageur polaire; toujours en avant, il marche le premier au feu, et si vous essayez de l'abriter derrière un rempart quelconque, il se venge en concentrant autour de lui l'humidité de la respiration; en moins d'une heure le masque protecteur se double d’une épaisse couche de glace et devient un ennemi pire que le vent lui-même.

Mon jeune secrétaire se comporte bravement. On dirait, à le voir, qu'il n’y a en lui qu’une faible étincelle de vie prête à s’éteindre au premier souffle, et mes amis de Boston me répétaient que je l’emmenais infailliblement vers une froide tombe, mais je ne sus pas résister à ses nombreuses et incessantes supplications; sa volonté lui donne des forces, et une ardente et nerveuse énergie se cache sous cette frêle enveloppe; il ne veut point donner raison

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