CHAPITRE XII
combien au dehors il fait froid et sombre, tandis qu’autour de moi tout est brillant et chaud, certes je crois pouvoir écrire que je suis reconnaissant! Une fois, du moins, dans ma vie, je me déclare entièrement satisfait!
Sonntag et Mac Cormick m'ont rendu un compte détaillé de tout ce qui s'est passé en mon absence. Jensen m'a parlé de ses chasses, j'ai diné avec les officiers, et à bord «tout est joyeux comme les cloches un jour de mariage ».
.Ma petite troupe est un peu reposée et quelques-uns seraient prêts à recommencer; mais ceux qui ont été pincés par la gelée font assez triste mine, et les quolibets de leurs camarades ne peuvent guère les consoler.
Je suis enchanté de voir comme tout a bien marche pendant mon absence. Sonntag est monté deux fois sur le glacier, en a terminé la triangulation et a pu dessiner quelques bonnes esquisses. Il a aussi soigneusement mesuré et calculé les angles d’une ligne jalonnée sur la glace de la grande baie. C'est une base de 9:00 pieds de développement dont les coordonnées fixent ainsi les distances de l'extrémité occidentale de Vile Starr aux points suivants :
Au cap Alexandre, 8 milles marins = 14 kilom. ;
Au cap Isabelle, 31 milles = 56 kilom. ;
Au cap Sabine, 42 milles = 67 kilom.
Mes ordres à l'égard de la chasse sont obéis scrupuleusement et de nombreuses additions ont été faites à une provision déjà assez respectable. Ceci est pour moi d’une importance majeure; l'expérience que j'ai acquise dans mes voyages avec le docteur Kane m'a convaincu que le scorbut, si fatal aux expéditions polaires, peut toujours être évité par l'usage de la viande fraiche. Quoique bien approvisionnés en conserves de viande el en légumes frais, nous ne pouvons trop varier notre nourriture, et je prends mes mesures pour me procurer tout le gibier possible : une escouade de nos meilleurs tireurs est organisée dans
ce seul but et je ne permets pas qu'on l’emploie à aucune autre besogne. Jusqu’a présent ces plans ont parfaitement réussi, jamais équipage n’eut une plus brillante santé que celui de notre schooner et je ne suis pas encore entré dans mes fonctions de médecin du bord. J'espère écarter le scorbut et je crois fermement qu'ici, à Port Foulke, on pourrait vivre une longue suite d'années sans crainte d'être attaqué par ce terrible fléau de la zone boréale. Je le sais, mes chasseurs ne doivent pas être ma seule garantie et les dispositions morales sont partout le meilleur auxiliaire de la santé; la nourriture la plus recherchée ne défend pas du chagrin, cette gangrène des os, et, pour ma part, je me sentirais mieux garanti contre le scorbut par un simple régime d'herbes et de racines assaisonnées de joies que par des montagnes de bœuf bien gras entourées par la discorde. Dieu merci, tous mes camarades vivent en bonne harmonie ; ils semblent aussi heureux que pleins de robuste santé, et ce sera ma faute s’il n'en est pas toujours ainsi.
Knorr est chargé de tenir le registre de nos chasses : voici tout ce qu'on a porté à bord depuis le commencement de l'hivernage : 74 rennes, 21 renards, 12 lièvres, | phoque, 14 eiders, 8 dovekies ou guillemots noirs, 6 auks ou petits pingouins, 1 gélinotle. Les chiens font une assez forte brèche à nos provisions, mais nous avons encore trente ou quarante rennes cachés en divers endroits, et nous saurons les retrouver au moment du besoin.
Mac Cormick est assez souffrant; la gorge est prise et la langue enflée. En me quittant sur le glacier pour retourner a bord, il me semblait fort altéré, et ignorant le mal que cela pourrait lui faire, il ne trouva rien de plus simple que de porter à sa bouche une petite poignée de neige : la muqueuse ne tarda pas à s’enflammer; la soif augmentait à mesure qu'il essayait de l’apaiser, la respiration s’embarrassait, et il revint au navire extrémement affaibli. C'est