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CHAPITRE XIII

verture est la seule par laquelle on pourrait se procurer de l'eau si par malheur un incendie se déclarait à bord.

15 novembre.

Le vent a raffermi la neige, et le thermomètre étant entin descendu à— 19° C., l'humidité disparait peu à peu.

J'ai fait cadeau à Hans d'un costume tout neuf et d’une couple de mes plus flambantes chemises de flanelle, espérant calmer un peu sa haine contre Péter.

Si j'échoue en cela, j'ai du moins agréablement chatouillé sa vanité, maître Hans est un vrai dandy, et personne à bord ne s’occupe plus de sa toilette que ce chasseur à demi sauvage. À la revue du dimanche, il se pavane dans ses beaux atours, et depuis longtemps il ne daigne plus frayer avec ses compatriotes. Sans doute, il se croit beaucoup d'importance depuis que ses habits sont un peu moins grossiers; — malheureusement ce travers se retrouve ailleurs que chez les Esquimaux.

16 novembre.

Mac Cormick a établi une école de navigation et forme trois bons élèves : Barnum, Charley et Mac-Donald. — Dans la « salle des marins » la soif de science est grande, et l'excellente hibliothèque que nous devons à la générosité de nos amis de Boston ne manque pas de lecteurs. La chambre des officiers se transforme à vue en cabinet littéraire. Dodge a déjà dévoré plusieurs malles de L'Age présent de Littell et de la Revue de Wesminster; Knorr étudie le danois ; Jensen, l'anglais ; Sonntag se plonge dans l’esquimau, et de sa longue tête mathématique, travaille à élucider je ne sais quelles questions de quantités différentielles. Mais un commandant ne connait pas ces loisirs, et la routine quotidienne absorbe toutes mes pensées, ainsi que presque tous mes instants. Nos aflaires de ménage me tracassent

beaucoup, et sans nul doute je me laisse trop envahir par le souci, « cette peste de l'existence », qui, dans la durée des siècles, troubla si cruellement la carrière terrestre de tant de bonnes ménagères; mais, par Contre, je n’ai pas le temps de m’ennuyer, et la promenade, un livre ou mon journal suffisent amplement à mes heures de récréation.

Je ne sens pas encore le poids des ténèbres, mais c'est avee un frisson de terreur que je vois le noir fantôme descendre peu à peu sur nous.

7 novembre.

La température est à — 25°C., et nous en sommes vraiment fort réjouis. L'air étincelle d'un froid piquant, et par cette atmosphère sereine, un épais manteau de glace recouvre de nouveau la grande baie; la plaine de cristal s'étend sur le détroit aussi loin que le regard peut la suivre.

Le marégraphe marche parfaitement bien, mais nos jeunes gens se plaignent avec amertume de la difficulté qu'ils ont à maintenir le trou à feu libre de glace et à déchiffrer dans les ténèbres la graduation de l'instrument tout chargé de verglas. Starr a failli passer par l'ouverture et a presque cassé la machine en s'y cramponnant pour ne pas glisser dans la mer. Les relevés sont en général assez exacts, et je les controle d'un autre côté par mes observations sur la banquette de glace. Aujourd'hui, nous avions neuf pieds sept pouces de différence entre le flux et le reflux.

Les pauvres renards, pour leur malheur, fort nombreux autour de nous, sont les innocentes victimes d'un nouvel amusement : piéges, trappes, panneaux, fusils , tout est mis en réquisition par les ofliciers pour se saisir de jeur fine et belle fourrure. On en pourrait confectionner de très-chauds vêtements, mais je ne vois pas que ces messieurs y pensent beaucoup : chacun d'eux enferme son butin dans les recoins les plus secrets de son armoire. Recoins consacrés sans doute à la part des Dames.

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